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Israël veut interdire aux groupes de touristes de séjourner en Cisjordanie

Le Ministère israélien de l’Intérieur a donné pour instructions à des organisateurs de voyages organisés pour touristes étrangers de ne pas les faire séjourner en Cisjordanie. Cela impliquerait notamment que les pèlerins chrétiens qui se rendent à Bethlehem ne pourrait pas y passer la nuit comme c’est habituellement le cas. 

La circulaire contenant ces instructions, supposées entrer en vigueur le 15 mai, a cependant soulevé chez les professionnels du tourisme une telle opposition que le Ministère a “temporairement gelé” ses ordre et annoncé une prochaine “clarification”.

La circulaire reçue par les tour operators indiquait que désormais toute demande adressée aux autorités en vue d’obtenir une autorisation d’organiser un voyage de groupe en Israël devra être accompagnée d’un formulaire contenant l’engagement de ne pas emmener les touristes étrangers en territoire palestinien, et tout spécialement de ne pas organiser de nuitées à Bethlehem. Il était précisé que les demandes non accompagnées de cet engagement ne seraient pas traitées.

Il semble que cette directive ait – comme d’habitude en Israël – obéi à un prétexte sécuritaire : la crainte que des “terroristes” se mêlent aux touristes et échappent ainsi à la vigilance du Shin Bet. Derrière ce prétexte, la volonté de saboter l’économie palestinienne un petit peu plus, est évidente.

Une arrière-pensée religieuse est cependant loin d’être exclue dans le contexte israélien, où des exaltés peuplent les allées du pouvoir jusqu’au plus haut niveau.  Le formulaire fourni aux tour operators fait explicitement référence aux groupes de pèlerins chrétiens, et non aux touristes individuels, pour lesquels aucune autorisation préalable n’est requise. Les groupes chrétiens qui se rendent à Bethlehem y passent le plus souvent la nuit en raison des prix très élevés pratiqués dans les hôtels de Jérusalem. En quelques années, le nombre de chambres d’hôtel disponibles à Bethlehem a été plus que doublé. Les hôtels 3 étoiles de Bethlehem facturent la nuitée entre 22 et 25 dollars, soit entre 25 et 50% de moins que les établissements similaires à Jérusalem.

Même si tout est loin d’être clair à propos de la mise en œuvre de cette mesure, il est clair qu’elle signera la fin des voyages de groupes de touristes venant d’Inde, d’Indonésie, du Sri Lanka et de pays de l’Europe orientale comme la Pologne, la Slovaquie et l’Ukraine” a expliqué à Haaretz un agent de voyage actif dans ce domaine depuis plus de 20 ans. D’après des indications données aux professionnels du tourisme, la mesure ne serait en fin de compte mise en application que pour les touristes en provenance de pays dont les ressortissants doivent obtenir un visa avant leur voyage, comme l’Inde, la Chine et l’Indonésie, pays en direction desquels le Ministère israélien du tourisme a fait de gros efforts de publicité, avec pour résultat que le nombre de visiteurs a sensiblement augmenté.

Si cette décision est mise en application, les groupes de touristes qui cherchent à passer des vacances en Israël après avoir visité des sites religieux vont avoir du mal à en supporter le prix, et ils ne viendront plus. L’impact diplomatique sera encore plus problématique. Si Israël donne l’image de vouloir limiter le tourisme dans les zones palestiniennes et empêcher les groupes d’y passer des nuits, cela mettra la coexistence en danger”, disent des professionnels du tourisme, qui au surplus doutent que l’administration soit préparée à gérer ce nouveau système, de sorte que le tourisme à Bethlehem serait complètement paralysé. Chaque année, environ 1 million de touristes passent au moins une nuit à Bethlehem.