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La démolition des logements des Bédouins dans le Neguev doit cesser immédiatement (Amnesty)

« Les autorités israéliennes doivent cesser la destruction de ces communautés et changer complètement de politique pour garantir le droit au logement convenable à tous les citoyens. »

Philip Luther, directeur du programme d’Amnesty International au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Israël
doit immédiatement cesser de démolir les maisons des communautés bédouines arabes dans le désert du Negev/Naqab que le gouvernement refuse de reconnaître officiellement, a déclaré Amnesty International suite à la nouvelle démolition du village d‘al-Araqib par les autorités israéliennes.

Les habitants d'al-Araqib suite à la première démolition de leur village le 27 Juillet 2010. © Amnesty International

Les habitants d’al-Araqib suite à la première démolition de leur village le 27 Juillet 2010. © Amnesty International

« Les autorités israéliennes doivent cesser la destruction de ces communautés et changer complètement de politique pour garantir le droit au logement convenable à tous les citoyens, » a déclaré Philip Luther, directeur du programme d‘Amnesty International au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Le projet Prawer-Begin du gouvernement israélien va mener à l’expulsion forcée de dizaines de milliers de Bédouins arabes citoyens d’Israël, ce qui le rend intrinsèquement discriminatoire, va à l’encontre des obligations internationales d’Israël, et ne peut en aucune circonstance être accepté. »

Des bulldozers de l’Administration des territoires d’Israël accompagnés d’un important convoi de policiers lourdement armés dans plus de 60 véhicules sont arrivés au village d’al-Araqib tôt le mardi matin et ont détruit 15 cabanes, rasant le village et déplaçant 22 familles.

Le village, qui n’a jamais été officiellement reconnu par les autorités israéliennes malgré le fait que les résidents se revendiquent de cette terre depuis longtemps, a été détruit plus de 50 fois au cours de ces trois dernières années. Les habitants ont tenté de reconstruire leurs maisons à chaque fois, installant des abris de fortune sur cette même terre.

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Sabah Abu Mudagham d’al-Araqib parle des expulsions forcées à répétition. © Amnesty International

« Nous avons le droit de rester ici. Notre lutte n’a pas cessée depuis des générations et nous persévérerons, » a déclaré Aziz al-Turi, un résident du village. « Nos grand-parents sont enterrés sur cette terre, nous continuerons à reconstruire et à protester pour défendre notre droit d’y vivre. »

La démolition la plus récente a eu lieu un jour après que des manifestations de masse aient pris place à travers Israël, la Cisjordanie occupée et la bande de Gaza, contre le projet de loi sur la « régularisation des habitations des Bédouins dans le Neguev. » Cette loi expulserait alors plus de 30.000 résidents des 35 villages Bédouins dans le désert du Neguev non reconnus par les autorités. La police israélienne a eu un recours excessif à la force sur des manifestants pacifiques opposants au projet de loi dans plusieurs régions notamment Be’er Sheva et Sakhnin.

Toutes les constructions effectuées dans ces villages sont considérées comme illégales par les autorités israéliennes. Les 70.000 résidents n’ont pas accès aux services de base comme l’eau ou l’électricité.

Amnesty International appelle les autorités israéliennes à abandonner le projet de loi qui conduirait à une augmentation considérable de la démolition des logements dans ces communautés. Bien que le projet de loi ait seulement passé l’étape de la première lecture à la Knesset (Parlement israélien), l’Administration des territoires d’Israël détruit régulièrement et sans entrave des logements et autres structures dans ces villages. Plus de 120 maisons et autres ont été démolis ces cinq derniers mois.

« Les démolitions répétées à al-Araqib et d’autres villages montrent que le projet Prawer-Begin est mis en oeuvre sur le terrain en dépit du fait que le projet de loi est toujours en attente à la Knesset et que les communautés affectées n’ont toujours pas été réellement consultées, » a annoncé Philip Luther.

« Le projet Prawer-Begin est discriminatoire vis-à-vis des Bédouins arabes par le fait qu’ils ne bénéficieront pas de la même protection de leur terre et du même droit au logement que les autres citoyens israéliens. La communauté internationale doit faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il respecte les droits de l’homme et les obligations qui s’ensuivent à l’intérieur de ses frontières ainsi que dans les territoires palestiniens occupés. »


Manisfestations du 15 Juillet et réactions des autorités:

Des manifestions contre le projet Prawer-Begin et le projet de loi israélien ont eu lieu le 15 Juillet au sein des communautés palestiniennes partout en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Le Comité supérieur de suivi pour les citoyens arabes d’Israël a également appelé à la grève générale.

Les forces de sécurité et la police israéliennes ont eu un recours excessif à la force contre les manifestants à Be’er Sheva et Sakhnin, l’administration de facto du Hamas a empêché les jeunes activistes de Gaza de manifester, et l’Autorité Palestinienne a empêché les manifestants de marcher depuis Ramallah jusqu’à la colonnie israélienne illégale de Beit El.

A Be’er Sheva, la plus grande ville de la région du Neguev, la police et l’unité spéciale des forces de police israéliennes ont arrêté 14 manifestants, dont deux femmes et deux enfants. Des délégués d’Amnesty International Israel ont observé la manifestation. Les manifestants étaient pacifiques, mais les officiers de police ont pénétré la foule à cheval et se sont montrés violents lors des arrestations. Les manifestations ont été accusés d’avoir « agressé un policier ».

A Sakhnin, dans le nord, les forces israéliennes ont arrêté 14 manifestants, dont trois femmes et un enfant. L’une d’elles est Fathiya Hussein, une activiste pour les droits de l’homme qui travaille à Adalah, le centre juridique pour les droits des minorités arabes en Israël. Les forces de police ont attaqué la foule à cheval, ont lancé des bombes lacrymogènes et ont tiré des balles en caoutchouc sur eux.
A Jérusalem-Est occupé, les forces israéliennes ont arrêté 10 manifestants, dont plusieurs enfants. Environ 12 manifestants ont été blessés quand les forces israéliennes dont certains habillés en civils ont attaqué les manifestants et ceux en marge de la manifestation.


Publié sur Amnesty International le 18 juillet 2013.
Traduction : Christelle Chidiac.

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