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La bunkérisation sioniste en voie de parachèvement

Le parlement israélien a adopté (par 46 voix contre 28), en deuxième et troisième lectures, une proposition de loi qui interdit l’accès au territoires que contrôle Israël à toute personne qui soutient le boycott de “l’État juif”.

Un visa ou un permis de résidence de quelque type que ce soit ne sera pas accordé à toute personne n’étant pas citoyen israélien ou résident permanent, si elle ou l’organisation au sein de laquelle elle est active, a consciemment émis un appel public au boycott de l’État d’Israël ou promis de prendre part à un tel boycott”, indique un communiqué de la Knesset. Il faut cependant que “compte tenu des circonstances dans lesquelles [l’appel au boycott] a été émis, il ait raisonnablement une possibilité de conduire à l’imposition d’un boycott et que l’émetteur [de l’appel] ait été conscient de cette possibilité”. A noter que la loi s’appliquera non seulement au territoire israélien proprement dit, mais à l’ensemble des “territoires sous contrôle” israélien, donc aussi aux “territoires occupés”.

Un des auteurs de la proposition de loi, le député Roy Folkman (Kulanu), a écarté l’idée que l’interdiction d’accès s’appliquera à toute personne qui aurait par exemple signé un jour une pétition contre l’achat de vin produit dans une colonie juive. “La formulation de la loi n’inclut pas tous ceux qui ont un jour dit quelque chose. Elle vise principalement les organisations qui travaillent contre Israël”, a-t-il dit. La formulation alambiquée du texte adopté, décalqué d’une loi de 2011 qui permet des poursuites contre les militants BDS, laissera en tout état de cause une très large marge d’appréciation, et on peut compter sur le gouvernement d’extrême-droite pour en faire une application étendue, voire délirante. On se souviendra qu’il y a quelques jours à peine ce gouvernement affirmait que l’ONG étatsunienne “Human Rights Watch” (HRW) n’est pas en réalité une organisation de défense des droits humains et a refusé un permis de séjour à son représentant. Et c’était avant le durcissement de la loi !

L’interdiction deviendrait donc la règle, avec la possibilité pour le Ministre de l’Intérieur d’accorder des exceptions, alors qu’actuellement c’est l’interdiction qui a un caractère (relativement) exceptionnel, quoique le nombre de refus d’accès ait augmenté de 785% en 5 ans.

Les termes de la loi nouvellement adoptée ont été choisis pour qu’elle puisse éventuellement être utilisée contre des Palestiniens qui vivent en Israël avec un statut de résident temporaire, et dont une demande d’obtention du statut de résident permanent est pendante. C’est le cas de nombreux Palestiniens qui ont épousé un ou une Palestinien.ne d’Israël et veulent obtenir un “regroupement familial”.

Au cours des débats au parlement, le Ministre de la Justice avait proposé que les Palestiniens ayant le statut de “résident temporaire” dans le cadre d’un “regroupement familial” soient exclus du champ d’application de la nouvelle loi, mais les parlementaires ont repoussé cette idée. “Pourquoi devrais-je admettre chez moi quelqu’un qui diabolise l’État et le sape ?”, avait rétorqué David Amsalem (Likolud), le président de la commission parlementaire où le projet était débattu. “Nous ne craignons pas la critique, mais nous avons une fierté nationale”, avait-il ajouté.

L’an dernier, on s’en souvient, les autorités israéliennes avaient refusé de renouveler les documents de voyage d’Omar Barghouti (voir ICI, et ), cofondateur de la campagne BDS. Né au Qatar, Omar Barghouti est marié avec une Palestinienne d’Israël, et jouit du statut de résident permanent, mais le ministre israélien Aryeh Deri avait affirmé vouloir “reconsidérer” ce statut. La nouvelle loi permettrait donc, si tel était le cas, d’interdire à Omar Barghouti d’entrer dans les territoires contrôlés par Israël, d’y militer et de vivre avec sa famille.

 

 

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