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Jeff Halper, co-fondateur du “Comité contre les démolitions de maisons” brièvement arrêté par la police israélienne

Jeff Halper, co-fondateur du “Comité israélien contre les démolitions de maisons”, a été appréhendé par la police israélienne après avoir conduit un groupe de 15 visiteurs étrangers dans une visite de la “zone E1” [1], à proximité de la colonie juive de Ma’aleh Adumim.

Jeff Halper, qui a la double nationalité israélienne et étatsunienne, est un militant de gauche très connu, extrêmement actif depuis de nombreuses années pour lutter contre les démolitions de maisons palestiniennes par l’occupant, qui se sont multipliées au fil des derniers mois. Sa brève arrestation, rapportée ce lundi 13 mars par Haaretz, a eu lieu le mercredi précédent à Ma’aleh Adumim, sous prétexte d’une suspicion “d’incitation”. La police a affirmé agir sur dénonciation selon laquelle Jeff Halperétait en possession de matériel se rapportant à BDS”.

Jeff Halper

Jeff Halper a été forcé de descendre de l’autocar puis embarqué à bord d’un véhicule de la police, qui l’a conduit jusqu’à un poste de police proche, où des officiers de police israéliens lui ont posé quelques questions et ont photographié les affiches et les cartes qu’il avait en sa possession, après quoi il a été remis en liberté. Halper a nié avoir eu en sa possession du matériel de propagande en rapport avec BDS au cour de cette visite, ou même avoir discuté du boycott avec le groupe qu’il accompagnait. Les policiers ont refusé de lui donner copie du document qu’ils ont rédigé pendant sa brève détention ou de lui expliquer de quoi il est suspecté.

Interrogé par Haaretz, le porte-parole de la police de la zone de Samarie (appellation israélienne de cette partie du territoire palestinien) a indiqué qu’aucune enquête n’a été ouverte, après qu’un contrôle ait montré qu’aucune infraction n’avait été commise.

On est donc clairement en présence d’une manœuvre d’intimidation, qui témoigne du climat de répression qui s’installe de plus en plus, y compris à l’encontre des Israéliens qui combattent la politique du gouvernement d’extrême-droite, fussent-ils Juifs.

Quoi qu’il en soit, rappelle fort à propos Haaretz, avoir éventuellement eu des documents ou d’autres éléments de propagande pour BDS n’aurait pas constitué une violation de la loi, même au regard d’une loi en vigueur depuis 2011 qui prévoit qu’une personne ou une organisation qui appelle au boycott d’Israël (en ce compris les colonies en Cisjordanie) peut être poursuivie par les entreprises cibles du boycott (la loi prévoyait qu’elle ne devaient pas même prouver avoir subi un préjudice, mais la Justice israélienne a sur ce point tempéré les ardeur du législateur sioniste). La même loi interdit par ailleurs à toute personne ou organisation qui appelle au boycott d’Israël et/ou de ses colonies de participer à des appels d’offre lancés par les pouvoirs publics israéliens. Il s’agit donc uniquement de sanctions civiles, et non pénales (en quoi la loi israélienne est moins répressive envers les partisans de BDS que certains tribunaux en France).

Jeff Halper a expliqué à Haaretz qu’il s’était déjà à plusieurs reprises rendu avec des groupes de visiteurs étrangers dans la “zone E1”, car cette visite permet de bien comprendre le processus de dépossession des Palestiniens.Jeff Halper défend depuis des années l’idée d’un État démocratique binational.


[1] la “zone E1” est une partie de la Cisjordanie, à proximité de Jérusalem, dans laquelle Israël a depuis plusieurs années l’intention de construire des dizaine de milliers de logements réservés à des colons juifs. Le chiffre de 55.000 a été souvent cité. Elle est d’une importance stratégique majeure, car par sa localisation et ses dimensions, la “zone E1” couperait la Cisjordanie en deux de part en part, mettant (définitivement ?) fin à toute possibilité de continuité territoriale pour le futur et hypothétique “État palestinien”, déjà réduit à une portion plus que modeste du territoire de la Palestine historique.

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