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La FIFA cède aux pressions du gouvernement israélien, et juge “prématuré” de respecter ses statuts

Les Palestiniens voulaient voir l’instance mondiale du football mettre fin lors de son congrès des 10 et 11 mai à Bahreïn aux matches de six clubs de différentes divisions du championnat israélien qui disputent leurs rencontres à domicile dans des colonies de Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l’armée israélienne depuis 50 ans. Les statuts de la FIFA prévoient en effet qu’aucune fédération nationale affiliée ne peut organiser des matches sur le territoire d’une autre fédération nationale sans l’accord de celle-ci. Or, la fédération palestinienne n’autorise évidemment pas les clubs de colons illégalement installés sur son sol à y disputer des matches.

La colonisation est illégale au regard du droit international et ces matches reconnus par la fédération israélienne – donc indirec­tement par la fédération internationale dont elle est membre – sont pour les Palestiniens une manifestation de plus de l’entreprise coloniale israélienne.

Human Rights Watch (HRW) considère, dans un récent rapport, que le Ariel City Football Club, de l’implantation du même nom, “cautionne la confiscation de terres palestiniennes”. En reconnaissant les rencontres disputées “à domicile” en Cisjor­danie sous l’égide de l’un de ses membres, “la FIFA soutient indirectement l’existence des colonies”, et contribue à des violations du droit humanitaire international et des droits de l’Homme, a souligné HRW.

Depuis des semaines, la machine diplomatique israélienne s’est mise en mouvement pour exercer toutes les pressions possibles et imaginables pour défendre les six clubs semi-professionnels 3e, 4e et 5e divisions israéliennes dont il est question, ou plus exactement pour défendre la colonisation et le colonialisme dont ils sont une manifestation.

Le Président de la fédération palestinienne de football, Jibril Rajoub, avait dénoncé au début de ce mois les pressions “sans précédent” exercées par Benjamin Netanyahou auprès de la FIFA. La thèse israélienne est qu’il “n’existe pas de frontière définie” entre Israël et la Palestine, et que par conséquent la règle ne peut pas s’appliquer à son cas. Or, la colonie de Ariel, à laquelle appartient un des clubs, se situe à 17km au-delà de la “ligne verte”.

On sait que depuis 1948 Israël a toujours obstinément refusé de définir ses propres frontières avec qui que ce soit, ce qui n’est pas sans une certaine logique puisque l’objectif des sionistes a toujours été, et reste, de les repousser toujours plus loin (à cet égard, on aurait tort de croire que l’expression “de la mer au fleuve [Jourdain]” représente le stade ultime de leurs ambitions territoriales, plutôt qu’une étape).

Fin avril, le comité de la FIFA chargé d’examiner la question israélo-palestinienne avait recommandé que l’orga­nisation internationale accorde à Israël un délai de six mois pour que l’Etat hébreu arrête ses matches dans les implan­tations en Cisjordanie. Faute de s’exécuter dans ce délai, la fédération israélienne aurait risqué d’être suspendue par la FIFA, et donc les équipes israéliennes auraient été de facto exclues de toutes les compétitions internationales. Et que croyez-vous qu’il arriverait ? … Vous avez deviné, ce serait inévitablement le début d’un “nouvel holocauste” !

Plus sérieusement, les enjeux financiers sont, on le devine, importants, et on sait ce qu’ils pèsent dans le football professionnel et dans ses instances… Quoi qu’il en soit, alors que l’occupation israélienne dure depuis 50 ans et que la colonisation a atteint un rythme sans précédent, la FIFA trouve “prématuré” de respecter ses propres règles.

 

 

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