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Israël libère Mustapha Awad pour le remettre aussitôt en prison, en toute illégalité

Dans le quotidien israélien Haaretz de ce 4 mars, l’estimable journaliste Amira Hass a évoqué le sort du citoyen belge Mustapha Awad, prisonnier politique en Israël depuis le 19 juillet dernier.
Elle met en évidence  que Mustapha Awad n’a été accusé d’aucun délit commis en Israël, “d’aucune infraction impliquant des armes” et que le tribunal “a même noté que son entrée en Israël et en Cisjordanie n’était pas liée au terrorisme”. Qui plus est, les conditions dans lesquelles sa libération a été annulée sont irrégulières en regard de la loi lisraélienne…

Un Belgo-Palestinien emprisonné est renvoyé
dans une prison israélienne quelques heures
avant son retour chez lui

Mustafa Awad, emprisonné pour des infractions de sécurité non-violentes commises à l’étranger, avait obtenu une libération anticipée, puis le Shin Bet est intervenu

Un citoyen belge libéré d’une courte peine d’emprisonnement en Israël, conformément à la procédure de libération anticipée, a été renvoyé en prison sur ordre du service de sécurité du Shin Bet, quelques heures à peine avant de monter dans l’avion pour rentrer en Belgique.

Mustafa Awad, 37 ans, a été libéré de la prison de Gilboa lundi dernier, le 25 février, par décision de l’unité du service pénitentiaire israélien pour la libération des prisonniers purgeant une peine de prison de courte durée, à qui un officiel du service israélien des prison (IPS) avait notifié que “il n’existe pas de renseignements négatifs à son propos”.

Awad a donc été extrait de sa prison et placé en détention à l’extérieur de la prison car depuis l’instant de sa libération il a été considéré comme un étranger en situation irrégulière. En coordination avec le consulat de Belgique, il devait être envoyé par avion en Belgique le soir même, mais le Shin Bet est intervenu et a demandé un réexamen de la décision. Une semaine après la première décision [de libération], l’unité de libération des prisonniers a donc de nouveau débattu de sa libération anticipée, mais cette fois l’a refusée.

L’avocate d’Awad, Leah Tsemel, a déclaré que l’annulation de la libération était illégale, car la loi dispose que seul un représentant du procureur général peut demander le réexamen de la décision de libération, et que cela doit être fait avant la libération du prisonnier et non après. Elle a présenté une requête administrative urgente en annulation de la deuxième décision de l’unité de libération des prisonniers.

Awad, qui est le fils d’une famille de réfugiés d’Acre, né au Liban et devenu citoyen belge, a été arrêté au pont Allenby 1 en juillet dernier alors qu’il cherchait à entrer dans le pays. Inculpé d’appartenance à une organisation terroriste,  d’entraînement militaire interdit et d’avoir transféré des fonds à des activistes du Front populaire de libération de la Palestine, il a été reconnu coupable et condamné à un an de prison.

Toutes ses activités s’étaient déroulées à l’étranger et comprenaient des rencontres avec des sympathisants du Front populaire en Belgique et des études sur des sujets tels que le marxisme, l’histoire de la Palestine et les danses dabkeh. À Beyrouth, il a suivi une formation de trois jours sur les techniques de surveillance, les méthodes pour échapper à la surveillance et la rédaction de rapports. Il n’a été inculpé d’aucune infraction impliquant des armes et le tribunal a même noté que son entrée en Israël et en Cisjordanie n’était pas liée au terrorisme.

Le Shin Bet a déclaré à Haaretz que le prisonnier n’avait été libéré à aucun moment et que la procédure s’était déroulée conformément à la loi.

«La position du Shin Bet n’a pas changé. La libération anticipée du prisonnier, qui purgeait une peine de prison pour des infractions graves  en matière de sécurité, pourrait mettre en danger la sécurité de l’État et la sécurité publique, même s’il était maintenu hors d’Israël. En raison d’une erreur dans le processus pénitentiaire, le comité de libération n’a pas reçu l’avis du Shin Bet sur la sécurité. Lorsque cette affaire a été portée à leur connai­ssance, les parties ont rapidement procédé à l’évaluation de la sécurité qui s’imposait », a déclaré le bureau du porte-parole.

Les porte-parole du service pénitentiaire israélien (IPS) n’ont pas répondu à la question de Haaretz sur l’écart entre la loi et la manière dont la décision de l’unité avait été inversée. Le service pénitentiaire a envoyé à Haaretz le texte de la deuxième décision, qui indique que la première décision de libération anticipée a été prise sans l’avis des agences de sécurité. C’est pourquoi elle a décidé de ne le libérer que s’il était expulsé d’Israël.

[L’avocate Léah] Tsemel, en réponse, a fait savoir à Haaretz qu’alors que l’unité affirmait que sa libération était conditionnée à son départ d’Israël, cela signifiait qu’il ne pouvait pas être laissé librement errer en Israël, raison pour laquelle il avait été immédiatement placé sous la garde du ministère de l’Intérieur et devait être embarqué dans un avion après que tous les arrangements aient été pris avec le consulat de Belgique et qu’Awad ait signé ses papiers de libération.


Traduction : Luc Delval

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Notes   [ + ]

1. A la frontière entre la Jordanie et les territoires contrôlés par l’armée israélienne – NDLR

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