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La guerre de la brigade Golani contre la population palestinienne de Hebron

Amira Hass

Le triste palmarès d’une brigade de l’armée israélienne (FDI [1]) à Hébron

Les habitants palestiniens de Hébron font état d’une recrudescence des mesures vexatoires depuis que la brigade Golani s’est installée dans la ville en décembre.

La rumeur dit que les soldats de la brigade d’infanterie Golani resteront dans le secteur jusque fin mai et, à Hébron, les habitants sont passablement préoccupés. Très inquiets même. Depuis que la brigade Golani a relayé le bataillon Shimshon de la brigade Kfir (qui, lui-même, avait remplacé l’unité d’infanterie Givati), les habitants de la ville ont ressenti une dégradation manifeste dans le comportement des militaires.

Ce diagnostic est partagé par les observateurs internationaux cantonnées à Hébron, ainsi que par Yehuda Shaul, de « Breaking the Silence » (Rompre le silence), le principal spécialiste israélien à propos de ces lieux qui ont beaucoup souffert et qu’on désigne par H2, dans le jargon du processus d’Oslo – un secteur urbain dans lesquels et les colons et les FDI disposent d’une autorité sans limite. Shaul est d’accord pour dire que cette unité Golani est plus agressive encore que les forces qui l’ont précédée dans le secteur.

Les vaillants soldats de l'armée d'occupation ont trouvé des ennemis à la mesure de leur courage…

Les vaillants soldats de l’armée d’occupation ont trouvé des ennemis à la mesure de leur bravoure légendaire…

De quelle façon les choses ont-elles empiré ? Des témoins font allusion à des délais anormalement prolongés aux carrefours qui traversent la partie dela ville où se trouve l’implantation juive et le reste de Hébron (H1) ; les témoins affirment que les soldats fouillent les cartables des enfants et molestent les jeunes, et ils font également état de colons tabassant des résidents locaux et d’arrestations de militants populaires.

En se basant sur le témoignage des résidents et des passants, les observateurs en ville ont constitué une liste partielle des incidents qui se sont produits depuis décembre. « Nous ne sommes pas en mesure d’examiner et de répertorier tous les incidents », a déclaré un membre de CPT (Christian Peacemaker Team – Équipe des pacifistes chrétiens) à Haaretz. Néanmoins, les incidents sont si nombreux qu’on peut les classer dans un certain nombre de catégories : détentions, intimidations, provocations et arrestations d’enfants et d’adolescents ; détentions arbitraires de Palestiniens ou blocages de l’accès aux routes ; tabassages et menaces de coups à l’adresse de résidents en détention ; provocations et insultes à base religieuse ; entrées par effraction dans des maisons et violations de propriétés palestiniennes ; représailles contre les militants des droits de l’homme tant locaux qu’internationaux.

La liste présentée ici est incomplète ; elle ne constitue qu’un échantillon des doléances enregistrées entre fin janvier et début février.

30 janvier : Des soldats exigent d’une personne qu’elle reste à l’extérieur (le temps est froid et pluvieux) une heure durant, en guise de punition pour avoir fixé une parabole de télévision à satellite sur son toit. Les soldats lui ont dit que, dorénavant, il lui faudrait obtenir une autorisation spéciale pour grimper sur son toit et y travailler. Des soldats des FDI ont encerclé une habitation palestinienne à Tel Rumeida, piétiné un jardin sous leurs bottes et dirigé des projecteurs allumés sur les résidents de l’habitation. Pendant trois semaines environ, les soldats se sont entraînés dans le voisinage immédiat de la maison ; leurs exercices très matinaux comprenaient des cris, le lancement de grenades à bruit et des raids à l’intérieur de la maison.

Des troupes israéliennes perchées sur un toit à Hébron. – Bar-On

2 février : Tard dans l’après-midi, deux soldats ont arrêté deux enfants, âgés de 12 et 14 ans. Ils les ont retenus pendant 45 minutes rue Shuhada Street, près de l’entrée du cimetière musulman. Après cela, les militaires ont emmené les gosses à une base de l’armée, en passant par le cimetière. Ils ont gardé les jeunes à la base pendant deux heures environ avant de les laisser partir.
Au cours d’une patrouille militaire, onze soldats sont entrés dans une mosquée des environs du marché aux poulets de la Vieille Ville ; ils n’ont pas ôté leurs chaussures et sont restés dans la mosquée environ 20 minutes.

4 février : Des militaires ont appréhendé quatre enfants d’environ neuf ans sur le parvis du siège de la municipalité et les ont emmené dans une allée. Ils ont prétendu que les enfants jetaient des pierres. Des témoins ont déclaré qu’ils avaient entendu quelque chose qui rappelait la chute d’un petit caillou, mais ils n’ont pas vu les enfants jeter quoi que ce soit. Un autre témoin a déclaré avoir dit aux soldats que ces enfants étaient trop petits pour être détenus et les soldats lui ont répondu qu’ils allaient arrêter les pères de ces enfants. Ils ont relâché les enfants au bout d’une demi-heure environ.

6 février : Six soldats ont débarqué à l’école Qurtuba à Tel Rumeida, à une heure où les élèves quittaient le bâtiment. Ils ont retenu deux enfants qui devaient avoir onze ans environ : ils les ont menacés, disant qu’ils seraient arrêtés pour avoir jeté des pierres. Certains enseignants et le principal ont dit aux soldats que les enfants n’avaient pas jeté de pierres. Les soldats ont répondu qu’il relâcheraient les enfants, dans ce cas, mais que s’ils jetaient à nouveau des pierres aux Israéliens, ils [les soldats] les arrêteraient et que c’est toute l’école qui aurait des ennuis.

7 février : Des soldats du check-point militaire de Qurtuba ont retenu un civil étranger, volontaire de ISM (International Solidarity Movement – Mouvement International de solidarité), en lui disant que l’usage d’un appareil photo était interdit. L’homme a cessé de prendre des photos, mais les soldats l’ont néanmoins emmené à un poste de police. Il a été relâché après quelques heures, mais les soldats sont revenus et l’ont arrêté vers 22 h 30. La même nuit, ils ont arrêté un autre membre du ISM.

8 février : Les soldats de la brigade Golani et de la police des frontières ont effectué un raid dans au moins 30 maisons de la Vieille ville, très tôt à l’aube. Ils ont défoncé des portes à coups de crosses et de bottes, ont brisé des serrures et fouillé dans les objets des maisons. Ils ont retenu une famille de huit personnes (y compris deux petits enfants) dans une petite pièce d’une des maisons pendant quatre heures ; les Palestiniens n’ont pas eu la permission de se servir de la salle de bain.
Lors d’un autre incident, ils ont enfermé seule dans une chambre une fillette handicapée mentale souffrant d’une maladie respiratoire. D’autres membres de la famille ont été forcés de rester à l’extérieur pendant la fouille. Un autre résident a rapporté que les soldats qui avaient fait irruption chez lui avaient prétendu que ses enfants leur avaient jeté des pierres ; ses enfants ont moins de quatre ans. Les soldats ont laissé derrière eux du verre brisé, des serrures arrachées et des ustensiles de ménage éparpillés sur le sol.

L’expérience et la logique suggèrent que le porte-parole des FDI serait incapable de traiter une telle prolifération de protestations et de témoignages en dix jours à peine. S’il avait fourni un rapport détaillé d’un seul de deux incidents, le caractère cumulatif de ce regain d’agressivité n’aurait pas été perceptible et un temps précieux aurait été perdu. Dans ce cas, les normes professionnelles de la patience étaient en contradiction avec un objectif professionnel comparable consistant à écouter et donner une voix aux sentiments d’anxiété et d’insistance qui unissent actuellement les habitants de Hébron.

Quoi qu’il en soit, voici la réponse du porte-parole des FDI : « Agissant en réponse aux appels faits par des habitants et des observateurs internationaux à propos de l’attitude déployée par les soldats dans cette région, certains exemples spécifiques de non-respect des ordres de l’armée ont été identifiés. Le sujet a été traité au niveau disciplinaire. De tels exemples sont exceptionnels et ne reflètent pas la conduite des forces des FDI dans la région. »


[1] FDI : « Forces de défense d’Israël ». L’expression utilisée par A. Hass (qui écrit pour un quotidien israélien) est usitée en Israël et revêt un caractère “publicitaire”. Ce n’est pas pour “défendre Israël” que cette armée occupe les territoires palestiniens. Dans le cas particulier de Hébron, la présence massive de troupes qui harcèlent en permanence les habitants a pour objectif de servir de rempart à une poignées d’extrémistes religieux juifs (dont beaucoup sont d’origine Étatsunienne) qui se sont installés en plein milieu de la ville, qui ont occupé par la ruse et par la force des maisons palestiniennes, qui font régner sur toute la population palestinienne (130.000 habitants) un régime de terreur. – NDLR

Article publié dans le journal Haaretz, le 13 février 2012.

Amira Hass

Amira Hass est une journaliste israélienne, travaillant pour le journal Haaretz. Elle a été pendant de longues années l’unique journaliste à vivre à Gaza, et a notamment écrit « Boire la mer à Gaza » (Editions La Fabrique)

Vous trouverez d’autres articles d’Amira Hass (ou parlant d’elle) traduits en français sur ce site.

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