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L’A.P. a capitulé sur les colonies, Jérusalem et les réfugiés. Israël a répondu par le dédain…

Luc Delval

Il y a longtemps déjà que certains étaient arrivée à cette conclusion qui leur paraissait évidente : à moins d’une capitulation sur tout la ligne des Palestiniens, il n’y avait aucune chance que le soi-disant « processus de paix » débouche sur quoi que ce soit qui ressemble à la paix. Surtout pas à une « paix juste et durable ».

Ils se trompaient ! Lourdement !

En effet, les dernières fuites en date de Wikileaks, reprises et amplifiées par Al Jazira et le Guardian, montrent que l’Autorité de Ramallah a bel et bien capitulé sur les points les plus essentiels, en particulier sur l’annexion par Israël de la quasi-totalité des colonies établies en Cisjordanie et sur le sort des réfugiés – qui représentent 70% de la population palestinienne que l’A.P. prétend représenter alors qu’elle n’a plus aucun mandat depuis bien longtemps pour le faire – et que les Israéliens ont refusé. Même ça !

Le Guardian titre : "Comment les leaders palestiniens ont abandonné les réfugiés"

Le Guardian titre : « Comment les leaders palestiniens ont abandonné les réfugiés »

Ce sont 1.600 documents qui sont « sortis » sans l’autorisation de l’A.P. et que Al Jazira et le Guardian vont distiller pendant plusieurs jours.

Mais dès les premières « fournées », l’effet est dévastateur pour l’A.P. et on ne voit pas comment le peu de crédit dont elle bénéficiait encore dans la population palestinienne – dont il faut rappeler qu’elle a massivement désavoué Mahmoud Abbas et son régime de corrompus la seule fois où elle a pu s’exprimer lors d’élections tenues sous supervision internationale – pourrait y survivre.

Depuis la parution du livre de Ziyad Clot, « Il n’y aura pas d’Etat palestinien » (1),on savait déjà avec quelle désinvolture le sort des réfugiés était traité par les dirigeants de Ramallah.

Le seul fait que ce jeune avocat franco-palestinien, dépourvu de toute expérience, se soit retrouvé en 2008 en première ligne comme négociateur palestinien (il n’avait jamais mis les pieds en Palestine avant septembre 2007 !) montre à suffisance – il est le premier à le dire – le degré de déliquescence et d’incompétence de l’A.P.

Et tandis qu’il négociait, sans équipe et sans moyens, face à des Israéliens nombreux et entourés d’experts sortis des universités américaines, Saeb Erekat, le patron des négociateurs palestinien, menait discrètement des pourparlers parallèles avec l’ennemi dans quelque bar ou restaurant, entre deux rendez-vous sur un plateau de télé, et lâchait tout, sans aucune contrepartie… Déjà Ziyad Clot parlait de « reddition » (p. 179 de son livre).

La chose est plus que confirmée, et après la démission de Ziyad Clot, complètement découragé et dégoûté, elle s’est accentuée.

On apprend  grâce aux « fuites » d’aujourd’hui que Saeb Erekat, a offert, de manière réitérée, d’entériner l’annexion de la quasi-totalité des colonies juives de Jérusalem-Est, à l’exception d’une seule, Har Homa, construite sur les ruines de la localité de Jabal Abu Ghneim. Non content de cela, Erekat a aussi concédé à Tzipi Livni (responsable des massacres de Gaza de décembre 2008, mais qu’Erekat appelle affectueusement « Tzipi » au cours de leurs parlottes), toute une partie du quartier jérusalémite de Cheikh Jarrah, dont les habitants palestiniens résistent pied à pied aux démolitions et aux expulsions !

« Vous vous rendez compte, je l’espère, qu’on est en train de vous proposer le plus grand Yerushalim de l’histoire, et nous, on essaiera de se débrouiller pour avoir un Al Qods », commente Erekat. « Même ma femme et mes filles m’en veulent maintenant, pour avoir lâché tout cela sans rien obtenir », confesse-t-il dans un autre mémo divulgué via Wikileaks.

De même, les documents confirment que les négociateurs palestiniens se déclarent constamment prêts à brader la question des réfugiés et leur droit au retour. « Mettons qu’on en accueillerait un millier », ricane à un moment le Premier Ministre israélien Ehud Olmert, ce à quoi Mahmoud Abbas répond : « C’est vrai, on ne peut pas vous demander d’accueillir les réfugiés dans votre État juif ».

Saeb Erekat : « je suis physiquement en danger »

« Ce que font les gens de Al Jariza, c’est demander aux Palestiniens de me tirer dessus », a déclaré Saeb Erekat, cheville ouvrière du prétendu « processus de paix » depuis de nombreuses années, selon Haaretz.

« Ce qu’ils disent, c’est « vous êtes coupable, vous devriez être exécutés. » Ils incitent [les Palestiniens] à s’en prendre à nos vies, la mienne et celle des membres de ma famille », a-t-il ajouté.

On notera qu’il n’a pas démenti l’authenticité des documents révélés par le Guardian et Al Jazira, se contentant selon le quotidien israélien, de dire qu’ils sont « sortis de leur contexte« .

Les documents, dont les premières publications couvrent prioritairement la période 2007-2009, confirment aussi que les dirigeants israéliens, Livni et Olmert, ont informé par avance Mahmoud Abbas de l’attaque sur Gaza, et celui-ci leur a prodigué ses encouragements pour l’assassinat de dirigeants du Hamas. Ce dont ils n’avaient au demeurant pas besoin, bien évidemment.

« Ce qu’on a appelé le « processus de paix », de la conférence de Madrid à nos jours en passant par les accords d’Oslo jusqu’aux derniers épisodes, relève de la gestion de conflit et non de la recherche de la paix, expliquait récemment Ziyad Clot dans une émission de France 3 *.

Pourquoi ? Parce qu’on a mis au centre de ce processus de paix la sécurité d’Israël. On est parti du postulat qu’à partir du moment où la sécurité d’Israël serait assurée on pourrait créer un État palestinien et accorder leurs droits aux Palestiniens. C’est prendre le problème à l’envers. Il n’y a aucun État dans le monde qui connaît un niveau de sécurité absolue. Or, que demande-t-on aux Palestiniens, occupés depuis 1967, qui ont 40.000 bonnes raisons par an de péter les plombs à un checkpoint parce qu’ils subissent quotidiennement les humiliations de l’occupant israélien, on leur demande de baisser les armes, de se tenir à carreau et d’assurer à Israël une sécurité absolue. Et si cela arrive un jour, alors peut-être, on leur octroiera un État… »

Sur papier,  expliquait-il encore, pratiquement tout le monde est d’accord, même en Israël, pour reconnaître le droit des Palestiniens à avoir un État. Mais dans les faits, tout est fait pour que cela soit infaisable : près 500.000 colons juifs en Cisjordanie et à Jérusalem-est, morcèlement du territoire… Donc,  il n’y aura pas d’État palestinien, et dans les faits il y a déjà un état binational, dans lequel la véritable question désormais est de faire en sorte que tous les habitants, sans distinctions d’origine, de race, de religion, aient les mêmes droits !

Lorsque l’Autorité Palestinienne a proposé à Ziyad Clot, de conseiller ses négociateurs à propos du dossier des réfugiés, puis lorsqu’il a été lui-même très rapidement propulsé au rang de négociateur, il en a été particulièrement surpris : jeune, sans expérience, il connaissait peu la Palestine où il s’était rendu en espérant trouver un poste d’enseignant à l’universitéÉ
Il écrit, dans « Il n’y aura pas d’État palestinien » (p. 101) :

« Mon nom est apposé, à côté de ceux d’Abdou Alaa et de Saeb Erekat, dans la case « réfugiés ». L’un comme l’autre sont loin d’être des experts de la question. Pire, ils ne montrent pas d’intérêt particulier pour le sort des réfugiés qui composent pourtant 70% de la population palestinienne.

J’apprends que le poste de négociateur sur les réfugiés a été proposé à diverses personnalités dont la compétence sur la question est reconnue : Nabil Shaat, Akram Haniyeh, Salim Tamari. Tous, un à un, ont décliné l’offre. Ils n’est pas difficile de comprendre pourquoi : toutes les personnes qui suivent de près ce conflit savent que s’il doit y avoir un jour un accord sur la base de deux États, l’OLP devra lâcher du lest sur la question des réfugiés. Côté OLP, le droit au retour semble être devenu sujet à compromis même s’il s’agit d’un droit dont chaque Palestinien dispose individuellement : le droit de choisir de retourner chez lui ou de refaire sa vie ailleurs. Les personnes susceptibles de négocier le dossier le savent. Alors que le droit au retour reste au cœur de l’identité palestinienne, personne ne veut porter le chapeau. Personne ne veut devenir le traître qui a vendu les droits des réfugiés palestiniens. »


(1) Ed. Max Milo
(2) « Ce Soir ou jamais » – France 3 – le 7 octobre 2010

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