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La frénésie des colons redouble en Cisjordanie

Dimanche à minuit vient à échéance le simulacre de “gel” de la colonisation de la Cisjordanie décrété par le gouvernement Netanyahou il y a dix mois. Depuis des semaines se multiplient les déclarations émanant de la fraction la plus droitière de ce gouvernement pour écarter toute idée de prolonger ce “moratoire” afin de faciliter la recherche d’un accord de paix avec l’Autorité Palestinienne.

Celle-ci, tout en sachant pertinemment que le “gel” n’était qu’un effet d’annonce sans grande conséquences sur le terrain puisque

  • il n’a jamais concerné Jérusalem-est
  • il n’a jamais concerné les bâtiments dont la construction avait débuté au moment de son entrée en vigueur (et entre l’annonce de la mesure et son entrée en vigueur plusieurs mois plus tard, beaucoup de chantiers ont été ouverts)
  • il n’a jamais concerné les immeubles à usages collectif (écoles, crèches, synagogues,…)
  • il n’a jamais fait l’objet d’une surveillance sérieuse (il y avait une poignée de contrôleurs pour toute la Cisjordanie)
  • même quand la Justice israélienne ordonne la démolition de colonies qu’elle juge “illégales” (en fait, elles le sont toutes), seuls 3% des ordres de démolition sont exécutés par l’armée.

Bref, pendant le soi-disant “gel” de la colonisation, le secteur de la construction a connu un véritable « boom » comme Haaretz le constatait dès le mois de janvier.

La fin de ce “gel” factice a donc une portée essentiellement symbolique et politique.

Rien d’étonnant, donc, à ce que le mouvement des colons ait multiplié les gesticulations à l’approche de la fin du prétendu “moratoire”, auquel il a toujours été opposé. Haaretz rapportait samedi dernier qu’ils ont mis les mois écoulés à profit pour mettre au point des méthodes de construction “légères” qui permettront de mener à bien, à peu de frais, la constructions de maisons en deux mois à peine.

Objectif : créer le plus rapidement possible, dès la fin du “gel”, un maximum de “faits accomplis” sur le terrain, chacun de ces “faits accomplis” rendant un peu plus improbable, et plus difficile à la fois pratiquement et politiquement, la rétrocession des territoires confisqués aux Palestiniens.

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Quelques préfabriqués alignés à la hâte, voilà une nouvelle “implantation” qui permet de doubler la superficie de la colonie de Revava, au détriment du village palestinien voisin de Deir Istiya

Dès lundi, la construction de 2.000 à 2.200 bâtiments, pour lesquels toutes les autorisations administratives (évidemment sans la moindre valeur au regard du droit international) ont déjà été accordées, pourrait être lancée, avec pour objectif de prendre de vitesse toute autre tentative de “moratoire” décidée au plus haut niveau.

Haaretz rapporte cette anecdote révélatrice :

En avril, Yedidiya et Hadassah Spitz ont commencé à construire une maison de 100 mètres carrés [dans la colonie “illégale” d’] Amona pour loger leur famille grandissante. Quelques jours après que la construction ait commencé, la Haute Cour de Justice, à la suite d’une plainte déposée par l’organisation de défense des droits de l’homme Yesh Din, a examiné une demande visant à raser à nouveau Amona.

Le juge de la Cour suprême Dorit Beinisch a demandé au représentant de l’État, “que faites-vous avec cette nouvelle construction ? C’est supposé être une de vos priorités”, ce qui signifiait qu’elle devait être rasée.

Le représentant de l’État a dit qu’un mandat ordonnant la destruction de la maison avait été délivré, mais il était déjà trop tard : la maison avait été terminée en moins d’un mois après le début du chantier.

La famille Spitz, comme beaucoup d’autres, a construit sa maison avec des méthodes de construction légères, ce qui signifie des matériaux légers. Cette nouvelle méthode construction «instantanée» qui vise à “capturer” des terres et permet également de contourner les restrictions politiques et de déjouer les inspections.

Cette méthode produit des maisons quelque part entre la permanence de la pierre et du ciment, et le caractère précaire des préfabriqués. Ces dernières années, l’administration civile dans les territoires a bloqué l’entrée des éléments de maisons préfabriquées en Cisjordanie, ce qui rend impossible pour les colons de les ériger en de nombreux endroits.

On va donc très probablement voir, en quelques semaines, apparaître de nouvelles colonies un peu partout, dans le seul but d’occuper un maximum d’espace en un minimum de temps, afin de rendre inopérant tout nouveau “gel” (si improbable soit-il).

Certains n’ont d’ailleurs pas pu résister à la tentation et ils relancé les constructions sans attendre l’échéance officielle : les fondations d’une nouvelle école religieuse ont été coulées samedi dans une colonie “illégale” au sud de Hébron (Al-Khalil) et dans le sud du district de Bethléem, des colons ont installé des “mobilhomes” sur des terrains appartenant au Palestinien Khirbet Jub Ath-Theib.

D’autres, au nord de la Cisjordanie, ont installé une vingtaine de caravanes au sommet d’une colline proche de la colonie de Revava, où 2.500 colons se sont concentrés dimanche après-midi avec des engins de chantier afin de célébrer la reprise au grand jour de la colonisation. Ils ont procédé à un lâcher de 2.000 ballons : un par maison qui sera très vite mise en chantier.

Depuis le matin, des militants du Likoud, le parti de Netanyahou, circulaient de colonie en colonie, à bord d’autobus, afin d’aller manifester leur soutien aux colons. A chaque halte, des discours avaient lieu, où il était beaucoup question du “temps perdu” pendant les dix mois du soi-disant “gel”. On se demande ce qu’auraient fait les militants du Likoud si Netanyahou n’avait pas solennellement lancé un appel aux colons pour qu’ils fassent “preuve de retenue et de responsabilité”.

Toute cette agitation vise à prolonger le processus d’évaporation de la Palestine et à rendre pratiquement impossible tout accord digne de ce nom avec les Palestiniens. Ceux-ci seront très probablement bientôt obligés de se rendre à l’évidence : ils n’ont pas de partenaire pour faire la paix.

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