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Israël se dote d’une doctrine militaire et d’obus qui sauvegarderont mieux… les apparences

Le Jerusalem Post (quotidien israélien de droite) annonce que “suite à l’avalanche de critiques dont a été l’objet l’armée israélienne pour ses actions pendant l’opération Plomb durci, Tsahal a formulé, pour la première fois, une doctrine définissant la manière dont les troupes doivent agir en cas de guerre en zone urbaine. Cette nouvelle doctrine a été rédigée par la Division des Concepts et de Doctrine du commandement des forces terrestres”.

Tout en répétant encore et encore que – comme le monde entier a pu le constater au vu des images de cette agression sauvage contre une population désarmée et à qui l’agresseur ne laissait même pas la possibilité de fuir le “théâtre des opérations” – son armée a “agi comme il le fallait” à Gaza en décembre 2008-janvier 2009, Israël révise donc sa “doctrine militaire”. Telles sont les leçons tirée du “rapport Goldstone”, dont Israël persiste à soutenir qu’il n’est qu’un tissu de mensonges, mais dont son État-Major tiendra compte quand même. Non pas tant pour éviter le massacre de la population civile, que pour faire en sorte de ne plus en supporter le reproche…

Israël, en tous cas, ne renonce pas à ses futures aventures militaires. Le document qui contient la nouvelle doctrine militaire “établit également les principes concernant le type d’armes à utiliser dans le cas d’un conflit en zone fortement peuplée”, précise le Jerusalem Post. Ce qui revient à dire que l’armée israélienne privilégiera sans doute des armes moins photogéniques que les bombes au phosphore, dont les panaches blancs sont si facilement identifiables et frappent les imaginations.

On a ainsi pu lire récemment dans Haaretz que l’industrie israélienne a mis au point  une alternative “plus efficace” aux “obus à fléchettes”. Lors de l’agression contre Gaza, il y a bientôt un an et demi, l’armée israélienne a utilisé, dans des zones très densément peuplées, des obus de fabrication US qui projettent des “fléchettes” d’acier de 3,75 mm de long dans toutes les direction, et tuent dans une zone circulaire de 100 à 300 mètres autour de leur point d’impact.

Le Général Agay Yehezkel, commandant des unités blindées israéliennes pour les “fronts” de Gaza, du Liban, et de la Syrie, expliquait alors que ces obus étaient conçus pour “contrer une charge d’infanterie en terrain découvert”, ou encore pour détruire un véhicule blindé léger. Ce qui justifie évidemment qu’il en ait fait usage dans un territoire où la densité de la population est de plus de 3.800 personnes au kilomètres carrés (plus de 10 fois la densité de population en Belgique), où il n’y a ni infanterie ni blindés…

Un  arrêt de la Cour suprême israélienne, remontant à 2003, limitant l’utilisation de ces armes aux zones dans lesquelles “le danger pour la vie de civils innocents n’est pas présent” n’avait pas suffi à dissuader l’armée d’utiliser ces obus, dès lors qu’il est entendu une fois pour toutes qu’à ses yeux il n’y a pas un seul “civil innocent” dans la Bande de Gaza… N’ont-ils pas cru qu’ils avaient le droit de voter comme bon leur semblait quand la possibilité leur en fut, exceptionnellement, donnée ? Plus question, après un tel crime, de prétendre à l’innocence !

An explosion is seen as missiles fired from an Israeli aircraft fall towards a target in the northern Gaza Strip, as seen from the Israeli side of the border, Thursday, Jan. 1, 2009. (AP Photo/Gil Nechushtan) #

An explosion is seen as missiles fired from an Israeli aircraft fall towards a target in the northern Gaza Strip, as seen from the Israeli side of the border, Thursday, Jan. 1, 2009. (AP Photo/Gil Nechushtan) #

Tout en précisant que ses arsenaux contiennent encore des stocks de ces obus à fléchettes pour couvrir ses besoins pour “plusieurs années”, le Général Agay Yehezkel déclarait à Haaretz qu’il n’en achèterait plus.  Il leur préfère désormais un produit de l’industrie israélienne, baptisé “Anti-Personnel Anti-Materiel” (APAM), qui explose juste au-dessus de la cible, et propulse des projectiles (dont la forme et la taille ne sont pas précisés) dans une zone plus restreinte mais surtout plus précisément délimitée.

C’est incontestablement une bonne chose, car – comme le rappelait Haaretz – “quand un char israélien a tiré un obus à fléchettes sur un caméraman de Reuters dans la bande de Gaza en 2008, les fléchettes ont tué non seulement le journaliste, Fadel Shana, mais huit autres civils marchant sur une route voisine”. Grâce à ses nouveaux obus de précision et “made in Israël”, l’armée israélienne pourra donc tuer désormais les cameramen beaucoup plus “proprement”. On applaudit bien fort… !

Elle s’y prépare d’ailleurs activement : “En amont de tout futur conflit à Gaza ou au Sud-Liban, Tsahal [1] a également l’intention d’augmenter d’environ 25% les entraînements aux conflits en zone urbaine. Actuellement équipé de 17 zones d’entraînement de ce type – le plus important étant à Tzeelim, dans le Néguev –, Tsahal en augmentera également le nombre d’environ 50% d’ici l’année prochaine”, écrit le Jerusalem Post.


[1] “Tsahal” est le nom familier que les Israéliens donnent à leur armée, et il a une connotation affectueuse. Il n’est donc utilisé (sauf coupable distraction) sur ce site qu’en guise de citation, sans qu’il puisse être question de le reprendre à notre compte, aucun sentiment affectueux envers cette armée criminelle n’étant évidemment imaginable dans notre chef – NDLR

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