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Israël veut boycotter l’Union Européenne ? Chiche !

Michel Warschawsky

Voilà des années que le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien tente d’organiser un boycott international des institutions israéliennes, en particulier dans le domaine culturel et universitaire. S’il ne fait pas de doute qu’au niveau de la société civile la campagne BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions) a marqué des points, son succès reste limité dans le domaine des relations institutionnelles, en particulier en ce qui concerne la demande de suspension de l’accord d’association avec l’Union européenne tant que l’État d’Israël continuera à ignorer les conventions internationales et les diverses résolutions des Nations Unies sur le conflit en Palestine.

Et voila que le vice-ministre israélien des Affaires étrangères Zeev Elkin annonce qu’Israël ne participera pas au projet de coopération scientifique «Horizon 2010», que l’Europe a mis en place et auquel les centres de recherche israéliens ont été conviés. Pour le gouvernement d’extrême droite, il était important de réagir fermement à la récente décision européenne de boycotter (très partiellement, cela dit) les colonies juives en Cisjordanie, dans le domaine commercial en particulier.

Selon Benjamin Netanyahou, « ce n’était pas à l’Europe de définir les frontières d’Israël » (sic). Le premier ministre a déclaré qu’il s’opposerait à tout accord avec l’Union européenne qui inclurait un «article territorial» établissant une distinction entre Israël et les colonies. Paradoxalement, cette position du gouvernement israélien rejoint celle de l’aile la plus radicale du mouvement BDS international qui appelle à un boycott intégral d’Israël en tant qu’État colonial, et pas seulement des colonies et de leurs produits.

La décision de rompre une part des relations avec l’Union européenne peut faire sourire : Israël a bien plus besoin de l’Europe que le contraire, et plusieurs diplomates postés à Jérusalem ont réagi en déclarant, certes loin des micros, « chiche ! ».

C’est ce que comprennent les présidents des universités israéliennes, qui ont demandé à rencontrer d’urgence le vice-ministre Elkin. Cette rencontre a eu lieu le 13 août et, unanimement, les présidents ont mis en garde le ministre des implications catas­tro­phiques d’une telle décision, susceptible de ruiner la coopération scientifique et l’ensemble de la recherche universitaire.

Selon le site Wallah, ils auraient fait mention devant le vice-ministre d’une perte de centaines de millions de shekels pour les projets de recherche israéliens: « Notre impression a été que le vice-ministre a été surpris par les données présentées par les présidents et par le volume des pertes financières, au cas où les accords de coopération seraient rompus. » Pauvre Elkin, qui croyait que c’était la recherche scientifique européenne qui s’écroulerait si Israël décidait de la boycotter !

Parions qu’une fois de plus Israël sera forcé de faire marche arrière, et Zeev Elkin de ravaler sa salive. Mais cet incident en dit long sur l’arrogante stupidité et l’aveuglement d’un gouvernement d’extrême droite qui accentue de jour en jour l’isolement international de l’Etat hébreu.

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