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Israël veut transplanter d’urgence une “tribu juive” d’Inde vers la Cisjordanie

Selon le journaliste britannique Jonathan Cook (établi à Nazareth depuis de nombreuses années), tandis qu’Israël orchestrait une propagande maximale autour de sa participation aux opérations de secours après le tremblement de terre d’Haïti, c’est au contraire en toute discrétion que le gouvernement israélien a approuvé un programme d’immigration accélérée pour les 7000 personnes composant une supposée “tribu perdue” juive, appelée “Bnei Menashe”, et qui vit… en Inde.

En 2005, le grand rabbin Shlomo Amar avait solennellement proclamé que Bnei Menashe n’est autre que l’une des dix “tribus juives perdues”, supposées avoir été exilées de la “terre sainte” il y a 2.700 ans. Il avait alors ordonné à une équipe de rabbins de se rendre dans le nord-est de l’Inde, où vit cette population, afin de préparer les membres de la communauté qui se définissent eux-mêmes comme Juifs à une conversion au judaïsme selon les règles les plus strictes de l’orthodoxie, ce qui leur ouvrirait automatiquement le “droit au retour” en application de la loi israélienne.

Depuis 2005, des camps spéciaux ont été créés en Inde pour assurer “l’éducation juive” des membres de Bnei Menashe. Selon Jonathan Cook, on peut se faire une idée du contenu de cette “éducation juive” à la lumière des explications du rabbin Eliyahu Avichail, qui est impliqué étroitement dans la préparation de leur “retour” depuis le début des années 1980. Ce rabbin a exposé qu’il est convaincu que l’apocalypse est proche – conviction que partagent les “Evangélistes chrétiens des derniers jours” – qui prendra la forme d’un gigantesque affrontement “le monde entier contre Israël” dans une bataille dont l’issue se jouera à Jérusalem (ce qui, soit dit en passant, risque de rendre délicat l’usage de l’arme atomique que détient Israël).

Je pense que les temps sont très proches de l’arrivée du Messie, et nous devons la préparer en nous assurant que tous les Juifs seront sur la terre d’Israël. Il y a plus de six millions de Juifs appartenant aux tribus perdues, et les ramener en Israël est une question urgente”, a-t-il déclaré.

Le plan, adopté sous la pression d’organisations israéliennes de l’extrême-droite religieuse, prévoit que ces 7.000 personnes seront “rapatriées” vers Israël dans les deux années à venir, et seront installées en Cisjordanie, c’est-à-dire en territoire palestinien.

Cette décision est donc une manifestation de plus de la volonté bien arrêtée d’Israël de conserver un maximum de territoire de la Cisjordanie, tout en prétendant bien entendu  ne vouloir que la paix et en accusant l’Autorité palestinienne de l’empêcher en refusant de négocier (air connu).

Selon Jonathan Cook, une précédente tentative de faire émigrer la communauté “Bnei Menashe” avait échoué en 2003, lorsque le ministre israélien de l’intérieur de l’époque, Avraham Poraz y eut mis son véto après avoir constaté que la majorité des 1.500 membres de “Bnei Menashe” déjà arrivés clandestinement en Israël avaient été envoyés dans des colonies appartenant à la branche la plus extrémiste du “mouvement des colonies”, notamment à Gaza et à proximité de Hébron. Il ne devrait pas en aller autrement pour ceux qui pourraient commencer à arriver en “terre sainte” après la décision du cabinet Netanyahou.

La décision du ministre de l’intérieur, en 2003, résultait aussi d’une certaine tension avec le gouvernement de l’Inde, ce pays s’étant doté d’une législation contre les “activités missionnaires”. Pour la réédition de l’opération qui vient d’être décidée, cet obstacle serait contourné : la conversion-express au judaïsme n’aurait pas lieu sur le territoire indien, mais au Népal, par où les candidats à l’émigration vers la Palestine devraient donc transiter.

L’opération correspondrait à l’intérêt des deux parties : les membres de la communauté Bnei Menashe souhaitent réaliser leur aliyah, tandis que les “durs” de la colonisation manquent de troupes pour assurer la (re)conquête des territoires palestiniens, et cherchent à recruter des “volontaires” pour s’établir dans des colonies où très peu d’Israéliens accepteraient de vivre.

Aujourd’hui, l’opération de “retour” des 7.000 membres de Bnei Menashe bénéficie de sponsors politiques importants à la droite de la droite israélienne, notamment le mouvement “Shavei Israel” (dirigé par Michaël Freund, un ancien assistant de Benjamin Netanyahou) et le “International Fellowship of Christians and Jews”, qui apporte le soutien des “chrétiens évangélistes” des États-Unis.

Shavei Israel mène campagne pour que des opérations similaires soient organisés concernant des communauté juives établies notamment en Espagne, au Portugal, en Italie, en Russie, en Pologne, en Chine et dans plusieurs pays de l’Amérique latine. En 2002, Shavei Israel avait réussi, au grand dam du “mouvement de la paix” israélien, à faire émigrer un groupe d’une centaines de Péruviens, dont les ancêtres avaient été convertis au judaïsme 50 ans plus tôt, et qui furent installés dans le bloc de colonies juives de Gush Etzion, en Cisjordanie.

La communauté Bnei Menashe appartient à un groupe ethnique appelé Shinlung, qui compte plus d’un million de personnes vivant pour la plupart dans les états indiens de Manipur et de Mizoram, proches de la frontière avec le  Myanmar. Animistes, il furent, voilà un siècle, convertis au christianisme par des missionnaires britanniques, mais un petit nombre d’entre eux proclame avoir gardé leurs anciens liens avec le judaïsme.

Des prélèvements d’ADN ont été opérés, afin de tenter d’objectiver un lien avec les populations juives, mais cela n’a donné aucun résultat, précise Jonathan Cook.

 

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