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J-J Urvoas, ministre amnésique, lâche et menteur

Luc Delval

Jean-Jacques Urvoas, l’actuel Ministre de la Justice en France a voulu prouver sur France Inter que la “perpétuité réelle” existe en France, en prenant pour exemple Georges Ibrahim Abdallah.

M. Urvoas, pour mémoire, lorsqu’il n’était encore que député de Quimper et président de la Commission des lois de l’Assemblée National, était partisan de l’abrogation des circulaires ministérielles qui sont à l’origine des poursuites contre les militants français de la campagne BDS, et il l’avait fait savoir par courrier à Christiane Taubira, à qui il a succédé.

Mais depuis qu’il est ministre, il semble atteint d’amnésie rétrograde foudroyante à ce propos. Passons.

Ce n’est pas le seul sujet sur lequel la mémoire de M. Urvoas semble étrangement défaillante. Le 31 mars de grand matin, il était l’invité de France Inter, pour y narrer quelques bobards à propos de l’échec cuisant que venait de subir François Hollande, obligé de renoncer à une réforme de la Constitution décidée dans la plus complète improvisation à la suite des attentats de novembre dernier à Paris. Exit la déchéance de nationalité, aussi idiote qu’inefficace, dont le Président de la République avait pourtant fait un symbole.

Il était donc impératif de trouver matière à faire diversion. Il peut compter sur la droite et des journalistes faussement irrévérencieux pour l’y aider. A défaut de déchéance de nationalité, revoilà donc la “perpétuité réelle”, tout aussi stupide, mais plus susceptible de rassembler groite et drauche.

Donc, M. Urvoas est interrogé à propos d’une proposition de Nathalie Kosciusko-Morizet (à 5’25 dans la vidéo) visant à créer une peine de “perpétuité réelle” pour les condamnés pour faits de terrorisme.  J-J Urvoas répond qu’une proposition d’un député “Les Républicains” tendant à allonger la “période de sûreté” de 22 ans à 30 ans maximum a reçu son appui au nom du gouvernement “parce qu’il faut durcir un certain nombre de conditions”.

La chose est présentée comme une évidence, sans la moindre tentative de démonstration que cela sera de nature à éviter la répétition d’actes de terrorisme. Non, “il faut durcir un certain nombre de conditions”.

Pourquoi ? Mais “parce que”. Tous les “durcissements” précédents ont beau n’avoir rien changé, “il faut durcir”. Jusqu’où ? On ne sait. Jusque quand ? Mais jusqu’à la prochaine fois, évidemment.

Mais là où J-J Urvoas dépasse vraiment les bornes, c’est quand il affirme : “…aujourd’hui, on peut être en prison, en France, sans avoir de perspective de sortie, y compris pour le terrorisme. Georges Ibrahim Abdallah, qui est un terroriste, a été condamné en 1987 pour… à la perpétuité. Il a demandé à neuf reprises une libération conditionnelle, il est toujours en prison parce que les juges […] ont refusé…”.

Le mensonge est grandiose ! Les juges – pour qui, dit Urvoas, “il faut avoir du respect mais surtout de la confiance” (propos remplacé par … dans la phrase soulignée ci-dessus) – ont ACCEPTÉ les demandes de libération de George Ibrahim Abdallah à trois reprises (en 2003, en 2012 et en 2013). Et s’il est effectivement toujours en prison, c’est le résultat de décisions politiques, et non de décisions judiciaires.

Georges Ibrahim Abdallah a été arrêté le 24 Octobre 1984 et condamné à la prison à perpétuité lors d’un procès plus que controversée, entaché de nombreuses irrégularités, tout d’abord parce qu’un des avocats d’Abdallah a servi à espionner celui-ci. Voir ici pour les conditions déshonorante (pour elle) dans lesquelles la France a condamné Georges Ibrahim Abdallah.

Quant aux soi-disant preuves contre Abdallah, elles ont fabriquées à posteriori par les services de renseignement français, américain et israélien. Ces faits ont été confirmés par l’ancien chef du renseignement français, Yves Bonnet, en 2011 (à la fin de sa carrière) . « Nous avons agi comme des brutes dans le cas Abdallah. Il est temps de mettre un terme à la grande injustice que nous lui faisons subir », avait-t-il dit alors.

Quant à M. Urvoas, en plus d’être un amnésique, c’est un lâche et un menteur.

L.D.


 

Plusieurs autres articles publiés ici évoquent le cas de Georges Ibrahim Abdallah.

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