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La campagne BDS contre l’Eurovision a rencontré un grand succès

Asa Wistanley

L’une des principales cibles du mouvement BDS dirigé par les Palestiniens au cours de l’année écoulée a été le Concours Eurovision 2019 de la chanson, organisé au début mai à Tel-Aviv. Malgré les protestations, le concours a quand même eu lieu et, le jour même, aucune des prestations prévues dans la finale n’a été annulée.

Pourquoi, dans ce cas, affirmé-je que la campagne BDS a effectivement été un succès ? La réponse courte réside dans la couverture médiatique. Même si elle n’a pas atteint le but consistant à isoler complètement l’Eurovision à Tel-Aviv ou à convaincre les principaux participants à annuler leur prestation, la campagne BDS est parvenue à provoquer une conscientisation massive autour de la situation dramatique du peuple palestinien.

Pour une réponse plus détaillée, il est nécessaire de comprende les véritables buts et méthodes du mouvement BDS. BDS n’est pas un exercice abstrait de pureté morale ; il s’agit pour lui de remporter des victoires concrètes sur l’oppression israélienne.

Il a existé dans le passé, et il peut toujours en exister aujourd’hui, des « listes » sur Internet de produits israéliens ou connectés à Israël qu’il nous faut boycotter. Même si elles sont peut-être pétries de bonnes intentions, des listes, à mon navis, sont malavisées. Le principal objet de BDS, à l’instar d’autres boycotts de la consommation, n’est pas de nous donner bonne conscience en achetant uniquement des choses  « convenables ». Le but est de provoquer une vraie différence et de tendre une main réellement solidaire au peuple de Palestine.

C’est pourquoi, en lieu et place, le mouvement BDS s’est concentré sur des campagnes ciblées contre deux ou trois marques différentes à la fois dans chaque pays en particulier. La campagne britannique de solidarité avec la Palestine, par exemple, concentre actuellement ses efforts sur HSBC en raison de ses investissements dans des sociétés qui arment Israël ; sur Puma, en raison de son soutien à l’Association israélienne de football ; et sur les universités britanniques qui ont des investissements dans des sociétés liées à Israël.

La force de BDS et du mouvement de solidarité avec la Palestine en général, c’est que c’est une campagne mondiale essentiellement citoyenne au sein de laquelle les gens sont ensemble. C’est presque un cliché, mais c’est néanmoins absolument vrai que nous pouvons obtenir bien plus de résultats ensemble qu’en agissant en tant qu’individus. Les boycotts individuels de produits israéliens sont louables, certes, mais on obtient de bien meilleurs résultats quand un groupe de personnes, et même un petit groupe, se rassemblent et, par exemple, écrivent au gérant d’un supermarché local pour lui expliquer pourquoi elles ont choisi de boycotter les produits israéliens vendus dans ce magasin.

Un autre aspect important de la façon dont opère le mouvement BDS et une raison importante de son succès actuel près de quatorze ans après sa création, est simple : c’est l’éducation. BDS est une stratégie win-win, parce qu’elle parvient en permanence à éduquer les gens sur la façon violente, raciste et injustifiée dont Israël traite les Palestiniens. Elle garde la question en vie, alors qu’Israël préférerait que les publics occidentaux considèrent les choses autrement.

Le potentiel de développement de la conscientisation que propose BDS est presque infini. Prenez, par exemple, la décision du groupe Radiohead de passer outre en ne respectant pas la ligne de piquet BDS en été 2017 et de se produire à Tel-Aviv. Une campagne continue, de longue haleine, a ciblé le célèbre groupe en lui demandant de ne pas jouer en Israël. Convaincre les membres du groupe d’annuler leur spectacle aurait constitué un important succès, mais ce ne fut pas le cas. En lieu et place, ce qui s’est produit, c’est que la campagne BDS a gardé le sujet bien présent dans les gros titres des médias traditionnels.

Lors d’un spectacle de Radiohaed en Écosse étaient présents des activistes qui agitaient des drapeaux palestiniens afin de protester contre le concert à l’époque imminent que le groupe allait donner à Tel-Aviv. Cette simple intervention généra une importante couverture de la part des médias traditionnels. Qui plus est, cette couverture s’avéra relativement honnête. Même la page des potins « people » du tabloïd Metro parla des protestations contre le groupe en Écosse. Naturellement, en adopta l’approche « équilibrée » habituelle – malavisée à mon avis – qui est souvent celle des médias de l’establishment quand ils traitent de la question palestinienne. N’empêche que cela signifiait qu’un nombre plus important de personnes avaient été conscientisées, en parlaient et discutaient du boycott culturel d’Israël.

Ainsi donc, pourquoi estimé-je que la campagne BDS contre l’Eurovision à Tel-Aviv a été un succès impressionnant ? En complément de la couverture autour de Radiohead et d’autres campagnes précédentes, il y a eu une couverture énorme de la part des médias traditionnels autour de la campagne de boycott contre l’Eurovision. Les gens en ont parlé. Les chaînes anglaises ont diffusé des débats autour de la question. Jamais autant de célébrités et de musiciens n’ont hissé leur tête au-dessus du parapet pour appuyer le boycott du concours de la chanson en particulier et d’Israël en général. Qui plus est, la couverture ne s’est pas limitée aux médias européens : même les médias américains, habituellement hostiles envers la Palestine, ont couvert la campagne BDS.

Comme je l’écrivais il y a quelques semaines, cette discussion critique a fait vraiment la différence ; de nombreux tickets pour la finale de l’Eurovision sont restés invendus et le coup de pouce espéré au tourisme israélien n’a donc pu se matérialiser.

Chaque année, la campagne en faveur du boycott culturel d’Israël gagne lentement mais sûrement en intensité. C’est un projet à long terme. Voilà 71 ans que les Palestiniens sont devenus des réfugiés bien malgré eux et cette situation d’inertie ne changera pas du jour au lendemain.

Le mouvement BDS a le potentiel d’atteindre les sommets que constituerait un soutien général tel que celui rencontré par la campagne contre l’apartheid sud-africain dans les années 1980 et au début des années 1990. Que cela puisse également être le cas contre l’apartheid israélien dépendra de ce que chacun d’entre nous s’implique et témoigne d’une solidarité totale et consistante avec le peuple de la Palestine.


Publié sur Middle East Monitor le 31/5/2019
Traduction : Jean-Marie Flémal

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