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Jérusalem : fin imminente de la comédie du “processus de paix”, impasse totale

Les jeux paraissent faits : dans quelques heures le Président des États-Unis – en passe de détrôner G.W. Bush de son titre de pire POTUS 1 de l’histoire – aura proclamé que son pays reconnaît Jérusalem pour la capitale de l’État d’Israël. C’est un pas supplémentaire sur la voie de l’isolement de la première puissance mondiale, après le retrait étatsunien du pacte de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique, de l’UNESCO, du futur Pacte mondial sur les migrations, sans oublier l’obstination à construire un mur tout au long de sa frontière sud, aussi inutile qu’odieux.

Demain aura très probablement définitivement sombré dans le néant la sinistre comédie du “processus de paix” et de la “solution à deux États”, dont tout le monde sait depuis longtemps que c’est une impasse, mais auquel les Européens (et évidemment l’U.E.) se sont accrochés depuis des années avec l’énergie du désespoir, faute d’être capables de faire quoi que ce soit de constructif. 

Alors, est-ce le triomphe de Netanyahou et des “ultras” israéliens ?
« 
Les Israéliens savent que Donald Trump ne donne rien gratuitement. La question est maintenant : quel prix va-t-il exiger ? Qu’est-ce qu’Israël va devoir payer en échange de beaucoup moins que ce qu’il avait promis à plusieurs reprises. Quand la fumée se dissipera, quelles que soient les violences ou les renversements diplomatiques ou les pressions qu’Israël pourrait subir, il n’y aura toujours pas d’ambassade américaine à Jérusalem », fait remarquer Bradley Burston dans sa chronique de Haaretz.

C’est que, poursuit-il, « il y a un certain nombre de bonnes raisons pour lesquelles quatre administrations succes­sives à Washington (Clinton, Bush, Obama et Trump) ont résisté à la pression pour appliquer la loi de 1995 2 sur l’ambassade de Jérusalem, une loi votée par une majorité écrasante et probablement aujourd’hui introuvable au Congrès (93 contre 5 au Sénat, 374 contre 37 à la Chambre)». Pendant des décennies, selon un rituel bien établi, les candidats à la présidence démocrates et républicains à la Maison Blanche ont promis pendant la campagne électorale de déplacer l’ambassade une fois au pouvoir, et Israël a poliment applaudi. Et une fois en poste, les présidents – Trump inclus jusqu’à ce jour – s’abstenaient de tenir leur promesse, et Israël poussait un soupir de soulagement.

Une des raisons les plus importantes fut sans doute la crainte ressentie par pas moins de six premiers ministres israéliens successifs (Yitzhak Rabin, Shimon Pérès, Benjamin Netanyahou, Ehoud Barak, Ariel Sharon, Ehud Olmert et Netanyahou à nouveau) que le déplacement l’ambassade US et la reconnaissance Jérusalem comme la capitale d’Israël pourrait – pour un bénéfice purement symbolique – déclencher une conflagration de proportions majeures.

Netanyahou, cerné par les scandales et de plus en plus dépendant des plus illuminés parmi les les colons pour se maintenir au pouvoir, a cette fois poussé Trump au crime. 

Et demain matin il n’y aura toujours pas d’ambassade à Jérusalem. Pas une seule. Et rien pour remplacer le désormais défunt “processus de paix”, sinon peut-être une explosion de violence et des tensions internationales aux conséquences encore imprévisibles.

L.D.                 

 IL Y A EU, IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS, JUSQU’À 16 AMBASSADES À JÉRUSALEM

Lorsque l’ambassade des États-Unis aura effectivement déménagé à Jérusalem, si cela se produit un jour, elle sera la seule dans ce cas (à moins bien sûr que Washington n’oblige l’un ou l’autre de ses vassaux à l’imiter). Pourtant, il n’y a pas si longtemps, il y a eu jusqu’à 16 ambassade à Jérusalem, avant qu’elles ne ferment boutique l’une après l’autre, rappelle Haaretz.

Trois pays africains – la Côte d’Ivoire, le Zaïre 3 et le Kenya – et 11 pays d’Amérique latine – Bolivie, Chili, Colombie, Costa Rica, République Dominicaine, Equateur, Salvador, Guatemala, Panama, Uruguay et Venezuela – y avaient installé leur ambassadeur dans les années 1950. Haïti et les Pays-Bas avaient fait de même un peu plus tard.

Extrait de la résolution 478 du Conseil de sécurité de l’ONU

Pour autant, ces pays n’avaient pas formellement reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, le consensus international voulant que la “ville sainte” conserve un statut particulier, conformément aux résolutions des Nations Unies, et que son statut soit fixé ultérieurement dans un futur accord de paix israélo-palestinien.

Lors de la “guerre du Kippour”, en 1973, la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Zaïre rompirent leurs relations diplomatiques avec Israël, au lendemain d’un “sommet des pays non-alignés” à Alger. Lorsque ces relations furent rétablies, quelques années plus tard, leurs ambassades s’établirent à Tel Aviv.

Les 13 autres pays fermèrent leurs ambassades respectives en 1980, lorsque le parlement israélien vota la “loi sur Jérusalem” qui proclame l’unification de la ville, pour l’éternité sous la souveraineté israélien. Cette loi ne changeait pratiquement rien concrètement, la réunification de Jérusalem étant devenue un fait après juin 1967, à ceci près qu’elle modifiait les limites territoriales de la ville, accroissant son territoire d’un tiers, ce que le Conseil de Sécurité de l’ONU condamna fermement… sans rien faire pour que ses décisions aient un quelconque effet.

Au contraire : le parlement israélien vota une loi une loi exigeant que toute décision de retrait d’une partie de Jérusalem ou du plateau du Golan4 soit approuvée par une majorité qualifiée de 80 membres de la Knesset sur 120 (66%), ainsi qu’un référendum public sur la question, auquel bien entendu 40% de la population de Jérusalem ne pourraient pas participer puisque n’ayant pas la citoyenneté israélienne.


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Notes   [ + ]

1. President of the United States
2. La loi est ainsi faite aux États-Unis que le Président pouvait suspendre l’application concrète de la loi votée au Congrès à condition de renouveler cette décision tous les six mois. Ce que tous ont fait avec la régularité d’un métronome… jusqu’à ce mois de décembre 2017.
3. l’ex-Congo belge, aujourd’hui République Démocratique du Congo
4. Appartenant à la Syrie, annexé par Israël

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