Dans l'actu

Israël punit l’Autorité palestinienne après son rapprochement avec le Hamas

Israël suspend le transfert de 60 millions d’euros à l’Autorité palestinienne alors que le président Mahmoud Abbas doit sceller au Caire la réconciliation avec le Hamas qui contrôle Gaza.

La décision prise, dimanche 1er mai, par les autorités israéliennes de suspendre un transfert de fonds à l’Autorité palestinienne, illustre la stratégie à hauts risques dans laquelle s’est engagé son président, Mahmoud Abbas. Pour Israël, il s’agit d’une mesure de représailles après l’annonce d’un accord de réconciliation entre le Fatah, principal parti de l’Autorité palestinienne, et le Mouvement de la résistance islamique (Hamas).

M. Abbas doit retrouver mercredi, au Caire, Khaled Mechaal, chef de la branche politique du Hamas, pour entériner officiellement cet accord, et il ne fait pas de doute que lorsque celui-ci commencera à être appliqué, Israël accentuera ses pressions.  » Il s’agit d’un premier avertissement, confirme un responsable israélien, il y aura d’autres mesures. « 

La décision israélienne concerne une somme de 300 millions de shekels (59,8 millions d’Euros), correspondant aux taxes et aux droits de douane prélevés par l’État juif sur les marchandises transitant par ses ports et aéroports, et qui sont en principe reversés à l’Autorité palestinienne. Ces fonds atteignent chaque année entre 3,5 et 5 milliards de shekels (698 à 997 millions d’Euros), ce qui représente près des deux tiers du budget annuel palestinien.

 » Il n’est pas question pour nous qu’une caisse commune – palestinienne – puisse financer les activités terroristes du Hamas « , a commenté le ministre des finances israélien, Yuval Steinitz, donnant ainsi un aperçu de l’offensive diplomatique lancée par Israël. Celle-ci vise, dans un premier temps, à décrédibiliser Mahmoud Abbas, afin de miner son objectif à plus long terme, qui est d’obtenir la reconnaissance d’un État palestinien, en septembre, par l’Assemblée générale des Nations unies.

M. Abbas a-t-il fait le calcul que ses chances d’obtenir un consensus aussi large que possible à l’ONU seront accrues, dès lors que le mouvement palestinien sera en mesure d’afficher son unité ? Une telle dynamique peut-elle supplanter celle qui, a contrario, verra l’Autorité palestinienne s’aliéner de précieux soutiens au sein de la communauté internationale, en raison de son alliance avec un mouvement que les États-Unis et l’Union européenne continuent de qualifier de  » terroriste «  ? C’est tout le pari du président de l’Autorité palestinienne.

Les responsables israéliens n’écartent pas la possibilité que M. Abbas ait été pris de court : après avoir longtemps refusé d’approuver le document préparé par le gouvernement égyptien et signé par le Fatah en octobre 2009, le Hamas s’est brusquement ravisé.  » Les Égyptiens ont mis Mahmoud Abbas devant un fait accompli : il n’avait pas d’échappatoire, souligne un diplomate israélien, mais cela n’assure pas la longévité de cet accord. Le Hamas et le Fatah ont tous deux de bonnes raisons de le torpiller dans les semaines ou les mois qui viennent. « 

 Le choix de la direction palestinienne a pour conséquence de mettre un terme, peut-être provisoire, à la stratégie des négociations avec Israël, considérée à Washington comme la seule voie acceptable pour mener à la création d’un État palestinien. Bien qu’il ait pris le risque de s’opposer à l’administration et au Congrès américains – quitte à voir le second amputer tout ou partie de l’aide annuelle américaine de quelque 400 millions de dollars (270 millions d’Euros) à l’Autorité palestinienne –, Mahmoud Abbas tente de rassurer Washington, et l’ensemble de la communauté internationale.

Il le fait en soulignant qu’il nommera personnellement le premier ministre et les ministres du futur gouvernement intérimaire associant le Fatah et le Hamas, et qu’il reste le seul responsable des  » questions diplomatiques « , autrement dit des négociations avec Israël. Les tâches du gouvernement intérimaire, a-t-il insisté, seront limitées à la préparation des élections parlementaires et présidentielle palestiniennes, et à la reconstruction de la bande de Gaza.

Ce qui ne suffit pas à convaincre le gouvernement israélien :  » Tout cela prouve que les Palestiniens ne sont pas mûrs pour un État. Si le Hamas intégrait un système gouvernemental palestinien, il le noyauterait rapidement « , insiste-t-on au ministère des affaires étrangère israélien, où l’on souligne que le Hamas, comme pour compliquer la tâche de M. Abbas, s’est empressé de réaffirmer que l’existence d’Israël sur la terre de Palestine est  » illégitime « .

A court terme, Benyamin Nétanyahou voit une retombée positive dans l’accord de réconciliation interpalestinien, puisque celui-ci va le libérer des pressions diplomatiques qu’il s’attendait à subir lors de son déplacement à Washington, à la fin du mois de mai. Le président Barack Obama est désormais placé dans une position difficile pour demander au premier ministre israélien de faire des concessions en faveur d’un président de l’Autorité palestinienne allié à Khaled Mechaal, que la majorité des membres du Congrès associent peu ou prou à Al-Qaida.

Laurent Zecchini
Le Monde du 04/05/11

Print Friendly, PDF & Email