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Khaled Barakat et Samidoun au Parlement européen pour défendre les droits des Palestiniens

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network

Mercredi 10 juillet dernier, l’écrivain palestinien Khaled Barakat s’est rendu au Parlement européen à Bruxelles pour contester l’interdiction politique que lui a imposée l’Allemagne dans une tentative de l’empêcher de s’exprimer sur la Palestine. Il y était invité par Manu Pineda, membre du Parlement européen où il représente la Izquierda Unida (Gauche unie), un parti espagnol. Il était accompagné de Charlotte Kates, coordinatrice internationale de Samidoun, le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens, et de Mohammed Khatib, coordinateur européen de Samidoun.

Khaled Barakat, Manu Pineda, Charlotte Kates et Mohammed Khatib au Parlement européen.  (Photo : Izquierda Unida Europa)

 

Barakat a fait remarquer qu’il était extrêmement important de combattre les attaques en cours contre les droits palestiniens et la possibilité de défense des Palestiniens au Parlement européen. En Allemagne, tout particulièrement, il y a eu toute une série d’attaques répressives contre le mouvement des Palestiniens pour leur libération. Parmi ces attaques, une résolution anti-BDS adoptée au Bundestag, l’expulsion de l’ancienne prisonnière Rasmea Odeh, les poursuites judiciaires contre des activistes qui avaient interrompu un membre de la Knesset, des raids contre de jeunes activistes antifascistes qui avaient affronté des sionistes et des néonazis, la fermeture du compte bancaire de Voix juive pour une juste paix, la démission forcée du directeur du Musée juif et, bien sûr, l’interdiction politique imposée à Khaled Barakat, l’écrivain et activiste palestinien de gauche.

Khaled Barakat, Manu Pineda, Charlotte Kates et Mohammed Khatib au Parlement européen.  (Photo : Izquierda Unida Europa)

Le 22 juin, Barakat a été interrompu au moment où il allait prononcer un discours à propos du fameux « deal du siècle » et de l’attaque à Berlin des États-Unis contre les droits palestiniens. Il a été emmené à un poste de police, où on lui a remis un document de huit pages lui interdisant jusqu’au 31 juillet de participer à tout type d’activité politique, dont des rencontres, des événements en tous genres, des rassemblements. Il a été menacé d’un an de prison s’il n’obéissait pas. Le document répertoriait de nombreux discours délivrés par Barakat à Berlin et mettait en garde contre le danger de voir ces discours déclencher des « tensions » entre juifs et Palestiniens ou Arabes à Berlin, bien qu’il n’y ait jamais eu la moindre preuve de ce genre de fait. Il tentait en outre d’assimiler l’antisémitisme à l’opposition à l’État d’Israël. Les gens en Allemagne et dans le monde entier expriment leur solidarité croissante contre cette interdiction politique, en faisant remarquer le grave danger que cela constitue, non seulement pour les droits humains et la liberté d’expression, mais aussi dans la création d’un précédent dans l’oppression actuelle des Palestiniens en Allemagne.

Dans ses remarques au Parlement européen, Barakat a insisté sur le fait que les Palestiniens combattaient la colonisation depuis plus de cent ans et que résister à ce genre d’attaques constituait également une composante importante de la résistance à la colonisation. Il a également fait remarquer que le gouvernement israélien avait richement financé son « ministère des Affaires stratégiques » pour porter la répression de l’activisme palestinien à une dimension mondiale. Il a précisé en outre que Gilad Erdan, le ministre des Affaires stratégiques, était également ministre de la Sécurité intérieure et responsable de la répression ciblant les prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes. Et c’est pourquoi les Palestiniens et les organisations de solidarité œuvrant au soutien de la liberté et de la justice des prisonniers palestiniens ont été particulièrement ciblés.

Khaled Barakat, Mohammed Khatib et Charlotte Kates en compagnie de Manu Pineda, député européen. (Photo : Izquierda Unida Europa)

Dans sa présentation, Kates a expliqué que la répression ciblant les écrivains et activistes palestiniens reflétait aussi la montée de l’extrême droite en Europe. Elle a ajouté que la résolution anti-BDS du Bundestag avait été poussée dès le début par une proposition de l’AfD, le parti de l’extrême droite en Allemagne. Elle a en outre associé ces attaques répressives au racisme anti-arabe et anti-palestinien. Selon elle, les forces profascistes échappent à la responsabilité de l’antisémitisme actuel, alors que, dans un même temps, on préfère utiliser le terme pour vilipender des activistes travaillant pour la justice et la libération de la Palestine. En lieu et place, Israël et l’extrême droite européenne développent une alliance plus forte que jamais.

Khaled Barakat, Charlotte Kates et Mohammed Khatib en compagnie de Pernando Barrena, député européen.

Manu Pineda a déclaré :

« Depuis plusieurs années, maintenant, nombre de gouvernements  européens mis sous pression par l’État israélien tentent de plus en plus de noyer toute forme d’initiative et de mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Le cas de Khaled, qui n’est pas le premier du genre en Allemagne, est très embarrassant en raison de ce qu’il signifie pour la liberté d’expression dans un pays de l’UE et parce qu’il coïncide avec la décision du Parlement allemand de classifier la campagne BDS comme étant antisémite. »

Il a condamné cette résolution, la qualifiant de

« répréhensible parce qu’elle assimilait l’antisémitisme à la revendication légitime de forcer le gouvernement israélien à obéir aux lois internationales ».

« Nous exprimons notre pleine solidarité avec des organisations et des activistes comme Khaled Barakat qui, en dépit de la répression et des poursuites, continuent à diriger et à faire progresser les revendications légitimes du peuple palestinien de vivre en paix et en liberté »,

a ajouté Pineda.

Khaled Barakat et Charlotte Kates au Parlement européen. (Photo : Izquierda Unida Europa)

S’exprimant à propos des commentaires de la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, qui avait mis l’accent sur le fait que l’UE considérait la défense de BDS comme faisant partie de la liberté d’expression, Pineda a déclaré :

« Il est clair que les propos de Mogherini ne suffisent pas, parce que, au moment de vérité, Israël, avec qui l’UE continue d’entretenir des relations commerciales privilégiées, est capable d’exercer des pressions sur les États membres afin qu’ils répriment le mouvement BDS ou les activistes et mouvements de la solidarité qui réclament la fin de la violence contre le peuple palestinien. »

Le membre du Bundestag, Diether Dehm, pour Die Linke. (Photo : Wikimedia Commons)

La visite au Parlement européen a eu lieu un jour après que Diether Dehm, membre du Bundestag pour Die Linke, a exprimé son soutien au droit de parole de Barakat :

« L’arrestation de l’écrivain palestinien Khaled Barakat et les conditions que lui a imposées l’office de l’immigration constituent une restriction flagrante de la liberté d’expression. »

« L’accusation prétendant que les propos de Barakat pourraient aggraver les tensions entre juifs et Palestiniens en Allemagne est absurde quand on considère le sujet dont il voulait parler. Les critiques de la politique du gouvernement israélien sont couvertes par le droit de la liberté d’expression. Que des gens devraient être réduits au silence via des pressions sur leur droit de séjour est scandaleux »,

a affirmé Dehm, en faisant remarquer que l’interdiction politique confirmait bel et bien les craintes que la motion anti-BDS du Bundestag ne se traduise par d’autres réductions au silence politique encore.

Dans le monde entier, des gens nantis d’une conscience font entendre leurs voix en guise de solidarité avec Khaled Barakat et d’opposition aux actuelles violations racistes des droits humains palestiniens aussi bien en Europe qu’en Palestine occupée.  

S’il vous plaît, ralliez la campagne de soutien ! Adressez vos messages de solidarité à samidoun@samidoun.net ou réalisez une photo de solidarité reprenant nos affiches de solidarité que vous publierez ensuite en ligne ou que vous partagerez avec nous !


Publié le 13/7/2019 sur Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network
Traduction : Jean-Marie Flémal

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