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Israël : le racisme d’État dans votre assiette

Il aura fallu pour cela rien moins qu’une décision de la Commission de l’économie du parlement israélien : pour la première fois, des agriculteurs non-juifs (Arabes, Druzes et Circassiens) seront cette année éligibles à l’allocation de quotas de production et de vente d’œufs, « dans les villes arabes et des autres minorités« .

Aux termes de la règlementation israélienne, ne peut vendre des œufs en Israël que l’exploitant qui en a reçu l’autorisation du gouvernement assortie d’un quota. A des fins de contrôle, le fermier doit ensuite mettre son timbre humide sur chaque pièce de sa production. L’acheteur est de son côté tenu de vérifier que le producteur a bien l’autorisation requise pour procéder à la vente.

Sur une production totale de 1,9 milliard d’œufs en 2011, 6 millions sont donc réservés aux « minorités », au prorata de leurs poids démographiques respectifs.

Celles-ci disposeront de quotas représentant donc 0,3% de la production globale, alors qu’elles totalisent quelque 20% de la population. Qui plus est, la Knesset a décidé que 10% du total des nouveaux quotas iraient aux familles ayant perdu l’un des leurs à la guerre ou dans des « attaques terroristes ».

Officiellement, le système de contrôle du marché de l’œuf est justifié par le fait que les œufs ne seraient pas une production à but lucratif, mais « un service public« .

Dans les faits, grâce à ce système, les producteurs juifs bénéficient non seulement d’un monopole que la récente décision entame à peine mais en outre ils sont subventionnés par l’État : ceux qui sont établis dans des zones proches de « frontières » (les guillements s’imposent puisqu’Israël n’a jamais accepté de fixer celles-ci, et a tendance au fil du temps, comme chacun sait, à les repousser toujours plus loin) reçoivent ainsi environ 0,01 € par œuf produit.

Mais les coquetiers sont un moyen comme un autre pour les sionistes d’affirmer en quelque sorte « le caractère juif de l’Etat« , toutes les précautions étant prises pour que les consommateurs juifs ne puissent consommer des œufs sortis du cul d’une poule « arabe » ou « druze »…

En effet, comme l’écrivait dès 1975 Israël Shahak, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem,  dans « Le Racisme de l’État d’Israël » : « Non seulement il n’existe pas d’Israéliens en Israël, mais les animaux et les plantes elles-mêmes sont divisés en juifs et non-juifs. Officiellement, l’État d’Israël recense et classifie les vaches et les moutons, les tomates ou le blé en produits “juifs” et “non-juifs”. » [1]

Tout comme le récent « assouplissement » du blocus de Gaza n’est rien de plus que la réaffirmation de sa permanence [2],  l’octroi d’un quota ridicule de production d’œufs à des fermiers non-juifs consacre en fait une politique fondamentalement raciste. Autrement dit : conforme à l’idéologie sioniste.


[1] cité par Alain Gresh.
[2] puisqu’il contribue à le rendre plus acceptable aux yeux d’une « communauté internationale » qui ne condamne jamais que les « excès » d’Israël dans l’usage de la violence sous toutes ses formes pour mieux l’avaliser sans le dire explicitement dans son principe.

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