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Israël ressemble plus à une entreprise criminelle géante qu’à un Etat

John Wight

Selon un récent sondage réalisé par le groupe de réflexion palestinien « Policy and Survey Research », la majorité des Palestiniens en Cisjordanie soutient un retour à la lutte armée contre l’occupation israélienne. Compte tenu de leur sort, personne ne devrait en être surpris.

Il existe dans notre monde quelque chose qui est la justice naturelle, et quand un peuple opprimé doit se battre pour ses droits contre un oppresseur, la justice naturelle nous dit qu’il a le droit de le faire par tous les moyens nécessaires [1].

Telle est la situation dans laquelle le peuple palestinien se trouve aujourd’hui : les 1,8 million de Palestiniens enfermés dans la plus grande prison de la planète, autrement connue comme « la bande de Gaza », et les 3 millions vivant sous occupation militaire en Cisjordanie.

Répression par les troupes d’occupation en Cisjordanie - L’Etat de l’apartheid ne vit et survit que par la violence - Photo : Reuters

Répression par les troupes d’occupation en Cisjordanie – L’Etat de l’apartheid ne vit et survit que par la violence – Photo : Reuters

Leur souffrance est un acte d’accusation pour une com­munauté internationale qui, plutôt que d’intervenir pour mettre fin à l’injustice qui s’affiche devant eux sur une base quoti­dienne, a plutôt contribué à la faciliter.

Ce qui ne peut être réfuté est qu’il n’y a aucune base légale ou morale pour une occupation, depuis des décennies, de la terre palestinienne par l’État d’Israël. Aucune…

Au contraire, l’occupation et le traitement des Palestiniens par Israël réfute l’idée que le droit international est appliqué de manière égale, sans crainte ni favoritisme.

Pour quelques États à part, le droit international est un choix éventuel quand il va dans le sens de leurs intérêts, mais ignoré lorsqu’il est question de défendre les faibles et les vulnérables et mis en avant pour défendre l’indéfendable.

Près de 100 barrages militaires sont tenus par des soldats israéliens ou des gardes de sécurité armés dans toute la Cisjordanie, ce qui perturbe la vie commerciale et la vie au jour le jour de ses habitants. De longues files de gens qui essaient de passer à travers sont fréquentes, comme les abus par les soldats et les gardes de sécurité concernés à l’encontre de ceux qui tentent de les franchir.

De nombreux rapports attestent que des hommes et des femmes âgés sont soumis à des fouilles à nu. Des femmes enceintes sont obligées d’aller accoucher sur le côté de la route parce que leur accès à l’hôpital est entravé, et des personnes se voient refuser le droit de passer pour les plus futiles des raisons.

L’expansion des colonies, toutes illégales et exclusivement juives, sur la terre palestinienne jamais ne cesse, ce qui, avec le vol des ressources palestiniennes, laisse peu de doute sur le fait qu’Israël ressemble plus à une entreprise criminelle géante qu’à un État.

Un rapport de B’tselem (Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés) ne nous laisse aucun doute sur l’ampleur du problème : « L’existence des colonies entraîne des violations de la plupart des droits humains des Palestiniens, y compris le droit à la propriété, l’égalité, un niveau de vie suffisant et la liberté de mouvement. En outre, les changements radicaux imposés par Israël sur la carte de la Cisjordanie excluent toute possibilité réelle d’établir un Etat palestinien indépendant et viable dans le cadre de l’application du droit à l’autodétermination ».IMG_20150906_074930

Il y a aussi la question des prisonniers palestiniens à considérer. Selon le groupe de soutien aux prisonniers palestiniens, Addameer, en août 2015 on dénombrait 5520 prisonniers politiques palestiniens détenus dans des prisons israéliennes. Parmi ceux-ci, 153 étaient des enfants, tandis que 350 étaient détenus dans ce qui est connu comme la détention administrative, qui en réalité signifie un emprisonnement à durée indéfinie en dehors de tout cadre légal.

Aggravant encore l’injustice subie par les Palestiniens, sont les efforts démesurés du gouvernement israélien et de ses partisans pour réclamer le manteau de la victime au milieu de ce brutal statu quo. Pour ces oppresseurs, ce serait leur existence qui serait menacée, leurs droits qui seraient bafoués, et de telles mesures, nécessaires pour répondre à cette menace et protéger leurs droits, seraient totalement justifiables.

Toutefois, le droit d’Israël à exister n’est pas la question, bien qu’il soit toujours mis en avant pour justifier sa politique de refus du droit de la Palestine à exister. La question est de savoir si Israël a le droit d’exister sur la base de la négation d’un autre peuple.

La montagne de mensonges, de dissimulation et d’obscurantisme déployée dans le cadre de cette question est non seulement un obstacle à la justice pour le peuple palestinien, mais un obstacle à la stabilité, la sécurité et au progrès en Israël même. Nelson Mandela n’a jamais été plus convaincant que quand il a dit : « Seuls les hommes libres peuvent négocier. Un prisonnier ne peut conclure d’accords. »

Le monde ne peut attendre du peuple palestinien qu’il accepte l’humiliation quotidienne et attende tranquillement la disparition de l’occupation. Si la paix est l’objectif, alors il faut donner aux Palestiniens le droit d’avoir recours à la justice, par des moyens pacifiques et juridiques. Leur refuser ce recours, c’est les priver de leur humanité et les pousser à la violence.

La poursuite du statu quo n’est pas une option, surtout quand cela implique la réalité au jour le jour des postes de contrôle mentionnés ci-dessus dans toute la Cisjordanie. Cet état de fait rend la libre circulation impossible, comme le développement économique, la croissance et la stabilité.

D’innombrables initiatives de paix au cours des années ont été tentées et ont échoué face à un veto des gouvernements israéliens, enfermés dans leur refus et leur intransigeance. Pourtant, la solution à cette crise a toujours été simple : c’est l’application du droit international sous peine de sanctions économiques.

L’absence de justice pour les Palestiniens est un exemple douloureux des doubles standards qui passent pour du droit international aux yeux de Washington et de ses alliés. C’est la raison pour laquelle, si et quand une troisième intifada va finir par exploser, la responsabilité n’en incombera pas à ceux qui se soulèvent, mais à ceux qui ne leur ont pas laissé d’autre choix.

John Wight


[1] ce droit est également consacré par le droit international. L’Assemblée Générale des Nations-Unies l’a clairement affirmé dans la résolution N° 3070; adoptée en 1973 et relative à l’ « importance, pour la garantie et l’observation effectives des droits de l’homme, de la réalisation universelle du droit des peuples à l’autodétermination et de l’octroi rapide de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux », dans laquelle elle « réaffirme le droit inaliénable de tout peuple sous domination coloniale et étrangère et sous emprise étrangère à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance » (…) et « réaffirme également la légitimité de la lutte des peuples pour se libérer de la domination coloniale et étrangère par tous les moyens, en ce compris la lutte armée» (nous soulignons).
Il n’appartient à personne d’autre que les Palestiniens eux-mêmes d’apprécier si le recours effectif à cette forme de lutte – dont la légitimité ne peut donc être discutée – est au surplus opportune. La question peut aussi être formulée autrement : de quel autre choix disposent-ils ? – NDLR

Source : Info-Palestine.eu

Wight_John_John Wight est un auteur de commentateur qui a collaboré à de nombreuses publications dans le monde : The Independant, Morning Star, Huffington Post, London Progressive Journal, Foreign Policy Journal,…
Il est également un collaborateur régulieu du site RT et de la BBC. Après avoir passé plusieurs années dans l’industrie cinématographique aux États-Unis, avant de se consacrer à temps plein au mouvement anti-guerre à la suite des attentats du 11 septembre 2001. On peut le suivre sur Twitter : @JohnWight1

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