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Israël renie un de ses derniers engagement solennels

Surprise ! Surprise ! Benjamin Netanyahou a annoncé – rapporte le Jerusalem Post (qui est tout sauf un journal d’opposition en Israël) – qu’il n’a aucune intention de respecter l’engagement pris vis-à-vis de l’ex-président américain, son copain George W. Bush à propos du démantèlement des “avant-postes”.

Petit rappel : Bush, qui ne pouvait pratiquement rien refuser au gouvernement israélien, n’avait néanmoins pu empêcher l’inclusion du démantèlement des “avant-postes illégaux” dans la “feuille de route” négociée par le “Quartet” (ONU, Union Européenne, Russie, et États-Unis), qui fixait un calendrier, des étapes, des modalités de reprises des négociations,… etc.

La “feuille de route” repoussait le négociation sur le “statut définitif” du futur état palestinien à la fin du processus prévu (en 2004-2005), comme l’avait exigé Israël, qui avait imposé non moins de 15 modifications au texte avant de l’accepter.

Cette véritable usine à gaz diplomatique (dont le texte figure ICI) devait conduire à la création d’un État palestinien… en 2005.

Comme ce fut le cas chaque fois depuis les accords d’Oslo, Israël a évidemment engrangé ce qui lui convenait. Ainsi, l’Autorité Palestinienne s’est-elle largement substituée à l’armée d’occupation pour assurer l’ordre et réprimer toute velléité de résistance armée contre Israël.

Formellement, elle n’a jamais abdiqué le “droit de résister” (ne s’engageant à proscrire l’usage de la violence contre l’occupant qu’à l’extérieur du territoire palestinien), mais en pratique ses forces de sécurité ont pour une large part endossé (sans pratiquement rien obtenir en échange) le sale boulot de la répression contre son propre peuple, dont les conditions d’existence se sont en outre sensiblement détériorées au fil du temps et du sabotage de l’économie palestinienne par les israéliens.

Restait, quand même, du moins en théorie, la perspective du démantèlement des “avant postes”, embryons de colonies juives semées un peut partout en Cisjordanie, aux endroits stratégiques pour former des chaînes continues de colonies qui découpent le territoire palestiniens en cantons entre lesquels les communications sont sciemment rendues difficiles pour la population arabe, tandis qu’au fil du temps se tisse un réseau dense de routes modernes strictement réservées aux Juifs. En théorie, ce démantèlement potentiel limitait les perspectives de confiscation du peu de territoire qui reste encore pour un hypothétique futur État palestinien, que toutes les puissances occidentales disent vouloir favoriser sans rien faire pour empêcher Israël de le rendre impossible.

Évidemment, à l’époque, Israël – qui pourtant considère officiellement ces “avant postes” comme illégaux, (ce qui n’empêche nullement qu’ils sont alimentée en électricité et en eau et bien entendu protégés par l’armée d’occupation) – n’avait pas fait cette “concession” sans obtenir une contre-partie de première importance : G.W. Bush avait explicitement approuvé la poursuite des constructions dans les autres “implantations” (in french : les colonies) dont il était déjà pratiquement entendu qu’elles resteraient israéliennes quoi qu’il arrive.

Ainsi donc, non seulement les négociations sur le “statut définitif” étaient repoussée à un avenir lointain, mais très officiellement la politique des faits accomplis territoriaux était cautionnée par le “parrain” américain d’Israël, qui en quelque sorte rééditait en mode mineur (quoique…) le “coup” de la déclaration Balfour,  par laquelle le gouvernement d’un peuple (les Britanniques) avait promis à ceux qu’il tenait pour les représentants d’un autre peuple (le mouvement sioniste) la terre où vivait d’un troisième peuple (les Palestiniens) sans songer un instant à leur demander leur avis.

Or donc, Netanyahou a officiellement annoncé, selon le Jerusalem Post, que cet engagement, pris par Ariel Sharon, de démanteler les “avant-postes” construits après mars 2001 (car bien entendu la promesse, comme toujours quand Israël fait des promesses, n’était pas sans restrictions) ne tient plus.

Et pourquoi donc ?
On pourrait dire que c’est la force de l’habitude.
Il n’y a pas d’exemple, en effet, d’engagements israéliens vis-à-vis de la “communauté internationale” qui aient été loyalement respectés. On peut même dire que l’intention de les respecter n’a jamais existé, dans pratiquement 100% des cas. Ainsi, lors de son admission à l’ONU, en mai 1949, Israël avait pris l’engagement solennel de respecter toutes les résolutions onusiennes. C’était une condition sine qua non de cette admission.

Or, la toute première d’une longue longue longue, très longue, série de résolutions était déjà foulée aux pieds, à savoir le “plan de partage” de novembre 1947, que l’offensive militaire sioniste aboutissant au nettoyage ethnique de la Palestine avait réduit à néant par une guerre de conquête, maquillée comme il se doit en auto-défense.

Depuis lors, la liste n’a cessé de s’allonger des résolutions violées, des engagements souscrits sans aucune intention de s’y tenir et des coups tordus en tous genres. Les suites des calamiteux “accords d’Oslo” en ont offert une saisissante démonstration.

Cette fois encore, le premier ministre israélien a une explication imparable pour justifier son reniement : à la suite de l’arrivée à la Maison Blanche de Barak Obama, celui-ci a exigé un “gel” des implantations.

Netanyahou a donc décrété, de très mauvais gré, un moratoire temporaire (10 mois à partir de fin 2009), partiel (Jérusalem n’est pas concernée, non plus que les constructions d’édifices à usage collectif tels que les synagogues, les écoles, toutes les constructions déjà entamées, etc…) et surtout bidon (en fait, c’est à une accélération des constructions qu’on a assisté. Voir ICI).

Par conséquent, puisqu’il y a soi-disant eu “gel” des implantations – prétend maintenant le gouvernement israélien – la contre-partie du démantèlement des “avant-postes illégaux” * n’a plus de raison d’être.

Selon le Jerusalem Post, “pour Youli Edelstein, ministre de l’Information et de la Diaspora, tout démantèlement sera désormais décidé sur les bases du statut légal des terres concernées, au cas par cas. Les 23 avant-postes en question ont tous été établis sous le mandat d’Ariel Sharon. Pour l’heure, seul le statut de la plus grosse de ces localités, Migron (qui abrite 46 familles), a été déterminé : parce qu’elle a été construite sur des terres privées palestiniennes, elle sera déplacée et réintégrée dans l’implantation ** voisine d’Adam”. Donc toujours en territoire palestinien, la colonie d’Adam s’en trouvant consolidée d’autant.

Mais le sort de ces 23 “avant-postes” n’est en tout état de cause qu’un arbre qui tente de dissimuler une forêt : il y a au minimum 80 autres “avant-postes” plus anciens, toujours officiellement “illégaux” par le gouvernement israélien *, mais dont le démantèlement “n’aurait pas beaucoup de sens pour le moment” selon lui.

Pas plus qu’hier ou avant-hier, et certainement pas plus que demain si la “communauté internationale” ne se décide pas à exercer sur Israël une pression un tant soit peu sérieuse… ou si les effets d’une campagne de boycott qui gagne en puissance de par le monde ne s’y substituent pas.

L.D.


* répétons une fois de plus que cette distinction entre « avant-postes illégaux » et les autres colonies est absurde : en fait ce sont TOUTES les implantations israéliennes en territopire palestiniens qui sont illégales en droit international, et non seulement ces « avant-postes »
** colonie

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