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La conception israélienne de l’approvisionnement en eau de la Cisjordanie pose aussi un problème de santé publique

On sait à quel point Israël a fait de l’eau un instrument de sa domination coloniale sur la Palestine, et de l’oppression que subissent aux quotidien les habitants de la Cisjordanie et de Gaza occupées. Nous avons déjà publié à ce propos plusieurs articles, révélant non seulement l’organisation délibérée de la pénurie pour les Palestiniens mais aussi la coopération de l’Autorité Palestinienne avec l’occupant pour perpétuer cette situation.

Dans l’un de ceux-ci, Amira Hass livrait cette précision étonnante :

Le plan directeur [visant à améliorer l’approvisionnement en eau de la Cisjordanie] ne repose pas sur de nouveau forages dans l’aquifère de la montagne, mais sur l’accroissement des transferts depuis Israël, qui se ferait au travers de trois conduites principales. Au cours des discussions avec les Palestiniens, les Israéliens mentionnent ces augmentations, qui proviendront principalement des usines de désali­nisa­tion d’eau de mer.

Le plan prévoit une d’augmenter l’approvisionnement de 73 millions à 142 millions de mètres cubes, dont 48 iraient vers les colonies juives et 93 aux Palestiniens. Les leaders des colons ont pris part aux réunions du comité d’orientation.

Les porte-parole israéliens décrivent l’augmentation des quantités vendues par Mekorot comme des actes de bonne volonté [envers les Palestiniens]. Mais les Palestiniens, quant à eux, y voient la confirmation des limites qui leur sont imposées dans leur quête pour obtenir librement l’eau de l’aquifère de la montagne.

L’objectif premier est limpide comme de l’eau de source : ne pas permettre aux Palestiniens de disposer de leurs propres ressources naturelles, et maintenir leur dépendance à l’égard d’Israël à long terme.

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Or – est-ce uniquement le fruit du hasard et la faute à pas de chance ? – voilà qu’en outre il apparaît que l’eau provenant des usines de désalinisation pourrait constituer un sérieux problème de santé publique.

Le quotidien israélien Haaretz fait en effet état d’une étude de l’Université Hébraïque qui met en évidence un lien entre une augmentation des troubles thyroïdiens attribués à une carence en iode dans la région d’Ashkelon, où l’approvisionnement en eau est assuré depuis 2011 par de l’eau de mer désalinisée.

Les chercheurs de l’Université Hébraïque, qui ont travaillé en coopération avec le Centre Médical Barzilai, établissent un lien de causalité entre la source de l’eau distribuée dans la région et l’augmentation de ces pathologies.

Selon le directeur de recherche, le Dr. Aron Troen, du Laboratoire de Nutrition et de Santé du Cerveau de l’Université Hébraïque, les habitudes alimentaires en Israël, où on n’ajoute pas d’iode dans le sel de cuisine, contribuent à la carence en iode. “En Israël actuellement, il y a des zones où 100% de l’eau de consommation provient de la désalinisation, et au niveau national la consommation domestique de cette eau est de 60%. L’augmentation de la consommation d’eau provenant de la désalinisation pourrait réduire la quantité d’iode ingérée. Cette eau est aussi utilisée dans l’agriculture pour l’irrigation, pour les animaux et pour les processus industriels de production d’aliments”, dit-il.

Un apport insuffisante en iode peut conduire à des troubles throïdiens, y compris des goitres et des troubles du développement. Même des carences moins sévères peuvent induire des maladies, dont le cancer de la glande thyroïde. Mais un apport excessif peut aussi provoquer des troubles de santé.

Israël a construit – grâce notamment à de généreux financements européens – cinq usines de désalinisation d’eau de mer, dont celle d’Ashkelon est la plus ancienne, et la plus proche de Gaza.

L’étude dont il est fait état ici – menée dans le cadre d’un travail de doctorat – n’avait qu’une portée assez limitée, puisque seulement 70 sujets âgés de 21 à 80 ans, dont la moitié atteints de troubles de thyroïde, ont été étudiés. Le Dr Troen estime toutefois que les investigations devraient être étendues, car si les résultats établissant un lien entre l’eau de mer désalinisée et les troubles constatés était confirmé cela aurait des implications considérables, tant en termes de santé publique qu’au niveau économique, à l’échelle internationale.

Qui sait, pour une fois la santé de la population palestinienne pourrait-elle même être prise en considération ? Juste un peu ?

L.D.                



 

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