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Jérusalem-Est : quelles ordures !

Il n’est aucun domaine dans lequel les sionistes ne s’acharnent à rendre la vie impossible aux Palestiniens dont, en dépit de plus de 70 ans d’efforts incessants et de manœuvres, ils n’ont pas encore réussi à se débarrasser. À Jérusalem, par exemple, la tentative constante de nettoyage ethnique passe par… la politique de gestion des ordures.

Dans Haaretz, le journaliste Nir Hasson rapporte qu’à l’approche d’élections municipales, les autorités israéliennes de la ville ont réorganisé les services de collecte des déchets, qui ont été privatisés, après quoi les entreprises chargées du ramassage des ordures ont été été forcés de déplacer leurs effectifs de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est vers les quartiers peuplés de Juifs. La majeure partie du budget alloué à la soi-disant “révolution de la propreté” est consacrée à Jérusale-ouest, la partie juive de la ville.

À l’occasion de la “Journée de Jérusalem”, en mai, le gouvernement israélien a adopté un certain nombre de mesures visant à renforcer l’appui de l’État à la ville dont il prétend qu’elle est sa “capitale éternelle”. L’une des questions en jeu était l’amélioration de la propreté des espaces publics à Jérusalem-Est. Pour ce faire, le gouvernement a alloué 31 millions de shekels (±8,7 millions de dollars) au cours des trois prochaines années et l’administration locale ajoutera quatre millions de shekels.

La majeure partie de cet argent devrait alimenter le budget du ministère des Affaires de Jérusalem et celui du ministère de la Protection de l’environnement, l’un et l’autre dirigés par Zeev Elkin, également candidat à la mairie de Jérusalem.

La «révolution de l’assainissement» à Jérusalem-Est a été lancée au début du mois d’août. Dans ce cadre tous les services de collecte des ordures et le balayage des rues à Jérusalem-Est ont été privatisés et le travail a été transféré des employés municipaux à un entrepreneur privé.

Dans le cadre d’un accord entre la ville et la fédération soi-disant “syndicale” Histadrut – en réalité une excroissance de l’appareil d’État et du dispositif sioniste de conquête et d’exclusion de la population palestiniennes – tous les travailleurs de l’assainissement municipal de la partie orientale de la ville, majoritairement arabe (ils sont une centaine) ont été transférés dans les quartiers ouest de la capitale. Ces quartiers, majoritairement juifs, bénéficient de ce que le maire Nir Barkat a appelé «la plus grande révolution de l’assainissement dans toutes les parties de Jérusalem».

Des ordures répandues dans une zone palestinienne à Jérusalem-Est, (juillet 2018). Ph. Mahmoud Illean/AP

La privatisation a été réalisée par le biais de la société publique East Jerusalem Development Ltd. La société a recours à un entrepreneur privé pour effectuer la collecte des ordures dans les quartiers de Jérusalem-Est depuis le 1er septembre. En théorie. Mais depuis lors, les problèmes d’assainissement dans cette partie de la ville n’ont fait qu’empirer, rapporte Nir Hasson, et des dizaines de résidents se sont plaints d’énormes tas d’ordures non ramassées dispersées partout. Les réseaux sociaux ont été inondés de telles plaintes et de photos des ordures débordantes.

Les effectifs des ouvriers chargés de la collecte des ordures dans les quartiers arabes ont été réduits d’environ les deux tiers par rapport à ce qu’ils étaient avant la privatisation du service. Les fonctionnaires de la ville utilisent les habituelles excuses en pareil cas : le sous-traitant manque d’expérience, la période d’adaptation a été trop courte, il manque de travailleurs, etc…  La ville ajoute que, en raison des accords avec la Histadrout, elle n’avait d’autre choix que de procéder au changement du jour au lendemain, sans aucune période de chevauchement des tâches et de formation. Mais l’un des responsables finit par lâcher : “Ça ressemble à une question politique : là où il y a des Arabes il y a des ordures”.

La direction de la “East Jerusalem Development Ltd” assure quant à elle que la situation va s’améliorer rapidement et qu’elle sera meilleure que jamais.

Une affirmation qui serait beaucoup plus crédible si ce nouvel épisode ne faisait suite à beaucoup d’autres, depuis de nombreuses années.

Par exemple nous avons rendu compte en 2017 des efforts de l’occupant israélien pour se débarrasser de la population palestinienne de Jérusalem-Est par une multitude de moyens, et déjà la dégradation délibérée de la situation sanitaire des quartiers à population arabe en faisait partie, avec notamment le sabotage de l’enseignement (article de septembre 2010).  

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