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“La seule démocratie du Proche-Orient”… Puisqu’on vous le dit !

Rachel Leah Jones a réalisé, pour le compte de “Adalah – Legal Center for Arab Minority Rights in Israël”, un film de 15 minutes intitulé “Targeted Citizen” (“Citoyens ciblés”) qui passe en revue les criantes discriminations qui frappent la minorité arabe israélienne, c’est-à-dire les Arabes qui ont échappé à l’expulsion ou au massacre lors de la guerre de conquête lancée, après une campagne de terreur de plusieurs mois [1], par les sionistes pour s’emparer d’un territoire beaucoup plus vaste que celui – déjà disproportionné au vu de leur importance démographique – qui leur avait été alloué par le « plan de partage » adopté par l’ONU et qu’ils avaient feint d’accepter.

L’Irgoun et la Haganah avaient effacé de la carte des centaines de villages, et du monde des vivants un grand nombre de leurs habitants avant “qu’un seul soldat des armées régulières arabes ne soit entré en Palestine”. En fait, “près de la moitié des villages arabes avaient été attaqués quand les gouvernements arabes ont finalement décidé – à contrecœur, nous le savons – d’envoyer leurs troupes”. Ce qui n’empêche pas la propagande israélienne, docilement et inlassablement relayée depuis par une domesticité médiatique aussi nombreuse qu’ignorante, de toujours présenter la guerre de 1948 comme la lutte du valeureux “peuple juif” éternellement menacé une une réédition de l’ “holocauste ®”, étant entendu que les Arabes – c’est bien connu – sont tous des nazis obsédés par une volonté de judéocide [2].

Le terrain avait été efficacement et de longue date préparé pour de ce nettoyage ethnique par le colonisateur anglais, comme le souligne notamment fort à propos Elias Sanbar dans le remarquable “Dictionnaire amoureux de la Palestine” qu’il vient de publier [3].

Mais l’entreprise sioniste consistant à conquérir par les armes la terre “nettoyée” de sa population n’a que partiel­lement réussi, et il demeure une minorité “non juive” en Israël, qui représente actuellement environ 20% de la population israélienne.

Il ne faut toutefois pas oublier que la nationalité israélienne n’existe pas. Ou du moins que les autorités israéliennes refusent catégoriquement de la reconnaître ! Explication de Jonathan Cook (traduction libre extraite de cet article récent : “Why the are no ‘Israeli’s’ in the Jewish State”) :

Un groupe de Juifs et Arabes se bat devant les tribunaux israéliens pour être reconnus comme «Israéliens», une nationalité qu’on leur refuse, car cette revendication menacerait “le caractère juif” d’Israël. Israël a refusé de reconnaître une nationalité israélienne dès la proclamation de l’indépendance en 1948,  établissant une distinction inhabituelle entre la «citoyenneté» et la «nationalité». Quoique que tous les Israéliens aient la qualité de «citoyen d’Israël», l’état lui-même est défini comme appartenant à la «nation juive», ce qui ENGLOBE non seulement les 5,6 millions de Juifs israélien, mais aussi plus de sept millions de juifs dans la diaspora. (…) Quelque 30 lois en Israël privilégient spécifiquement les Juifs, notamment dans les domaines des droits de l’immigration, la naturalisation, l’accès à la terre et l’emploi. (…) Le ministère de l’Intérieur a adopté  une liste de plus de 130 nationalités possibles pour les citoyens israéliens, la plupart d’entre eux défini en termes religieux ou ethnique, dont «juif» et «arabe» sont les principales catégories. [4]

La propagande chargée de maintenir, vaille que vaille, aux yeux de l’Occident et des juifs eux-mêmes la légitimité de l’entreprise sioniste repose sur la prétention d’Israël d’être une démocratie. Et qui plus est – refrain bien connu – “la seule démocratie du Proche-Orient” !

Une prétention qui ne résiste pas à un examen sérieux (ce qui nécessite l’usage massif du mensonge et de la mystification), et le court film “Targeted Citizen” contribue efficacement à la mettre à mal, quelle que soit la bonne conscience affichée par “l’Israélien de la rue” quand on l’interroge (comme cette “nouvelle immigrante” juive fraîchement débarquée d’Afrique du Sud, nostalgique d’un apartheid révolu là-bas et qui “n’aime pas les Arabes”, à qui elle reproche… le choix de leurs godasses ! Mais il est vrai qu’elle semble que le mot “qualité” a plus de résonance dans son esprit que le mot “égalité”. Un grand moment de comique grinçant et involontaire).

« Adalah » a bien fait les choses : la vidéo est disponible en version arabe, en hébreu et en anglais (ci-dessus), mais malheureusement pas en version française.


[1] voir à ce propos : « Le nettoyage ethnique de la Palestine », Ilan Pappé – Ed. Fayard 2008 – page 86 et suiv.
[2] Le « grand mufti de Jérusalem », nommé par le colonisateur britannique, n’avait-il pas rencontré Hitler – tout comme Léopold III, mais bon, passons… – , ce qui fait de lui l’égal de Eichman et du Dr Mengele réunis ?
[3] chez Plon – 24,5 €
[4] avec toutes les absurdités bureaucratiques auxquelles un tel système peut conduire. Voir par exemple : http://www.pourlapalestine.be/dico/detail.php?r=53

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