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Jérusalem, capitale de la Palestine : plus aucun Arabe en 2015 ?

Le gouvernement israélien court contre la montre afin de mettre les touches finales à son plan visant à annexer et judaïser Jérusalem-Est. Les Palestiniens représentent grosso modo 58% de la population de Jérusalem-Est, aujourd’hui. Les plans israéliens voudraient réduire ce pourcentage de Palestiniens à Jérusalem-Est d’environ 10%

Israël était bien décidé,dès le premier jour de l’occupation, à imposer des faits irréversibles sur le terrain même. Le 10 juin 1967, le gouvernement israélien démolissait le quartier marocain proche du Mur occidental afin d’y aménager un espace public pour les fidèles juifs, et détruisait de la sorte quelque 135 bâtiments résidentiels de grande valeur historique.

En 1980, Israël déclarait officiellement l’annexion de Jérusalem-Est en faisant passer à la Knesset la Loi sur Jérusalem proclamant cette dernière tout entière, la ville Ouest comme la ville Est, capitale unifiée d’Israël. Le Conseil de sécurité des Nations unies condamnait cette déclaration dans sa résolution 478. Cette désapprobation n’empêche aucunement Israël de poursuivre librement ses objectifs.

Le gouvernement israélien a confisqué environ 85% des terres palestiniennes à Jérusalem-Est, depuis l’occupation. Le cerveau derrière les plans israéliens pour Jérusalem n’est autre que l’ancien maire Teddy Kollek. La stratégie qu’il avait imaginée consistait en deux parties : s’emparer des terres et chasser les Palestiniens.

Le gouvernement israélien a saisi les terres de Jérusalem-Est en créant la Loi des Absents, en bâtissant des colonies et en érigeant le mur de l’apartheid. Des changements démographiques ont également été influencés par l’augmentation en nombre des colons juifs à Jérusalem-Est. Le Bureau central palestinien de la Statistique (PCBS) a évalué à 267.643 le nombre de colons à Jérusalem-Est, où ils occupaient 26 colonies à la fin de 2011.

Du fait qu’Israël a annexé Jérusalem-Est, les lois de l’État ont été appliquées à la ville. Le gouvernement israélien a utilisé la Loi de propriété des Absents pour saisir de vastes zones de terres palestiniennes. Cette loi a été adoptée en 1950 dans une tentative de légaliser l’acquisition des terres des réfugiés palestiniens expulsés en 1947 et 1948. [VOIR : « ‘Le sionisme, c’est le vol » – NDLR]

Dans une interview accordée à Al-Akhbar, Ziad Hammouri, directeur du Centre de Jérusalem pour les droits sociaux et économiques , a déclaré : « Le gouvernement israélien a confisqué environ 86% des terres palestiniennes à Jérusalem-Est depuis l’occupation. » Les confiscations de masse ont limité l’expansion des quartiers et villages palestiniens à Jérusalem.

Le mur de l’apartheid a été construit de façon à annexer les terres inoccupées de Jérusalem. Dans certains cas, des zones habitées ont été annexées, les Israéliens réclamant les terres tout en expulsant les habitants. Al-Walajeh, un village au sud de Jérusalem, est un exemple. Le gouvernement israélien a annexé de grandes surfaces de terres à Walajeh, en même temps que les maisons qui s’y trouvaient. Actuellement, bien des Palestiniens vivent « illégalement » dans leurs propres maisons [selon les lois israéliennes] des zones annexées. La même chose s’est produite dans d’autres zones à Anata et Beit Jala.

Jan de Jong, un planificateur géostratégique travaillant à la Société académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales (PASSIA), a déclaré dans une interview : « Le gouvernement israélien s’emploie à accroître considérablement les colonies à Jérusalem. »

« L’anneau [le mur de l’apartheid] autour de Jérusalem est pour ainsi dire bouclé. Vous serez surpris de voir jusqu’où les plans ont déjà progressé. La vieille carte d’Oslo pourrait avoir changé », ajoutait Jan de Jong.

Contrôle démographique

D’après les recherches de la PASSIA, la population palestinienne à Jérusalem-Est a diminué de 18,8% au cours des premières semaines de l’occupation. En deux années d’occupation, le pourcentage de Palestiniens à Jérusalem-Est a chuté de 100 à 67,2% seulement. En 2011, il n’était plus que de 58% (soit 382.041 Palestiniens).

Après l’annexion de Jérusalem-Est, les habitants de la ville reçurent la carte d’identité bleue pour la ville en conformité avec le passage sous la législation israélienne. Cette loi fut adoptée par la Knesset en 1952. Elle réglemente l’octroi de résidence aux citoyens non-israéliens.

« La simple idée de nous accorder la CI bleue en fonction de cette loi, comme si nous étions des nouveaux venus, signifie qu’ils étaient prêts à réduire la population palestinienne de Jérusalem à tout moment », avait dit Hammouri. D’après la loi, la résidence pouvait être supprimée dans trois cas : passer plus de sept ans à l’étranger, acquérir une domiciliation dans un autre pays ou obtenir une citoyenneté étrangère.

Entre 1967 et 2011, le gouvernement israélien a annulé le droit de résidence de 14 561 Palestiniens à Jérusalem-Est, peut-on lire dans les statistiques du JCSER [le lien vers le document n’est plus utilisable – NDLR]. Un rapport du Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme a estimé qu’en 2010, 10.000 enfants palestiniens de Jérusalem-Est n’ont pas été enregistrés parce que seul un de leurs parents avait le statut de résident.

Yakir Segev, qui est en charge du dossier Jérusalem-Est à la mairie de Jérusalem, a déclaré en janvier 2010 à l’Université hébraïque que les quartiers palestiniens se trouvant derrière le mur de séparation ne faisaient plus partie de Jérusalem.

En décembre 2011, le maire de Jérusalem Nir Barakat annonça que la municipalité allait bientôt classer 70.000 citoyens de Jérusalem comme non-résidents. Il faisait allusion aux Palestiniens vivant derrière le mur. Il a ajouté que ces zones allaient passer sous l’administration civile de la Cisjordanie [occupée].

« C’est une déclaration dangereuse, » a déclaré Hammouri. « Elle signifie que les Palestiniens de ces secteurs seront soumis à la loi militaire. »

Aujourd’hui, 290.000 Palestiniens ont la carte d’identité bleue de Jérusalem. Selon Hammouri, entre 100.000 et 120.000 d’entre eux vivent derrière le mur. « Les futurs plans de la municipalité prévoiront sans doute de se débarrasser des quartiers de Jérusalem à forte densité palestinienne qui se trouvent actuellement à l’intérieur du mur, » ajoute-t-il. « Ce projet touchera Essawiyeh, Sur Baher, Im Tuba et Anata. »

Les dizaines de milliers de Palestiniens dont le droit de résidence sera révoqué seront considérés comme des « Absents « , selon la loi israélienne. Par conséquent, toutes les propriétés qu’ils possèdent à Jérusalem seront confisqués par l’État.

En 1995, le gouvernement israélien a introduit le concept de « Centre de Vie », pour contourner la Loi sur l’entrée en Israël. « Le concept de Centre de Vie signifie que  vous êtes tenu de prouver une résidence permanente à Jérusalem pendant au moins deux ans, » déclara Hammouri. « C’est un concept vague et le gouvernement peut le définir comme il veut. »

Le mur dans le quartier Ras al-Amud, le séparant d'Abu Deis

Le mur dans le quartier Ras al-Amud, le séparant d’Abu Dis

En construisant le mur de l’apartheid, le gouvernement israélien s’est déjà arrangé pour se débarrasser de nombreux villages et quartiers palestiniens densément peuplés comme Abu Dis, Shuafat, Qalandia et autres. Néanmoins, ils restent sous la juridiction de la municipalité israélienne de Jérusalem. Dans ces quartiers, on estime que 100.000 Palestiniens sont toujours détenteurs de la carte d’identité bleue de résidence à Jérusalem.

Les résidents palestiniens des quartiers qui sont juste derrière le mur passent le plus clair de leur temps dans la Cité [à l’intérieur du mur]. Ils y viennent pour travailler ou pour leurs études.

« Du fait qu’en la fin de journée ils dorment chez eux, derrière le mur, Jérusalem n’est pas considérée comme étant leur « centre de vie », » a déclaré Hammouri.

Dans les zones éloignées du mur [à l’intérieur des limites de la municipalité de Jérusalem], les Palestiniens détenteurs de la carte d’identité de Jérusalem paient le plein tarif sur le plan des taxes et reçoivent une assurance médicale et nationale du gouvernement israélien. Les transactions gouvernementales sont effectuées dans des bureaux spéciaux désignés par la municipalité à l’intérieur d’un ensemble de bâtiments faisant partie d’un check-point.

Au début de 2011, la municipalité de Jérusalem a cessé de demander à certains résidents de ces secteurs qu’ils payent la taxe Arnona. Le fait de payer cette taxe est une condition préalable pour prouver que leur centre de vie est à Jérusalem. « Ces bureaux spéciaux du gouvernement installés dans des check-points trichent » dit Hammouri. « Le gouvernement les utilise pour collecter des données sur les Palestiniens qui vivent derrière le mur et en conséquence révoquer leur résidence, selon leur conception du « Centre de Vie. »

Début 2012, le gouvernement israélien a introduit une nouvelle carte magnétique pour remplacer la carte d’identité bleue actuelle. Pour le moment, la nouvelle carte est en option. D’ici deux ans, elle sera obligatoire pour tous les citoyens israéliens et les résidents de Jérusalem. Cette carte magnétique contient des informations biométriques, des renseignements sur les déplacements [entre Jérusalem et la Cisjordanie], et d’autres informations. Hammouri s’attend à ce que dans un avenir proche, les habitants de Jérusalem soient forcés de demander des autorisations afin d’entrer en Cisjordanie. « Et ils officialiseront tous les check-points en tant que points de passage internationaux’, » prévoit Hammouri.

A partir de novembre 2011, les habitants de Jérusalem ont eu l’autorisation d’emporter leur carte d’identité de Jérusalem à l’étranger. Par contre, les Palestiniens de Jérusalem-Est sont obligés de déposer leur carte d’identité au Pont Allenby [1] avant de quitter le pays. Hammouri prédit que les habitants de Jérusalem vivant à l’étranger n’obtiendront pas la nouvelle carte magnétique, et que la carte d’identité bleue qu’ils portent ne sera plus qu’un morceau de papier sans valeur.

Jérusalem, ville fantôme

Vider Jérusalem de ses habitants se fait de manière « douce ». Le gouvernement israélien n’expulse pas physiquement les Palestiniens ; la dépossession de résidence s’effectue par étapes. Au fil du temps, des milliers d’habitants de Jérusalem se verront interdire l’accès à la ville.

En 2010, le gouvernement israélien a commis un précédent en ordonnant l’expulsion de quatre membres du Conseil législatif palestinien appartenant au Hamas. Les ordres d’expulsion faisaient uniquement référence à leurs activités politiques. La chose tombe sous le coup de la « Loi de la Loyauté » qui sera bientôt appliqué pour de bon à une plus grande échelle.

Le parlementaire du Hamas Mohammed Abu Teir a mis en garde en 2010 que l’ordre d’expulsion qu’il a reçu était le premier d’une série d’ordres qui allait toucher 315 Palestiniens politiquement actifs à Jérusalem. « Dans un avenir proche, les Palestiniens ayant des activités politiques à Jérusalem seront expulsés sur base de la Loi de la Loyauté » dit Hammouri. « C’est une des lois les plus ridicules. Ils veulent que nous soyons loyaux à nos occupants. »

« Pendant ce temps, vous rêverez et vivrez le fantasme que vous êtes un citoyen de Jérusalem, avec une carte d’identité, » a déclaré Mahdi Abdel Hadi, directeur et fondateur de PASSIA. « Mais ça n’aura aucune valeur parce que vous ne faites pas partie du système israélien. »

Dans ses efforts à poursuivre ses plans sans être dérangé, le gouvernement israélien est en train de « droguer » les Palestiniens. Il a assoupli les restrictions à l’entrée à Jérusalem pendant ce Ramadan d’une manière sans précédent depuis l’éclatement de la Deuxième Intifada en 2000. L’agence de presse Ma’an News a rapporté que le gouvernement israélien avait accordé à quelques 150.000 Palestiniens des autorisations d’entrée à Jérusalem à l’occasion de l’Eid al-Fitr. Même le personnel des forces de sécurité palestiniennes, qui, précédemment  étaient interdits de permis, s’en virent accordés. Les Palestiniens qui avaient une interdiction pour motifs de sécurité dans leurs dossiers reçurent des permis malgré cette interdiction.

« Les Israéliens jouissent de 100% de sécurité en Cisjordanie et à Jérusalem, » a expliqué Mahdi. « Les Palestiniens vont être “domestiqués”, amenés tranquillement à accepter la réalité israélienne pour de nombreuses années. Actuellement, le gouvernement israélien teste les réactions palestiniennes. Nous en sommes dans la phase expérimentale des plans israéliens pour Jérusalem.« 

L’infrastructure israélienne a été construite avec la détermination de ne jamais se retirer de Jérusalem-Est. En 2011, Israël a terminé la construction du tramway à Jérusalem. Son trajet relie les colonies de Jérusalem-Est au centre de Jérusalem-Ouest. L’autoroute principale qui relie Jérusalem à Tel Aviv, la « Route 1″, traverse des parties de terres occupées en 1967 [zone de Latrun].

Démolitions de maisons dans le quartier de Sur Baher'

Démolitions de maisons dans le quartier de Sur Baher’

Le Guardian a publié en mars 2009 un rapport de l’Union Européenne qui dit ceci : « Des faits accomplis israéliens sur le terrain – y compris les nouvelles colonies, la construction de la barrière, des mesures discriminatoires en matière de logement, les démolitions de maisons, un régime de restriction de permis et la fermeture incessante des institutions palestiniennes – accroissent la présence israélienne juive à Jérusalem-Est, affaiblissent la communauté palestinienne dans la ville, entravent le développement urbain palestinien et séparent Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie . »

Les statistiques 2010 de l’Institut national israélien d’assurance révèlent que 78% des Palestiniens à Jérusalem vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, ils sont 20.000 et il y a 20 000 ordres de démolition tout prêts pour des maisons et installations palestiniennes à Jérusalem-Est.

A rythme, dans deux ans, il y aura une présence palestinienne minimale à Jérusalem. Les négociateurs palestiniens seront confrontés à de nouveaux « faits sur le terrain » qui rendront impossible d’arriver à un accord acceptable sur le statut de Jérusalem. Le gouvernement israélien continue de gagner du temps en vue de boucler ses plans, pendant que la communauté internationale entre dans son jeu et que ses seules actions ne sont de l’encre sur du papier.


 

Publié le 4 septembre 2012 sur Al-Akhbar english.
Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

Maath Musleh est un journaliste free-lance, installé à Jérusalem.
Vous pouvez le suivre sur Twitter : @MaathMusleh

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