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La descente aux enfers boursiers de TEVA et du groupe de médias de P. Drahi

La Bérézina continue pour le fabricant israélien de médicaments génériques Teva, rejoint cette semaine dans la débâcle par la société Altice, maison-mère de l’opérateur de télécoms SFR du financier franco-israélien Patrick Drahi 1.

Des sites israéliens, jamais avares de compliments pour vanter les prouesses de leur « start-up nation », ont, sans surprise, crié à des « manœuvres antisémites » pour expliquer la déconfiture.

La réalité est plus prosaïque.

Teva et Altice ont en effet ceci en commun d’avoir manifestement eu les yeux plus gros que le ventre, en multipliant les acquisitions au prix d’un endettement insensé, dont le remboursement semble de plus en plus compromis 2.

Teva, enfant chéri du gouvernement israélien et gros profiteur de l’occupation des territoires palestiniens, qui représente pour lui un marché captif non négligeable, affiche ainsi une dette de plus de 30 milliards d’euros, alors que sa principale « vache à lait », le traitement de la sclérose en plaques Copaxone*, se voit à présent concurrencé, par une version générique du même produit.

La situation est particulièrement ironique quand on sait que Teva a fondé son développement sur la vente de médicaments génériques, alors même que ses profits proviennent principalement de son seul gros produit de marque, Copaxone*, et que ce dernier est rattrapé à son tour par le générique d’un autre laboratoire pharmaceutique !

Le cours en bourse de Teva a chuté de 70% au cours des douze derniers mois, au point que la valeur théorique du laboratoire ne dépasse pas cette semaine les 10 milliards d’euros, trois fois moins que sa dette.

Et ce n’est apparemment pas fini : l’agence de notation Fitch vient de dégrader la crédibilité des emprunts de Teva, les ravalant au rang « d’obligations pourries », manière de dire que les prêteurs ne sont pas sûrs de récupérer leur mise quand ces emprunts arriveront à échéance. Pour noircir encore un peu plus le tableau, un analyste boursier de la banque HSBC estime que le cours de bourse de Teva, 10 € ces jours-ci, est encore deux fois trop cher.

La perspective n’est pas plus réjouissante pour le groupe de Patrick Drahi : ce dernier a acquis en moins de trois ans plusieurs poids lourds des télécoms, dont le français SFR, en promettant aux banques qui lui prêtaient l’argent qu’il allait en « dégraisser » les effectifs et ainsi pouvoir les rembourser rapidement. Drahi, en même temps qu’il se constituait un empire dans les médias (chaîne israélienne I24news, BFMTV, Libération, L’Express 3, a effectivement supprimé des milliers d’emplois à SFR, mais cela a eu pour effet, outre d’augmenter le chômage, d’endommager gravement le fonctionnement de l’opérateur de téléphonie : les clients sont partis en nombre 4 à la concurrence (Orange, Bouygues, Free), et la rentabilité du groupe en a été affectée, entrainant à son tour une chute sans précédent du cours boursier.

Le titre a perdu la moitié de sa valeur depuis le début du mois, sa capitalisation boursière 5 ressortant à 12 milliards d’euros, à comparer à une dette de plus de 50 milliards d’euros, 4 fois plus !

Selon des rumeurs rapportées par la presse financière spécialisée, la panique serait telle que Patrick Drahi aurait vendu une partie de ses propres actions Altice 6, ce qui ne peut qu’amplifier le mouvement de spirale baissière dans un univers financier lui-même complètement fou.


Cet article a été publié par CAPJPO-EuroPalestine
Notes additionnelles : Luc Delval

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Notes   [ + ]

1. On consultera avec profit la“carte” des groupes de médias français publiée par Le Monde Diplomatique. Le groupe de Patrick Dahi se trouve en haut à droite (à 14 heures)
2. Cet endettement a été largement favorisé par des taux d’intérêts historiquement très bas. Une remontée des taux d’intérêts aux États-Unis est amorcée, dont la banque Morgan Stanley estime (comme beaucoup) qu’elle pèsera logiquement sur les intérêts de la dette d’Altice qui dépasse les 50 milliards d’euros. La banque estime par ailleurs, dans une note rendue publique, que la trésorerie du groupe pourrait fondre de 23% d’ici 2020. Toutefois, selon un article fort peu critique dans « Le Monde », “heureusement, Patrick Drahi a mené tambour battant la renégociation de sa dette de 50 milliards d’euros. 85 % de cette somme est à taux fixe et le premier remboursement d’ampleur n’intervient pas avant 2023”.
3. voir ci-dessus note N°1
4. ±1,5 million de clients ont quitté SFR depuis le rachat par Drahi en 2014, et les efforts, notamment médiatiques, pour reconquérir la clientèle n’ont pas connu un franc succès.
5. L’action a perdu 13% ce mardi 14 novembre 2017 après avoir fondu de 36% la semaine précédente. La chute, par rapport à juin dernier, est de 61%.
6. Dahi a aussi viré successivement plusieurs cadres dirigeants, dont Michel Paulin, directeur général de SFR et Michel Combes, qui était à la fois directeur général d’Altice et PDG de SFR. Tous deux avaient été nommés par Drahi il y a à peine quelques mois.