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La Cour suprême confirme le caractère colonial d’Israël dans son ensemble

Le 15 avril la Cour suprême d’Israël a rejeté le recours contre la “Loi Anti-Boycott” introduit notamment par l’ancien député Uri Avnery et Gush Shalom.

Dans ses attendus, elle définit le boycott d’Israël comme « un refus délibéré de relation économique, culturelle ou universitaire avec une personne ou une entité au seul motif de son lien avec Israël, une de ses institutions ou une zone sous son contrôle, dans le but de lui causer un dommage ».

La Cour maintient donc en vigueur la loi adoptée en 2011 par la majorité de droite à la Knesset, qui criminalise tout appel au boycott d’Israël et définissant le boycott des produits des colonies illégalement établies dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 comme étant aussi “un boycott d’Israël”.

L'expansion territoriale d'Israël à long terme telle que la fantasment les sionistes

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Selon cette loi, toute personne ou « entité » qui appelle à un boycott économique, culturel ou académique d’Israël ou « de zones sous son contrôle » (ce qui désigne la Cisjordanie occupée militairement depuis 1967) peut faire l’objet de poursuites en dommages et intérêts.

La loi, telle qu’elle avait été votée, prévoyait que les plaignants ne devaient pas même faire la preuve de la réalité du préjudice qu’ils prétendraient avoir subi. La Cour a annulé cette disposition constituant une aberration juridique absolue : pour avoir droit à une compensation, tout plaignant devra donc démontrer que l’appel au boycott l’a réellement affecté.

Mais quoi qu’il en soit, après cette décision éminemment politique, le refus récent d’une soixantaine d’artistes israéliens de se produire dans le théâtre d’Ariel, une grosse bourgade de colons en Cisjordanie, pourrait par exemple faire l’objet de poursuites judiciaires. La décision instaure une égalité de traitement entre l’appel au boycott général d’Israël et celui restreint aux territoires occupés, élargissant donc de facto le caractère colonial du pays des seuls territoires occupés à sa totalité. Une confirmation qui est en fin de compte assez conforme à la réalité historique et politique, même si telle n’était évidemment pas l’intention de ses auteurs. Un juge qui a rédigé la décision, Hanan Melcer, a en effet estimé que, dans certains cas, l’appel au boycott s’assimile à la «  terreur politique  »

Pour l’avocat de Gush Shalom, “c’est un verdict déplorable qui aura des conséquences de grande ampleur”. “Les Juges ont réellement changé le droit constitutionnel fondamental israélien tel que nous l’avons connu, en accordant à l’intérêt du maintien des colonies dans les territoires occupés une priorité sur le droit fondamental de tous les citoyens à la liberté d’expression en matière politique. En fait, la Cour Suprême est devenue prisonnière des préceptes politiques des forces de droite opposés à la démocratie, et donnant leur approbation à une mesure législative destinée à bâillonner un côté de l’éventail politique.

Selon lui, “aux termes de la situation juridique créée dans l’Etat d’Israël par la Loi Anti-Boycott et ratifiée maintenant par la Cour Suprême, il est acceptable d’appeler à un boycott du fromage fermier en raison de son prix élevé – mais absolument interdit d’appeler à un boycott du même fromage parce qu’il est produit dans une colonie” (c’est une référence à la “Campagne de Boycott du Fromage Fermier” qui a déclenché le mouvement collectif de protestation sociale en 2011).

Qui plus est, le juge de la Cour suprême Elyakim Rubinstein a inclus dans l’arrêt d’assez surprenantes références bibliques et historiques, estimant que la question du boycott des produits des colonies israéliennes doit s’examiner à la lumière de l’éternelle lutte du peuple juif contre ceux qui – selon lui – cherchent inlassablement, génération après génération, à l’exterminer.

En d’autres termes, tout Israélien qui soutient le boycott des produits des colonies, ou plus généralement des produits israéliens, cherche ni plus ni moins qu’à détruire les Juifs. On peut donc supposer que l’accusation vise en premier lieu la minorité arabe, et que les non-Israéliens ne sauraient échapper à la même accusation. Autrement dit encore, si délibérément je n’achète pas de pommes de terres, d’herbes aromatiques, de médicaments génériques, etc… provenant d’Israël, je suis donc – selon la plus haute juridiction israélienne – nécessairement animé d’une volonté génocidaire, et forcément antisémite. Bref, le choix des pommes de terres que j’achète ou refuse d’acheter détermine si je suis ou non un nazi.

« Et bien, votre honneur le juge Rubinstein, je soutiens qu’il faut imposer un boycott contre les produits des colonies. Est-ce que vous croyez vraiment que cela fait de moi le nazi du jour qui se dresse pour détruire les Juifs ? », écrit Oudeh Basharat, dans Haaretz.

« Après tout, cette loi vise seulement les supporters du boycott parmi les citoyens israéliens, dont beaucoup sont des Arabes. Je ne me souviens pas que mon père, qui a été chassé [en 1948] de son village de Ma’alul (près de Nazareth), et dont la propriété est à ce jour encore confisquée, ait jamais pris d’assaut une communauté juive pour exterminer ses occupants. De sa vie il n’a même jamais franchi le seuil d’une habitation juive. »

« En affirmant que, en adoptant cette loi « le parlement israélien a donné une expression juridique à la bataille contre ceux qui se dressent contre nous pour nous détruire », vous attribuez des intentions sataniques aux Israéliens qui soutiennent le boycott, qu’ils soient Juifs ou Arabes. Or, nous ne parlons pas d’une insurrection armée, pas même de désobéissance civile. Appeler à un boycott est l’arme des faibles, ceux pour qui la lutte civique est la seule option disponible. Et c’est justement ce moyen d’action pacifique que vous bannissez. », poursuit-il.

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