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La Belgique fait le jeu des scandaleuses pratiques israéliennes d’occupation en suspendant son soutien aux réfugiés palestiniens

Ludo De Brabander, porte-parole de Vrede vzw (asbl Paix)

La Belgique a décidé de suspendre provisoirement sa contribution à l’organisation d’aide des Nations unies aux réfugiés palestiniens. « C’est absolument inadmissible », déclare Ludo De Brabander.

Enfants palestiniens dans le camp de réfugies de Nahr al-Bared au Liban (Photo : Karin Lameir)

La semaine dernière, l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency), l’organisation d’aide aux réfugiés palestiniens, a subi de graves attaques. Dans un rapport confidentiel interne, les hautes instances de l’organisation sont accusées d’abus de pouvoir et de favoritisme, ainsi que d’avoir étouffé dans l’œuf des critiques légitimes formulées par certains de ses collaborateurs. En outre, depuis des années, l’organisation est confrontée à des problèmes financiers, et plus encore depuis que son principal donateur, les États-Unis, a cessé de lui verser sa contribution. Selon le rapport, l’UNRWA a réagi à cela par des coupes sombres dans les budgets de divers programmes, sans cependant toucher le moins du monde aux rémunérations alléchantes et notes de frais salées de ses hauts responsables et de ses collaborateurs étrangers.

Le rapport d’une dizaine de pages a été dévoilé par une « source proche de l’UNRWA » restée anonyme, dixit Al Jazeera, qui s’est chargé de diffuser l’information.

Ce n’est pas la première fois que l’organisation fait l’objet de critiques sévères. Israël et les États-Unis l’accusent de politisation et de critiques unilatérales à l’égard d’Israël, d’acharnement contre les États-Unis, de soutien au (terrorisme du) Hamas et de mise sous dépendance des Palestiniens en leur accordant une aide humanitaire.

L’an dernier, les États-Unis annonçaient qu’ils allaient définitivement mettre un terme à leur soutien financier de l’organisation. En 2017, avec une contribution totale de 350 millions de dollars, les États-Unis assuraient encore plus d’un quart des moyens de fonctionnement de l’organisation. Les autres donateurs importants sont la Commission européenne (180 millions de dollars en 2018) et les pays de l’Union européenne à titre individuel (tous ensemble, 450 millions de dollars). Entre-temps, depuis l’apparition du rapport susmentionné, les Pays-Bas, la Belgique et la Suisse ont également annoncé qu’ils allaient désormais suspendre leurs contributions.

Les critiques exprimées dans le rapport à l’adresse de l’UNRWA ne constituent pas une surprise. Sûrement pas pour les Palestiniens qui peuvent raconter des tas d’anecdotes sur la culture problématique de l’organisation. Mais il y a bien plus en jeu. Le fait que les États-Unis suspendent leur soutien à l’organisation se situe dans la ligne de la politique pro-israélienne qui, surtout sous la présidence de Donald Trump, a pris des proportions radicales.

« L’UNRWA est absolument nécessaire »

Depuis qu’en décembre 2017, le gouvernement américain – à l’encontre des lois internationales – a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, la direction palestinienne a suspendu tous les contacts avec les États-Unis. Ces derniers mois, Jared Kushner, le gendre et le conseiller du président américain, a essayé de vendre son prétendu plan de paix dans lequel il refuse même la perspective éventuelle d’un État palestinien et opte pour une formule d’autonomie et d’autogestion civile des Palestiniens. Cela se situe exactement dans la ligne de ce que désire Israël et c’est en contradiction avec le désir palestinien d’un État à part entière à Gaza et en Cisjordanie, c’est-à-dire le long des frontières d’avant la guerre des Six-Jours, en 1967.

Trump considère ce refus palestinien de céder aux exigences israéliennes comme un obstacle à la paix, alors que, d’année en année, Israël continue d’étendre ses colonies en territoire occupé et de maintenir un embargo asphyxiant contre Gaza.

En même temps, c’est également la raison pour laquelle une organisation comme l’UNRWA est absolument nécessaire. À Gaza, trois quarts des habitants (environ 1,4 million de personnnes) sont enregistrés comme réfugiés. Ils ont été chassés de leurs villes et villages au cours d’une opération militaire qui a abouti à la fondation de l’État d’Israël. Une résolution votée par l’Assemblée générale des Nations unies le 11 décembre 1948 – la Résolution 194 – et dans laquelle il était question du droit au retour et/ou à des compensations, n’a jamais été appliquée. Israël a empêché le retour des Palestiniens dans leurs foyers et a rasé la plupart des villages palestiniens se trouvant dans le nouvel État d’Israël. Depuis lors, les Palestiniens sont enfermés et entassés dans la minuscule bande de Gaza, dont la superficie représente moins d’un dixième de celle de notre province de Luxembourg.

L’embargo israélien contre Gaza, une mesure de punition collective, y a fait grimper le chômage à 42 % (29 % en 2011). 40 % de la population vit dans la pauvreté ? Il n’y a que quelques heures d’électricité par jour et l’eau potable se salinise du fait que les installations d’épuration ne fonctionnent pas faute de courant électrique.

Aussi les critiques affirmant que l‘UNRWA empêchent les Palestiniens de voler de leurs propres sont-elles absolument tirées par les cheveux. Ce n’est pas l’UNRWA, mais l’occupation et le blocus contre Gaza qui font en sorte que les Palestiniens sont poussés dans la dépendance. Et ailleurs aussi, en Cisjordanie, au Liban, en Jordanie et en Syrie, il est difficile de survivre dans les camps de réfugiés palestiniens, une soixantaine en tout. Dans des circonstances difficiles, l’UNRWA fournit de l’enseignement, des soins de santé, de l’aide d’urgence, de l’aide alimentaire et elle fournit également de l’emploi. Pour les réfugiés palestiniens, l’organisation des Nations unies est une ligne vitale dans un contexte de violation de leurs droits qui s’éternise depuis des années. Depuis que Trump est au pouvoir, ils subissent des pressions supplémentaires afin de renoncer à leur droit au retour.

Le fait que les États-Unis ont mis un terme à leur contribution à l’UNRWA a surtout pour but de mettre les Palestiniens et leurs dirigeants sous pression. C’est pourquoi il est absolument déraisonnable et politiquement inacceptable que les Pays-Bas, la Suisse et la Belgique aient suspendu leurs contributions. Ce faisant, ces pays donnent non seulement un signal incorrect, mais ils jouent également la carte des États-Unis et des scandaleuses pratiques israéliennes d’occupation. Ils sanctionnent également les victimes, les réfugiés palestiniens, pour qui il était déjà si malaisé de joindre les deux bouts.

L’UNRWA souffre sans aucun doute d’une « maladie du vieillissement ». Il est d’un importance cruciale que l’organisation tende à un meilleur fonctionnement. La crise qui la touche ne peut toutefois pas justifier que la Belgique et d’autres donateurs jettent le bébé avec l’eau du bain. Au lieu de mettre l’organisation sur la paille, il vaudrait mieux sauter sur l’occasion pour la réformer et faire en sorte qu’elle remplisse à nouveau les tâches qu’on attend d’elle. Notre pays siège parmi les 24 membres de la commission de conseil de l’UNRWA. Si l’organisation ne fonctionne pas comme elle le devrait, la Belgique en est donc coresponsable. C’est aussi une question politique dans le sens élargi du terme. Le refus de forcer Israël à respecter le droit international et de le mettre sous pression pour qu’il applique les nombreuses résolutions des Nations unies a complètement pourri la question palestinienne sur le plan politique. L’occupation et la colonisation poussent les Palestiniens dans le sous-développement. Si on y mettait un terme, les Palestiniens pourraient effectivement être en mesure de voler de leurs propres ailes.

En ce qui concerne les 7 millions de réfugiés palestiniens enregistrés et non enregistrés, il est temps que l’on porte son attention là où il convient de la porter : sur leur bien-être et sur la protection de leurs droits.


Publié le 4/8/2019 sur Knack
Traduction : Jean-Marie Flémal

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