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Israël retient les corps des Palestiniens tués dans ses prisons

Les organisations des droits de l’homme tiennent Israël pour responsable de la mort du prisonnier palestinien Nassar Taqatqa.

Taqatqa, 31 ans, est mort le 16 juillet à la prison de Nitzan, moins d’un mois après son arrestation.

Les forces israéliennes ont arrêté Taqatqa le 19 juin à son domicile dans la ville de Beit Fajjar près de Bethléem, en Cisjordanie.

Durant la majeure partie de sa détention, il a été emprisonné à la Mission russe à Jérusalem, un centre de détention israélien tristement réputé parce qu’on y torture les prisonniers palestiniens.

16 juillet 2019, Gaza City. Devant le bâtiment de la Croix-Rouge, des Palestiniens protestent contre la mort de Nassar Taqatqa dans une prison israélienne. (Photo : Ashraf Amra APA images)

« L’inquiétude est profonde qu’il ait été torturé et soumis à des traitements très violents et/ou dégradants durant sa détention », a déclaré le Conseil palestinien des droits humains.

Les autorités carcérales israéliennes ont alors transféré Taqatqa au centre de détention d’al-Jalameh, dans le nord de la Cisjordanie et, ensuite, finalement, à la prison de Nitzan en Israël.

L’incertitude plane sur ce qui a provoqué la mort de Taqatqa, du fait qu’Israël refuse de restituer sa dépouille.

« Ni nous ni sa famille n’avons reçu la moindre communication ni n’avons eu accès à sa dépouille mortelle », a ajouté le conseil.

Sa famille a expliqué que Taqatqa n’avait pas de problèmes de santé avant son emprisonnement, a fait savoir le Club des prisonniers palestiniens.

Parmi les membres du conseil figurent l’association Addameer pour les droits des prisonniers, l’association Badil de défense des réfugiés et les organisations des droits humains Al-Haq, Al Mezan et Defense for Children International.

Les corps retenus

Depuis le début 2018, trois Palestiniens sont morts dans les prisons israéliennes, et d’autres au moment de leur arrestation.

Le prisonnier palestinien Aziz Awisat est décédé après que des agents israéliens l’ont sévèrement tabassé à la prison de Beersheba en mai 2018.

Awisat, 53 ans, avait prétendument versé de l’eau sur un gardien de la prison. Il est mort après avoir été sauvagement tabassé.

Le prisonnier palestinien Faris Baroud est mort en février après avoir passé 28 ans en détention en Israël.

Baroud, 51 ans, a passé la majeure partie de sa détention en isolement et il est mort suite à des années de négligence médicale.

Les corps de Taqatqa, Baroud et Awisat sont toujours retenus par Israël.

Selon Addameer, quelque 220 Palestiniens sont morts en détention en Israël depuis 1967.

Ce chiffre comprend 23 Palestiniens qui sont morts des suites de tortures après qu’Israël a ratifié la Convention des Nations unies contre la torture en 1991, précise la déclaration d’Addameer.

Expulsion d’un photojournaliste

Dans l’intervalle, la Jordanie a refusé l’accès à son territoire du photojournaliste Mustafa al-Kharouf après qu’Israël avait tenté de l’expulser de force la semaine dernière.

Le ministère israélien de l’Intérieur insiste sur le fait qu’al-Kharouf a un passeport jordanien et qu’il peut être expulsé vers la Jordanie, qu’il soit ou pas un citoyen de ce pays.

Les forces israéliennes ont arrêté al-Kharouf en janvier et l’ont gardé à la prison de Givon, à Ramle, dans ce qui est aujourd’hui Israël, une prison où les demandeurs d’asile et autres personnes en cours d’expulsion sont habituellement détenus.

En février, un tribunal israélien lui a refusé le regroupement familial en prétextant des « motivations sécuritaires » et a ordonné son expulsion vers la Jordanie.

Al-Kharouf n’a ni été accusé de quoi que ce soit ni jugé et ni les agents du Shin Bet, la police secrète israélienne, ni le tribunal de Jérusalem n’ont donné suite à l’enquête de Lustigman demandant de quoi il retournait ou si al-Kharouf représentait réellement une menace pour la sécurité.

Le ministère de l’Intérieur a également accusé al-Kharouf d’être un membre du Hamas, ce qu’al-Kharouf a réfuté.

Al-Kharouf est né en Algérie d’un père palestinien et d’une mère algérienne, mais il n’est citoyen d’aucun pays, selon le Comité de protection des journalistes (CPJ).

Ses femme et enfant sont tous deux de Jérusalem-Est, où ils ont un statut de résidence permanente qui leur a été fourni par les autorités d’occupation israéliennes, a fait savoir Haaretz.

Al-Kharouf vivait à Jérusalem-Est occupée depuis l’âge de 12 ans.

Les attaques contre des journalistes

Plus tôt, ce mois-ci, des soldats israéliens ont tiré des balles enduites de caoutchouc et des grenades de gaz lacrymogène sur des journalistes palestiniens en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza.

Trois Palestiniens ont été blessés, affirme le CPJ.

Parmi eux, la photojournaliste Ayat Arqawy, dont le travail est publié de temps à autre par The Electronic Intifada.

Au début de ce mois, des soldats israéliens ont tiré une grenade de gaz lacrymogène qui a touché Arqawy à l’estomac alors qu’elle couvrait des protestations contre des démolitions de maisons dans le quartier de Wadi Hummus, à proximité de Sur Bahir, un village situé au sud-est de Jérusalem en Cisjordanie occupée.


Publié le le 29/7/2019 sur Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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