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La farce du “gel” des colonies : une université israélienne en territoire palestinien

Le gouvernement israélien ne se donne même plus la peine de maintenir un minimum les apparences en ce qui concerne son pseudo-gel des implantations juives en territoire palestinien.

Le Ministre israélien de la défense guerre, Ehud Barak, a en effet approuvé le changement de statut d’un collège, implanté dans la colonie juive d’Ariel, qui est élevé au rang d’université. Un changement de statut qui lui assurera un financement public beaucoup plus important, et lui permettra d’accroître sensiblement le nombre des étudiants, qui sont actuellement déjà environ 11.000 (la population de la colonie d’Ariel étant de 18.000 personnes).

Il s’agit de la première “université” juive située en territoire palestinien. Tous les étudiants doivent obligatoi­rement s’inscrire à au moins un cours portant sur le judaïsme ou “l’héritage juif”.

La colonie d’Ariel, la deuxième plus importante colonie juive en Cisjordanie après Ma’ale Adumim, est implantée 22 kilomètres à l’est de la “ligne verte”. Dans les limites administratives d’Ariel – évidemment fixées unilatéra­lement par les Israéliens – , on dénombre 26 autres implantations, y compris une zone industrielle, totalisant 38.000 colons répartis sur 120 km². Le tout est reliée au territoire israélien par la “Trans Samaria Highway”. Une photo aérienne permet de réaliser à quel point Ariel est enchâssée dans le territoire palestinien, et contribue à le scinder en “îlots” entre lesquels la circulation et les échanges de toute nature sont sans cesse rendus plus difficiles.Ariel_settlement

Dans le passé, plusieurs tentatives visant à élever le collège d’Ariel au rang d’université, émanant toutes de la droite israélienne, s’étaient heurtées à des campagnes d’opinion et à l’opposition du milieu académique, qui les avaient tenues en échec. Mais cette fois c’est un “travailliste” qui est à l’origine de la décision.

Un certain nombre de personnalité académiques ont protesté contre cette décision, qui – ont-ils souligné – ne peut que favoriser ceux qui, en Europe en particulier, plaident pour un boycott des université israéliennes, accusées de complicité avec la confiscation du territoire palestinien.

Pour le leader du mouvement “Peace Now” (La Paix Maintenant), Yariv Oppenheimer, cette décision vise à  “renforcer le consensus en Israël quant au fait qu’Ariel devrait faire définitivement partie d’Israël”.

Depuis sa fondation en 1982, en tant que campus décentralisé de l’université Bar Ilan de Tel Aviv, le collège d’Ariel a dans un premier temps pris son indépendance (en 2004), et a aussitôt commencé à réclamer le statut d’université à part entière. Ariel Sharon lui avait donné son appui, déclarant que cela serait “d’une grands importance dans le but de renforcer les implantations”.

En dépit de l’opposition du Conseil de l’Enseignement Supérieure, qui avait menacé de ne plus reconnaître les diplômes délivrés par le collège, celui-ci avait unilatéralement modifié son nom en 2007, se rebaptisant “Centre Universitaire d’Ariel” (ce qui explique qu’on trouvait déjà mention de l’existence d’une université dans celle colonie dans certains documents, alors qu’en fait ce n’en était pas une), mais la décision fut annulée au motif que seul le ministre de la défense guerre pouvait prendre une telle décision.

Il y a une quinzaine de jours, Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères et leader du parti d’extrême-droite Yisraël Beteinu (qui lui -même vit dans une colonie en Cisjordanie) avait menacé de bloquer toutes les initiatives législatives des travaillistes si le statut d’université n’était pas accordé officiellement au collège d’Ariel.  Ehud Barak lui a donc donné satisfaction, ce qui est un indice de l’influen ce grandissante de l’extrême-droite dans le cabinet Netanyahou.

La décision a été approuvée avec enthousiasme par Ron Nachman, le maire d’Ariel, qui a déclaré qu’il a l’intention de faire se cette colonie “le Princeton israélien”, de doubler le nombre d’étudiants au cours des dix prochaines années et de tripler la superficie des bâtiments universitaires.

Yossi Sarid, ancien président du Conseil de l’Enseignement Supérieure israélien a écrit dans Haaretz jeudi dernier que “grâce à M. Barak nous avons la seule université du monde libre dont les fondateurs et les propriétaires sont des officies en uniforme”.

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