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Israël veut faire taire les défenseurs des droits de l’homme et les militants anti-colonisation

Le gouvernement israélien et ses sympathisants d'(extrême-) droite ont lancé une campagne “maccarthyste” contre les groupes  de défense des des droits humains, qu’ils rendent responsables de la vague de critiques internationales qui ont suivi l’attaque d’Israël sur Gaza il ya un an.

Le gouvernement Netanyahou a soutenu, la semaine dernière à la Knesset, un projet de loi qui, s’il est adopté,  fait peser une menace d’emprisonnement sur les dirigeants des organisations du “mouvement pour la paix” et sur les ONG qui luttent contre la colonisation de la Cisjordanie si ceux-ci ne se soumettaient pas à de nouvelles conditions, très restrictives, d’enregistrement.

Ces mesures constituent une riposte de la droite et de l’extrême-droite, qui reprochent aux défenseurs des droits de l’homme d’avoir fourni la plupart des éléments de preuve de crimes de guerre commis par Israël cités par le juge Richard Goldstone dans son rapport à l’ONU.

Les groupes de défense des droits de l’homme financés par des donateurs étrangers, tels que l’Union européenne, seraient tenus de s’inscrire comme des “instances politiques” et de se soumettre à d’autres exigences de “transparence”.

Cette offensive de la droite de de l’extrême-droit israéliennes se trouve grandement facilitée par la diffusion, la semaine dernière, d’un sondage qui indique que 57% des Juifs israéliens considèrent que les questions dites “de sécurité nationale” doivent l’emporter sur les droits de l’homme (d’ailleurs, la propagande israélienne les a depuis longtemps convaincus que les Palestiniens, et singulièrement les gazaouites, ne sont pas vraiment des humains).

«Nous assistons à l’évaporation des dernières libertés de parole et d’organisation en Israël», dit Amal Jamal, de l’Université de Tel Aviv et directeur d’Ilam, organisation spécialisée dans les droits des média, qui serait directement visée par la nouvelle législation. Le système politique israélienne, a-t-il ajouté, a été transformée en une «démocratie totalitaire».

L’offensive contre les groupes de droits de l’homme – dont la plupart sont officiellement décrits comme des «organisations non gouvernementales» (ONG) – est venue tout d’abord d’un soi-disant “groupe de surveillance” appelé “Monitor”, qui a rapidement été assurée du soutien du gouvernement.

Le projet de loi, approuvé par un comité ministériel la semaine dernière, est le produit d’une conférence organisée au Parlement en décembre par Gerald Steinberg, directeur de cette ONG, et d’une organisation liée au mouvement des colonies, connue sous le nom d’Institut des stratégies sioniste (Institute of Zionist Strategies).

Professeur de l’Université Bar-Ilan, Steinberg a présenté un rapport aux députés et aux ministres dans lequel il décrit les ONG luttant pour la paix comme les «chevaux de Troie» et il plaide pour des mesures entravant leur financement par des gouvernements européens, l’Union Européenne ou encore le « New Israël Fund » (voir plus bas).

Steinberg, a déclaré : “Depuis plus d’une décennie, les gouvernements européens ont manipulé la politique israélienne et ont fait la promotion de la diabolisation d’Israël en finançant un petit groupe d’ONG.”

Steinberg critique tout particulièrement les groupes de défense de la minorité arabe du pays et les groupes juifs opposés à l’occupation, les accusant  à la fois de promouvoir une image d’Israël comme un «régime d’apartheid» et se rendant coupable de «crimes de guerre» et de «nettoyage ethnique», toute choses évidemment intolérables à ses yeux. Selon son rapport, 16 ONG ont reçu 8 millions de dollars de fonds européens sur les trois années précédentes.

Yuli Edelstein, le ministre des Affaires de la diaspora et membre du Likoud, parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré à la presse que le gouvernement  s’est “inquiété depuis un certains temps des agissements d’un certain nombre de groupes qui, sous le couvert d’ONG, sont financés par des agents étrangers”.

Selon la législation envisagée, les groupes des droits de l’homme devraient satisfaire à une longue liste de conditions nouvelles, dont : inscription comme des instances politiques; présentation des numéros d’identifi­cation et des adresses de tous les militants, fournir des comptes détaillés de tous les dons de l’étranger et justification des fins auxquelles ils seront utilisés, et déclaration du soutien de l’étranger à chaque fois qu’un militant fait un discours ou que l’organisation organise un événement… En cas de non respect de ces conditions, la sanction pour les dirigeants de l’ONG serait d’un an de prison.

Hagai Elad, directeur de l’Association des droits civils en Israël, importante organisation de défense des droits de l’homme, estime qu’il y a actuellement en Israël «un climat politique très hostile» et que les libertés sont attaqués “une étape à la fois”. “Ce sont des techniques classiques de McCarthy, dépeignant nos organisations comme des ennemis de l’État et suggérant que nous sommes complices du Hamas et des groupes terroristes», dit-il encore.

Selon lui, la loi israélienne actuelle impose déjà aux ONG une grande transparence. “Ce qui laisse sans réponse une question troublante : étant donné que nous sommes déjà transparents, quelle est la vraie motivation derrière cette loi ?”

Deux des principales cibles de la campagne contre la liberté d’expression en cours a aussi été Mme Chazan, ancienne membres de la Knesset, cataloguée “colombe” et l’ONG dont elle est la présidente, baptisée “New Israël Fund”. Maariv, un quotidien populiste, a publié un rapport élaboré par un groupe d’extrême droite appelé Im Tirtzu, qui reproche à Mme Chazan de financer des groupes de défense des droits de l’homme qui seraient, selon eux, responsables de 90% des critiques d’Israël figurant dans le rapport Goldstone ne provenant pas de sources officielles. Un contre-rapport montré que, en réalité, seulement environ 4 % des citations visées émanent de ces groupes, et que beaucoup ne sont pas liées à l’agression de Gaza. Mais les attaque contre Mme Chazan ont rapidement pris de l’ampleur dans les médias et on a vu apparaître partout dans le pays des affiches qui lui sont violemment hostiles.

La campagne contre le New Israël Fund a reçu le renfort d’une pétition signée par une longue liste d’anciens généraux, y compris Giora Eiland, l’ancien chef du Conseil national de sécurité, et Doron Almog, chef du  commandement sud de l’armée. Le service de presse du gouvernement a quant à lui diffusé auprès des correspondants étrangers un communiqué accusant Mme Chazan, de “servir les objectifs de l’Iran et du Hamas”. Or on sait que selon le gouvernement israéliens tant l’Iran que le Hamas ne visent rien d’autre que la destruction d’Israël et “une nouvelle Shoah”…

La campagne a pris une ampleur telle que Mme Chazan et son organisation ont annoncé leur intention de faire un procès contre le Jerusalem Post, quotidien de droite,… dans lequel l’intéressée tenait depuis 14 ans une chronique bi-hebdomadaire constituant une sorte d’alibi “libéral” pour ce journal très réactionnaire. Celui-ci a aussitôt saisi l’occasion qui lui était offerte pour mettre fin à cette collaboration…

Le “New Israël Fund” a pour sa part fait observer que parmi les bailleurs de fonds de Im Tirtzu figurent les “Chrétiens Unis pour Israël”, un groupe de chrétiens fondamentalistes américains d’extrême-droite dirigé par le pasteur John Hagee, qui avait fait les gros titres dans durant la campagne présidentielle américaine, en 2008, lorsque dans un discours de soutien à John McCain il avait déclaré que “Hitler était l’instrument de la volonté de Dieu” lorsqu’il avait mené une persécution impitoyable contre les Juifs, car le but n’était autre que de les ramener en Palestine, ce que Herzl avait jusque là échoué à faire.


Avec l’aide de Jonathan Cook.

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