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La campagne de diffamation de l’ambassade de l’UE à Tel Aviv et de fonctionnaires bruxellois doit cesser

La députée au Parlement européen Ana Gomes (centre-gauche, Portugal) réclame une enquête officielle sur le rôle d’un haut fonctionnaire de l’Union européenne dans une campagne de dénigrement menée par le lobby israélien à son encontre.

Ana GOMES

Ana Gomes est attaquée par les groupes de pression israéliens qui, fidèles à la bonne vieille méthode qu’ils affectionnent depuis des décennies, dénoncent son prétendu antisémitisme, après qu’elle les ait publiquement critiqués pour avoir tenté de l’empêcher d’accueillir le militant palestinien des droits humains Omar Barghouti pour une conférence au Parlement européen à Bruxelles.

Les accusations des lobbies pro-israéliens contre Ana Gomes ont été amplifiées par Katharina von Schnurbein, haute responsable de l’UE chargé de la lutte contre l’antisémitisme, et par l’ambassade (délégation) de l’UE à Tel Aviv qui en permanence fait preuve à l’égard du gouvernement israélien d’une servilité sans faille 1, mesurable à son activité de propagande pro-sioniste sur les réseaux sociaux.

Récemment, la délégation de l’UE à Tel Aviv a aussi vanté les charmes d’une journée ensoleillée passée avec l’une des plus extrémistes parmi les ministre fascistes du gouvernement Netanyahou :

Une escapade destinée à ceux qui n’avaient pas eu la chance de se rendre à la conférence annuelle de l’AIPAC à Washington, et pas n’importe où ! Aux limites de la Bande de Gaza, où la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely – dont Haaretz écrivait en 2016 qu’elle vit “dans un univers parallèle” après qu’elle ait déclaré que Jérusalem est unifiée, que l’occupation n’existe pas et que la la Bible donne aux Juifs le droit à toute la terre de Palestine – a justifié par avance la prochaine agression militaire contre la population de Gaza. C’est du meilleur goût, et parfaitement conforme à la ligne que l’U.E. feint de défendre vis-à-vis de l’occupation 2… 

Mais revenons à Katharina von Schnurbein 3 :

Fonctionnaire européen, Mme Schurnbein reprend à son compte les attaques des lobbies pro-israéliens les plus réactionnaires contre une élue du Parlement européen, sous prétexte de “lutte contre l’antisémitisme”…

… et elle n’est pas la seule à agir de la sorte, puisqu’un des collaborateurs de son service à l’UE (dont elle-même reprend les propos sur Twitter) retransmet les délires de la présidente d’une union d’étudiants juifs, qu’il croit avoir pour mission de protéger contre la méchante Ana Gomes.

Ana Gomes a adressé une lettre au Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et à la Federica Mogherini, Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la sécurité.

«J’exige une enquête sur la campagne de dénigrement dirigée contre moi, en tant qu’élue [membre du Parlement européen], par quelqu’un de la délégation de l’UE en Israël et par Mme von Schnurbein», écrit-elle. Ana Gomes veut que l’enquête détermine si ces fonctionnaires ont violé leurs obligations découlant du règlement du personnel de l’UE et des règles des médias sociaux.

Conformément à la pratique commune dans les systèmes démocratiques, les fonctionnaires de l’UE sont tenus de rester politiquement neutres, ce qui fait des attaques publiques contre Ana Gomes par von Schnurbein et l’ambassade de l’UE à Tel Aviv un manquement extraordinaire à leurs obligations.

Ana Gomes a également déposé une plainte auprès du Médiateur européen, un organe indépendant chargé d’enquêter sur les allégations d’actes répréhensibles dans les institutions de l’UE.

Un lobby pervers

Le 28 février dernier, Ana Gomes a organisé un séminaire sur le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) avec la participation de Omar Barghouti, qui est l’un des fondateurs de cette campagne des droits de l’homme non violente et lauréat du Prix Gandhi de la paix 2017.

A l’ouverture du séminaire, Ana Gomes avait noté que les discussions sur les droits de l’homme palestiniens étaient jadis beaucoup plus fréquentes, “mais elles sont devenues de plus en plus rares dans ce parlement suite à un lobby très pervers qui tente d’intimider les gens”. Et la représentants portugaise de préciser qu’elle avait fait l’objet de pressions dans les jours précédent le séminaire, par des groupe qui – dit-il – “propagent beaucoup de mensonges” et “déforment les propos de beaucoup de spécialistes”.

Sans surprise les lobbyistes pro-israéliens qui pullulent à l’UE avaient aussitôt répliqué (ils se sont même fendus d’une vidéo, que l’on peut voir ci-dessus). Ainsi le “AJC Transatlantic Institute” – dont une des activités favorites consiste à “blanchir” Israël en lui inventant toutes excuses possibles et imaginables pour les innombrables crimes de guerre commis en son nom  4 – a-t-il promptement dénoncé les propos d’Ana Gomes comme antisémites et réclamé des sanctions disciplinaires contre elle (!) car “elle diabolise les organisations juives de la société civile”.

Katharina von Schnurbein, fonctionnaire de l’UE, a retweeté l’attaque de l’AJC Transatlantic Institute, affirmant que les objections de Ana Gomes contre la censure par des groupes politiques travaillant pour Israël constituaient de «viles expressions antisémites».

Puis, selon une mécanique soigneusement huilée, la délégation de l’UE à Tel Aviv a à son tour rediffusé sur le compte Twitter officiel de l’ambassade (@EUinIsrael) les propos diffamatoires de von Schnurbein contre la députée européenne portugaise.

Katharina von Schnurbein a été nommé en 2015 en qualité de “coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme”. Dans les faits, un de ses principaux objectifs est d’aider Israël à combattre le mouvement de solidarité avec la Palestine en diffusant des propos diffamatoires – à savoir des accusations d’antisémitisme – contre quiconque critique l’occupation, la colonisation et l’apartheid qu’Israël fait subir aux Palestiniens.

Ainsi a-t-elle proclamé, sans en apporter la moindre preuve (et pour cause) que les activités de la campagne BDS ont conduit à une augmentation du nombre d’incidents antisémites sur les campus des universités.

Cette semaine, von Schnurbein était à Londres pour assister au dîner d’un groupe de pression israélien, le “Community Security Trust”, avec l’ambassadeur israélien Mark Regev.

L’ambassade de l’UE à Tel-Aviv s’est également alignée sur des voix d’extrême droite;  et avait engagé l’année dernière un défenseur israélien du génocide des Palestiniens pour apparaître dans une vidéo vantant les avantages de la coopération UE-Israël.

Faire taire les défenseurs des Palestiniens, à tout prix

Dans sa lettre demandant une enquête, Ana Gomes déclare que l’annonce du séminaire avec Barghouti «a incité certaines organisations à tenter de l’empêcher [d’avoir lieu], en nous étiquetant, M. Barghouti et moi-même avec l’insulte d’être “antisémites” ».

Outre le “AJC Transatlantic Institute”, Ana Gomes affirme que parmi les «organisations qui ont mené cette campagne de dénigrement» figuraient des groupes de pression israéliens tels que la “European Coalition for Israel”, le Congrès juif européen et le “European Leadership Network”. Ce dernier, comme l’a souligné “The Electronic Intifada” collabore avec les politiciens d’extrême-droite les plus fanatiques – y compris des néo-nazis et des négationnistes  – à la seule condition qu’ils appuient la politique du gouvernement israélien.

«En insistant pour que je parle au Parlement européen, en résistant aux tentatives d’intimidation et de dénigrement du lobby israélien, Ana Gomes a montré son courage moral et son engagement indéfectible envers les droits de l’homme», a déclaré Omar Barghouti.

«Elle a également reflété la révolte de la société civile européenne et de la base contre les violations flagrantes des droits de l’homme contre le peuple palestinien et, surtout, la complicité de l’UE dans l’instauration du système israélien d’oppression coloniale et d’apartheid», a-t-il ajouté.

Dans son intervention lors du séminaire – dont Ana Gomes a publié le texte sur son site web – Omar Barghouti a déclaré que “seule une pression efficace de la société civile européenne peut mettre fin à cette complicité [de l’Union] européenne. Israël le sait aussi, c’est pourquoi ses lobbyistes bruxellois et leurs alliés au sein de la bureaucratie de l’UE semblent si déterminés à salir ceux qui leur tiennent tête».

Il y a de quoi faire : en réponse à une demande de “Electronic Intifada”, la Commission européenne a pleinement soutenu Katharina von Schnurbein à la suite de son attaque contre Ana Gomes. “La Commission européenne est fermement opposée à l’antisémitisme – ainsi qu’au racisme et à la xénophobie en général – et le travail du coordinateur pour lutter contre l’antisémitisme constitue une partie importante de nos efforts à cet égard”, a déclaré un porte-parole. On n’est pas sortis de l’auberge.

L.D. (avec Electronic Intifada)              

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Notes   [ + ]

1. Sur le compte Twitter de la délégation de l’UE en Israël on lit par exemple la reprise de déclarations du Président français Emmanuel Macron, qui mélange à dessein antisémitisme (fantasmé ou non) et antisionisme, faites au “Dîner du CRIF”, le principal lobby pro-israélien en France, – NDLR
2. Il faut inlassablement le répéter : la Bande de Gaza est toujours un territoire palestinien illégalement occupé par Israël, même si les modalités de cette occupation on changé après le redéploiement des forces israélienne unilatéralement ordonné par Ariel Sharon, et ses habitants ont, en regard du droit international, le droit d’utiliser TOUS les moyens dont ils disposent pour combattre cette occupation (étant entendu que le choix ces moyens est de leur seule responsabilité). – NDLR
3. les triples parenthèses qui entourent son nom sur Twitter constituent un “code” utilisé pour signifier par la personne concernée qu’elle se considère comme juive et tient à le manifester publiquement. Voir une explication à ce propos sur Wikipédia – NDLR
4. Selon Wikipedia : L’AJC Transatlantic Institute, dont le nom tend à faire croire qu’il s’agit en essence des relations transatlantiques, est en fait le bureau bruxellois de l’American Jewish Committee, un groupe de pression organisé à l’échelle mondiale. Il a été fondé en février 2004 pour prétendument renforcer les liens entre l’Europe et les États-Unis, en fait sa préoccupation essentielle est israélienne. – NDLR

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