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J-P Chagnollaud : «la trilogie israélienne : fermer, enfermer, tuer… en pure perte»

Le site français d’information Médiapart a interrogé Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’iReMMO et spécialiste de la Palestine, analyse les raisons des violences de ces deux dernières semaines en Israël et dans les Territoires occupés.

Il est urgent, dit-il, de remettre le respect du droit international au centre de la problématique israélo-palestinienne, alors qu’au contraire on voit à l’œuvre une logique fondamentalement colonialiste, associée à une obsession sécuritaire israélienne, qui ne peut déboucher que sur davantage de désespérance et de violence.

La « trilogie israélienne » tient en trois mots : « fermer (des quartiers, des routes, des « zones »), enfermer (des prisonniers), et in fine tuer« . Quant aux appels à la reprise de « négociations de paix », ce n’est qu’une « très très mauvaise face politique« , insiste J-P Chagnollaud. « Il ne peut pas y avoir de reprise de négociations entre une puissance occupante et un peuple occupé, qui en plus a des dirigeants complètement divisés » (et largement discrédités pour s’être justement laissés engluer dans des négociations infinies et au total néfastes pour leur peuple).  Qui plus est, »la puissante occupante depuis une bonne quinzaine d’années est conduite par des formations qui sont dans une logique de nationalisme religieux, de négation de l’existence même des Palestiniens, et d’épuration ethnique de l’entièreté de la Palestine « historique ». S’agissant de n’importe quel autre pays, l’ONU aurait depuis longtemps mis en œuvre des sanctions, mais dans le cas d’Israël, les États-Unis ne vont jamais au-delà de froncements de sourcils sans conséquences. La question se pose donc de savoir qui commande réellement à Washington, s’agissant de la question de la Palestine…

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Confirmation : hier, la ministre israélienne de la Justice, la fasciste Ayelet Shaked a rompu avec tous les usages diplomatiques, a durement critiqué la politique des États-Unis sur le territoire même de ceux-ci : alors qu’elle assistait à une conférence d’«expatriés» israéliens aux States, elle a déclaré « inacceptables » les critiques de l’administration Obama envers Israël. Selon cette illuminée, il n’y a aucun rapport entre la colonisation de la Cisjordanie et les violences des dernières semaines, et Washington se à « une distorsion de la réalité » en affirmant le contraire.

Et pour plus de clarté, Shaked a ajouté – selon i24news.tv : « Nous sommes opposés à un État palestinien. Il n’y aura jamais d’État palestinien« , tandis que pour sa part l’ambassadeur d’Israël proclamait au cours de la même conférence que « Israël devrait embrasser la paix pour son propre bien parce qu’Israël ne veut pas devenir un État binational, mais l’idée que le renouvellement du processus de paix ou se retirer des territoires serait en quelque sorte arrêter le terrorisme est une fiction« .

Pas d’État palestinien, pas de retrait, pas d’arrêt de la colonisation… c’est clair ?

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