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Israël – Turquie : la vengeance est un plat qui se mange froid

On se souvient des torrents de mépris et de haine, souvent teintés de racisme, qu’Israël a déversés sur la Turquie après l’acte sanglant (9 morts) de piraterie maritime en haute mer commis par les commandos de marine israéliens contre le « Mavi Marmara« , le 31 mai 2010.

Les troupes « d’élite » israéliennes, armées jusqu’aux dents, avaient pris d’assaut en pleine nuit ce bateau qui ne transportait que des civils désarmés qui tentaient de forcer le blocus illégal de la Bande de Gaza, territoire verrouillé par Israël (et à nouveau par l’Egypte actuellement après quelques mois de très relative ouverture après la chute du régime Moubarak).

Quels qu’aient pu être les efforts de la propagande israélienne pour tenter de démontrer le contraire, qui conduisirent les spécialistes de la « hasbara » sioniste à faire grand cas de quelques bâtons, d’une douzaine de couteaux de cuisine, de clés anglaises et à molette et de disques de meuleuse… ils n’ont pas pu démontrer l’indémontrable. Le Mavi Marmara était un navire civil, qui transportait des civils, et ceux-ci participaient à une action non-violente.

En depit de tous leurs efforts, pas la moindre arme à feu n’a pu être exhibée. Et pour cause. Faute de mieux, Israël avait diffusé des photos de gilets pare-balles supposés avoir équipé un « commando » à bord du Mavi Marmara, mais il n’avait pas fallu longtemps pour qu’on démontre que ces photos dataient de 2006 et n’avaient aucun rapport avec le bateau turc ou ses passagers.

Cela n’empêcha pas le général Gabi Ashkenazi, d’affirmer que la mort de neuf militants, tous de nationalité turque, à bord du « Mavi Marmara » était « inévitable« , les soldats ayant selon lui « été obligés » de « répliquer » à des passagers armés.

Les commandos étaient – dit-il, équipés de matériels anti-émeutes mais ont rapidement « dû recourir aux tirs à balles réelles » (308 balles furent tirées en quelques secondes !) parce que « s’ils ne l’avaient pas fait, il y aurait eu plus de victimes« .mavi-marmara_le_retrour

Cette affaire avait fait des dégâts diplomatiques, le gouvernement turc exigeant non seulement la restitution du navire que l’armée israélienne avait confisqué, mais aussi « des excuses« . Or, pour un Netanyahou que l’on sait bouffi d’orgueil, c’était totalement inenvisageable. Au contraire, le gouvernement israélien multiplia les attaques et les humiliations envers les représentants de la Turquie… avant d’être plus ou moins contraint par Obama de s’excuser quand même, mais verbalement et de très mauvaise grâce.

Ankara prit donc un certain nombre de mesures de rétorsion, relativement limitées, contre Israël, comme par exemple l’expulsion de l’ambassadeur israélien, l’interception immédiate d’avions israéliens « égarés » dans l’espace aérien du nord de Chypre, le renvoi chez eux d’instructeurs militaires israéliens qui se trouvaient en Turquie, l’annulation de la participation turque à des manoeuvres conjointes de l’OTAN avec l’armée de l’air israélienne, etc…

Le président turc, Abdullah Gül, avait résumé la situation en affirmant que les relations de son pays avec Israël ne seront « plus jamais les mêmes« , l’affaire du Mavi Maramara laissant « des séquelles irréparables« . Affirmations accueillies avec mépris par le gouvernement israélien (qui d’ailleurs, d’une manière générale, meprise tout le monde hormis bien entendu les Juifs). Israël est à ce point habitué à jouir d’une impunité totale, quoi qu’il arrive, que ses dirigeants ne semblent plus capables d’imaginer que leurs mauvaise manière vis-à-vis du monde extérieur puisse avoir un prix.

Ils sont en train d’apprendre qu’il n’en est rien. Le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a en effet déclaré – rapporte le Washington Post – avoir divulgué aux services secrets iraniens l’identité de 10 Iraniens travaillant pour les services de renseignement israéliens, qui rencontraient régulièrement en Turquie leurs officiers traitants du Mossad.

Cela représente une perte «significative» pour les services de renseignement israélien, tandis que les agents à la solde d’Israël en Iran connaissent le sort que ce pays réserve aux traitres. Ce dont bien entendu la vertueuse démocratie israélienne tire prétexte pour présenter le régime iranien comme monstrueux, oubliant évidemment qu’outre les victimes du Mavi Marmara assassinées par ses pirates d’Etat, ses propres espions ont exécuté depuis quelques années, sans état d’âme particulier, un certain nombre d’experts nucléaires iraniens qui n’avaient commis aucun crime d’aucune sorte.

 

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