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La mort de militants du Fatah à Naplouse en décembre : trois exécutions sommaires

Le 26 Décembre 2009 avant l’aube, des soldats israéliens ont abattu Ghassan Abu Sharakh, Nader a-Sarkaji, et ‘Anan Subuh, chacun à son domicile, dans la vieille ville de Naplouse. Les deux premiers étaient avec leurs familles au moment où ils furent tués.

Le porte-parole de l’armée israélienne, a déclaré que les trois hommes avaient été impliqués dans les tirs qui ont tué le rabbin Meir Chai le 24 Décembre 2009, et que les soldats s’étaient rendus à leurs domiciles pour les arrêter, mais que les trois hommes ont refusé de se rendre.  Selon la thèse officielle, les soldats leur ont tiré dessus quand ils ont “estimé que leur vie était en danger”.

L’organisation israélienne B’Tselem a mené une enquête sur ces événements, recueillant des témoignages et confrontant les thèses officielles à un examen des lieux et à une analyse des rapports d’autopsie. Les conclusions de B’Tselem sont que les déclarations de l’armée sont peu compatibles avec les faits.

«L’enquête soulève un grave soupçon que les soldats aient agi illégalement et, au moins dans les cas de Ghassan Abu Sharakh et Nader a-Sarkaji, n’aient pas tenté de les arrêter avant de les tuer», affirme B’Tselem. En fait d’arrestations, il s’agirait donc plutôt d’exécutions sommaires sans jugement ni sommations.

L’enquête de B’Tselem a mis en évidence les faits suivants :

  • Vers 2h30 du matin, les soldats ont encerclé la maison d’Abu Sharakh et défoncé la porte d’entrée du bâtiment. Les soldats ont demandé à tous les résidents de l’immeuble de sortir. Jihad Abu Sharakh, un frère de Ghassan Abu Sharkh, a quitté son appartement du troisième étage de l’immeuble, et les soldats lui ordonnèrent d’aller dans la cour. Ensuite, les soldats l’ont frappé et menotté. Dans l’intervalle, d’autres membres de la famille s’étaient réunis au deuxième étage et ont commencé à descendre les marches menant à la cour. Ghassan Abu Sharakh, qui n’était pas armé, a conduit le groupe, avec sa mère et sa belle-sœur, beau-frère qui marchaient derrière lui. Selon des témoins, au moment où il atteint les dernières marches et se tenait face aux soldats, ils lui ont tiré dessus et il est décédé sur place.

  • Vers 2h40, les soldats ont encerclé la maison dans laquelle Nader a-Sarkaji vivait. Les soldats ont ouvert le feu massivement en direction de son appartement, alors que son épouse et lui dormaient. A aucun moment les soldats ne leur ont ordonné de sortir. Nader a-Sarkaji crié aux soldats qu’il sortait de l’appartement. Après une pause d’environ une minute dans la fusillade, il est allé dans le couloir menant à la cour de la maison, sa femme derrière lui. Au même moment, des soldats postés sur le toit donnant sur la cour de la maison lui ont tiré dans la tête et il tomba et mourut sur le coup. Sa femme, qui était debout derrière lui, a été blessé à la jambe par des fragments et s’écroula sur le sol. Après quelques secondes, des soldats sont arrivés dans la cour et ont tiré sur Nader a-Sarkaji encore, à plusieurs reprises, alors qu’il était déjà mort.

  • Autour de 3h00 du matin, les soldats ont encerclé la maison de la famille Subuh, ont tiré sur le bâtiment, et ont ordonné par haut-parleur à tous les occupants de sortir. Tous les occupants, sauf ‘Anan Subuh, descendirent et se tinrent à l’entrée de l’immeuble. Les soldats ont séparé les femmes et les enfants des hommes. Un soldat qui s’était présenté comme « Ali Officer ‘ a menacé le groupe d’hommes de détruire leur maison s’ils ne lui disaient pas où’ Anan Subuh se trouvait.
    La famille a refusé de répondre. Ensuite, la famille a entendu quelques coups de feu venant de la direction de leur maison. Le même officier a frappé et menacé un frère d’Anan Subuh, lui ordonnant d’appeler son frère dans le haut-parleur et le convaincre de se rendre. Pendant l’incident, la famille a encore entendu des coups de feu venant de la direction de la maison. Vers 7h00, après que les soldats ont quitté la zone, la famille Subuh sont retournés dans leur maison et ont trouvé le corps  d’Anan, près de l’endroit où il avait été caché.

L’enquête de B’Tselem indique que, contrairement aux allégations des responsables israéliens, il semble qu’aucune tentative réelle n’a été faite pour arrêter Ghassan Abu Sharakh et Nader a-Sarkaji, et ils n’ont pas reçu d’avertissement avant d’être abattus.

Ils ont été abattus alors qu’ils n’étaient pas armés et avaient obéi aux instructions des soldats de quitter leurs maisons. L’affirmation de l’armée selon laquelle Ghassan Abu Sharakh a tenté de s’évader n’est pas vraisemblable, étant donné que les soldats étaient positionnés à la seule sortie de l’immeuble et ils lui ont tiré dessus alors qu’il était dans l’escalier, avant d’atteindre la cour dans laquelle ils étaient placés.

Dans aucun des deux cas les faits tels qu’ils peuvent être reconstitués ne sont compatibles avec la thèse selon laquelle les soldats israéliens ont considérer que leur vie était en danger.

Comme il n’y avait pas de témoins oculaires de l’assassinat de ‘Anan Subuh, B’Tselem ne peut affirmer avec certitude les circonstances dans lesquelles il a été abattu par des soldats. Toutefois, l’enquête de B’Tselem indique que même si une arme a été retrouvé dans sa cachette, ‘Anan Subuh n’a pas tiré sur les soldats. Le porte-parole de Tsahal n’a d’ailleurs pas fait mention d’un échange de tirs dans la nuit.

Israël nie que son armée effectue des assassinats en Cisjordanie, mais l’enquête de l’ONG israélienne conclut qu’il y a “de graves soupçons” qu’en l’occurrence les soldats étaient bien chargés d’une « mission d’assassinat » et non d’une mission d’arrestation.

B’Tselem a par conséquent écrit à l’avocat général, le major-général Avichai Mandelblit, demandant qu’il ordonne immédiatement une enquête de la police militaire sur les circonstances de la mort de Ghassan Abu Sharakh, Nader a-Sarkaji, et ‘ Anan Subuh.

De telle enquêtes, lorsqu’elles sont ordonnées, aboutissent cependant pratiquement toujours à la conclusion que les soldats de “l’armée la plus morale du monde” ont eu une conduite irréprochable.

 

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