Dans l'actu

Israël recule l’âge de la retraite jusqu’à 80 ans pour son réacteur nucléaire de Dimona

Israël a l’intention de maintenir en fonctionnement son réacteur nucléaire de Dimona, situé dans le Néguev, jusqu’en 2040 au moins. L’installation, qui a été à la base de la création de l’arme nucléaire israélienne, aura alors 80 ans.

Le réacteur de Dimona a été construit avec l’aide de la France à la fin des années 1950, et il est entré en service en 1963. L’installation est basée sur le modèle des réacteurs français, conçus pour produire de l’énergie électrique pendant 40 ans.
Le gouvernement israélien a fait savoir officiellement, il y a quelques jours, en réponse à une question parlementaire, qu’il a l’intention de maintenir le réacteur de Dimona en service jusqu’en 2040 au moins, assurant que les scientifiques ont maintenant accumulé assez de connaissances et d’expérience pour prolonger la durée de “vie” du réacteur jusqu’au double de ce qui était au départ considéré comme raisonnable.

En fait le gouvernement israélien n’a prévu aucune date de fermeture du réacteur de Dimona, le Ministre responsable des relations avec le gouvernement a seulement indiqué qu’il souhaite maintenir l’installation en fonctionnement “aussi longtemps que possible”.

Le quotidien Haaretz note, sous la plume de Chaim Levinson, que deux réacteurs français construits à la même époque que celui de Dimona ont été fermés dans les années 1980, et que le plus ancien des réacteurs nucléaires actuellement en service en France a été construit en 1977. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) trois réacteurs construits dans les années 1970 ont été fermés au cours de l’année écoulée (en Suède, en Corée du Sud et en Espagne).

En avril 2016, Haaretz avait signalé qu’un examen de la cuve du réacteur de Dimona aux ultrasons avait mis en évidence 1.537 défauts dans la structure de la matière. Le gouvernement a cependant estimé que la présentation de ce rapport dans la presse fut “trompeuse”, et qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

Quant à la durée d’exploitation du réacteur, le gouvernement israélien estime que si elle avait été fixée à 40 ans initialement, c’est arbitrairement, parce qu’on ne disposait à l’époque d’aucune expérience dans l’exploitation à long terme de ce genre d’installations (puisqu’elle n’existaient pas). “Il existe actuellement dans le monde des centrales nucléaires qui ont une autorisation d’exploitation pour 60 ans, et il est probable qu’elle sera étendue à 80 ans, après des inspections techniques méticuleuses.

L’ancien député Uzi Even (Meretz), professeur émérite de chimie physique à l’Université de Tel Aviv et l’un des fondateurs du réacteur Dimona, a déclaré à Haaretz que le travail de la commission chargée de superviser la sûreté du réacteur n’est pas transparent. Prolonger la durée de vie du réacteur nécessiterait un investissement important de ressources et d’argent 1, y compris le remplacement du matériel vieillissant, a-t-il ajouté. Même si le gouvernement dit vrai lorsqu’il affirme que le réacteur israélien produit beaucoup moins d’énergie que les centrales nucléaires comparables dans le monde, la densité de puissance est élevée, semblable à une centrale nucléaire – et peut-être même supérieure, parce que le réacteur Dimona est plus petit. “En conséquence, les dommages cumulatifs causés par les rayonnements au réacteur sont sévères, comme dans les centrales électriques, voire plus, et il n’y a donc aucune raison de prétendre que le réacteur est plus sûr des dommages causés par les rayonnements dans d’autres centrales”, explique-t-il.

Le réacteur Dimona est le plus ancien de ce type dans le monde”, a ajouté Le Pr Even. “Il a fonctionné depuis 1963 – près de 55 ans. Plus de 150 réacteurs de son âge, ou plus jeunes, ont déjà été fermés dans le monde en raison de craintes de sécurité ou d’accidents dans leur fonctionnement. Le ministre connaît-il ces faits ? ».

À lire sur le même sujet :

Print Friendly, PDF & Email

Notes   [ + ]

1. En Belgique, le producteur Engie Electrabel souligne sur son site web que “parmi les 438 réacteurs en exploitation dans le monde, 63 ont atteint l’âge de 40 ans ou plus. C’est notamment le cas de la centrale de Borssele aux Pays-Bas, de Beznau en Suisse, de Ringhals en Suède et de plus de trente centrales nucléaires aux États-Unis. Dans le monde, la durée d’exploitation de centrales nucléaires a été prolongée jusqu’à soixante ans.” Mais il met aussi en évidence, pour ce qui est de ses propres réacteurs, que “de très gros travaux et investissements sont réalisés dans le cadre de la prolongation de l’exploitation : le remplacement de plusieurs transformateurs, le remplacement des systèmes de commande et une rénovation en profondeur des turbines par exemple. Au total, ces travaux représentent environ 1,3 milliard d’investissements conjoints pour les centrales de Doel et Tihange. Cependant, même à l’issue des projets réalisés dans le cadre de la prolongation de l’exploitation des centrales, leur gestion continuera à exiger un suivi permanent et un entretien irréprochable des installations…” – NDLR