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Israël : la crise frappe durement les marchands de canons

Asa Winstanley

Le mois dernier, quatre présidents-directeurs généraux de quatre grandes sociétés d’armement israéliennes ont adressé un écrit à leur gouvernement pour l’avertir d’une « crise majeure » qui frappe l’industrie des armes du pays. La valeur des exportations est en train de chuter d’au moins $1 milliard de dollars par an.

La technologie des armes israéliennes est « testée au combat » sur les Palestiniens qui luttent pour leur liberté – Photo : ActiveStills/Yotam Ronen}

Dans leur lettre au premier ministre Netanyahu, les chefs d’entreprises ont mis en garde contre la baisse des « exportations militaires, de $7.5 milliards en 2012 à $6.5 milliards en 2013 et ensuite $5.5 milliards en 2014. Cette année, les exportations sont estimées à un total de $4.5 milliards. »

Cela signifie que d’ici à la fin de l’année en cours, la baisse qui a touché les exportations durant les trois dernières années pourrait s’élever jusqu’à $3.5 milliards.

Qu’est-ce qui explique cette situation critique ?

Les PDG mettent cela sur le compte d’une mauvaise économie et d’une récession mondiale généralisée des dépenses de défense sur les industries extérieures : « les marchés du secteur de la défense connaissent un ralentissement. Les pays achètent moins d’armes et ceux qui continuent de s’en procurer demandent à ce que les installations de production et de développement soient délocalisées à l’intérieur de leurs frontières ; et cette situation nous met face à un sérieux dilemme. »

Toutefois, Michael Deas du Comité National BDS, en l’occurrence la coalition des groupes représentant la société civile Palestinienne qui dirige et promeut le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions, a récemment affirmé que l’une des raisons qui ont conduit au déclin des ventes à l’exportation peut être attribuée aux militants solidaires de la cause palestinienne qui ont depuis longtemps réclamé, dans leurs pays respectifs, la fin des exportations militaires vers Israël.

Il a écrit : « Le mouvement BDS est en train de remettre en question la coopération militaire internationale avec Israël. Compte tenu des plaintes au sujet de la baisse des ventes des exportateurs israéliens, il n’est peut-être plus exagéré de dire que désormais la campagne BDS et l’évolution de l’attitude du public font qu’il est plus difficile pour Israël d’exporter les armes qu’il teste sur les Palestiniens. »

Des activistes BDS occupent une usine d’Elbit à Kent en Grande-Bretagne le 17 février 2015

Le Comité National BDS (CNB) a dressé une liste des succès obtenus par les campagnes mondiales appelant à imposer un embargo sur les ventes d’armes à destination d’Israël. Plus d’une dizaine de banques se sont retirées d’Elbit, une grande entreprise israélienne de défense. En 2014, et en raison des protestations, le gouvernement régional de l’état Rio Grande do Sul, au Brésil, a mis fin à un projet de collaboration de grande envergure en matière de recherche avec Elbit Systems.

Les gouvernements de Norvège et de Turquie ont annoncé des formes d’embargo militaire sur Israël. En Grande-Bretagne, le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn du parti travailliste et qui est considéré comme un fervent militant pour les droits des Palestiniens, soutient pour sa part un embargo bilatéral sur les armes et a déclaré que ce serait son action envers Israël s’il venait à être élu premier ministre de son pays.

Mais il y a encore un long chemin à parcourir

Parce qu’Israël possède toujours une industrie d’armement très importante et rentable, même si les gains notent une tendance à la baisse. En 2014, Israël était classé le huitième plus grand exportateur d’armes dans le monde, ce qui est énorme comparé à la petite superficie de cet État.

Pour commercialiser ses armes, Israël utilise le label « testé sur le terrain » ce qui signifie que les tests ont été conduits sur les cobayes humains, à savoir les Palestiniens, ou bien d’autres Arabes tout au long des différentes guerre israéliennes d’occupation et des violations en matière des droits de l’homme.

Il s’agit donc d’un des atouts avec lesquels ils attirent les gouvernements des quatre coins du monde et qui manquent d’éthique, afin qu’ils achètent leurs armes des compagnies israéliennes : leurs armes se sont avérées très efficaces pour tuer des civils, ce qui constitue un investissement attractif pour les criminels de guerres et les tortionnaires à travers le monde.

En effet, le palmarès israélien est bien rempli et l’Histoire retiendra son aide et sa complicité avec les plus grands régimes de répression à travers l’histoire : que ce soit dans la région ou dans le reste du monde, à l’instar du Chah d’Iran, l’ère de l’apartheid en Afrique du Sud et les anciennes dictatures d’Amérique Latine.

En dépit de l’annonce faite cette semaine par l’Union Européenne, disant qu’il a été décidé d’interdire la mention « Fabriqué en Israël » sur tous les produits en provenance des colonies illégales construites sur la terre de la Palestine et de la Syrie (les étiquettes doivent désormais désigner « colonies israéliennes »), les liens qui unissent les gouvernements européens et Israël restent en réalité très solides.

Il suffit d’en juger par l’exemple du gouvernement français qui interdit formellement tout type d’appel pour le boycott d’Israël.

Et ce sont justement ces campagnes militantes contre les firmes d’armements israéliennes qui ont contribué plus que jamais à faire une mauvaise publicité pour Israël, ce qui a mené à cette crise.

Mais il faut dire que sont les actes mêmes d’Israël qui lui ont valu toute cette mauvaise publicité : ses crimes de guerre comme l’offensive lancée contre Gaza l’an dernier, et son occupation illégale, durable et brutale imposée aux Palestiniens ont poussé de plus en plus de gens du grand public à se sentir davantage indignés et révoltés des violations commises par Israël à l’encontre du peuple palestinien.

Le moment est opportun pour imposer à Israël un embargo total sur les armes. C’est vraiment le moins que les gouvernements puissent faire : ne pas prendre part ni contribuer aux crimes de guerre commis par Israël.


Publié le 26 novembre 2015 sur InfoPalestine

asa winstanleyAsa Winstanley est un journaliste freelance installé à Londres et qui a vécu en Palestine occupée, où il a réalisé des reportages. Son premier ouvrage : Corporate Complicity in Israel’s Occupation (La complicité des sociétés dans l’occupation israélienne) a été publié chez Pluto Press. Sa rubrique Palestine is Still the Issue (La Palestine constitue toujours la question) est publiée chaque mois. Son site Internet est le suivant : www.winstanleys.org

Articles d’Asa Winstanley ou parlant de lui, publiés sur ce site

 

 

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