L'actu

Israël interdit l’entrée à Hugh Lanning, président de l’ONG britannique “Palestine Solidarity Campaign”

Le Président de l’ONG britannique “Palestine Solidarity Campaign” (PSC), Hugh Lanning, n’est pas autorisé à entrer dans les territoires contrôlés par Israël, ont fait savoir le “Ministre des Affaires stratégiques” et l’“Autorité de la Population et de l’Immigration” (les Théo Francken locaux). Ils justifient cette interdiction par “ses efforts persistants pour développer un boycott d’Israël

Hugh Lanning, lors d’une manifestation contre l’agression israélienne contre la population de Gaza en 2014

Suis-je trop dangereux pour entrer en Israël ?

Hugh Lanning devait être renvoyé vers la Grande-Bretagne par avion lundi matin, après s’être vu refuser le passage de la frontière à l’aéroport de Tel Aviv.

Les autorités israélienne proclament que l’organisation qu’il dirige exerce un rôle important dans “les efforts de délégitimation d’Israël en Grande-Bretagne, et est l’une des plus importantes en Europe”. Elle affirment que PSC coopère “avec d’autres organisation de délégitimation pour promouvoir le boycott [d’Israël] et d’autres activités hostiles à l’État d’Israël”. Certains membres de PSC se trouvaient à bord du Mavi Marmara, le navire battant pavillon turc arraisonné en haute mer par les pirates à la solde d’Israël (faisant neuf morts et 28 blessés, tous des civils sans armes) le 31 mai 2010.

Quant à Arye Dery, le Ministre de l’Intérieur qui a autorité sur l’Autorité de l’Immigration, il a ajouté que cette décision “envoie un message non équivoque aux militant pro-boycott”.

Qui plus est, le gouvernement israélien affirme que Lanning “entretient des liens avec la direction du Hamas à Gaza”. Lors d’une visite à Gaza en 2012 il avait semble-t-il rencontré Ismail Haniyeh.

Gilad Erdan, le Ministre israélien des “Affaires stratégiques” a déclaré que “ceux qui agissent contre Israël doivent comprendre que la réalité change. Aucun pays sain d’esprit ne laisserait entrer les principaux activistes qui appellent à le boycotter et travaillent dans le but de l’isoler”.

Le gouvernement israélien organise
le boycott par les universitaires juifs étatsuniens

Cette dernière affirmation ne manque pas de sel, alors qu’il apparaît que c’est le pouvoir israélien qui organise le plus magistralement, et avec une remarquable obstination, l’isolement international du pays… et notamment une formé inattendue d’auto-boycott académique !

En témoigne la proclamation adoptée à New York – citée par le quotidien Haaretz – dans laquelle “des douzaines de chercheurs et d’intellectuels juifs s’inquiètent de ne plus être en mesure de se rendre en Israël désormais” à cause de la nouvelle loi interdisant l’entrée des “territoires contrôlés par Israël” aux partisans du boycott.

A ce jour “plus d’une centaine” de chercheurs universitaires et d’intellectuels ont signé une lettre dans laquelle ils menacent de s’abstenir de se rendre encore en Israël afin de protester contre cette nouvelle loi. “Certains d’entre nous sont opposés à BDS”, dit ce texte, “mais ils soutiennent le boycott des colonies”.

«En dépit de nos divergences de vues, nous sommes fermement opposés à la nouvelle loi. Elle sera néfaste pour Israël, néfaste pour la démocratie et néfaste pour les principes de la liberté d’expression et de pensée, sur lesquelles est basée notre formation. Nous espérons que le pouvoir judiciaires israélien annulera la loi et garantira que notre discours politique ne nous interdira pas de poursuivre nos riches interactions avec nos collègues israéliens dans le cadre de nos travaux dans le domaine des “Jewish studies”. Si cette loi est maintenue, elle pourrait ne plus nous permettre, ou nous ne nous permettrons plus à nous-mêmes, d’entrer en Israël».

Un des initiateurs de cette prise de position d’universitaires juifs étatsuniens, David Biale, professeur d’Histoire juive à l’Université de Californie,  a déclaré à Haaretz : “Ils veulent nous pousser à boycotter Israël, c’est une étape très importante”. Beaucoup de ceux qui, aux États-Unis, ont critique la campagne BDS dans le passé considèrent que la nouvelle loi israélienne les pousse à se rapprocher de ce mouvement, car ils supportent mal la limitation qu’elle impose à leur liberté d’expression.

Michaël Walzer, co-éditeur du magazine “Dissent” et professeur àl’Institu des Hautes études, a été depuis des années une des plus connus des pourfendeurs de BDS sur les campus, où il plaidait pour un boycott “plus ciblé”. Il affirme aujourd’hui que la politique du gouvernement israélien renforce BDS.

Je peux vous assurer que cette loi va solidement aider le mouvement BDS à se développer, les gens qui sont critiques à la fois à l’égard du gouvernement [israélien] et de BDS vont penser que le gouvernement a peur, et que donc c’est la preuve de l’efficacité de BDS. Il y a donc des gens qui vont se rapprocher de BDS. J’ai déjà reçu des emails de gens qui disent qu’ils étaient jusqu’à présent aussi critiques vis-à-vis de BDS que du gouvernement, qui m’écrivent qu’au point où on en est ils pourraient très bien rejoindre BDS”.

Walzer affirme aussi que lui-même se demande s’il se rendra en Israël l’été prochain comme chaque année depuis le le début des années 1970, car ils se demande si les autorités le laisseront entrer, vu qu’il a signé un appel au boycott des marchandises provenant des colonies juives de Cisjordanie, tout en s’opposant à BDS.

Il se dit aussi inquiet à propos de la liberté d’expression : les prochains qui seront visés pourraient bien être les Israéliens eux-mêmes, craint-il.

 

Print Friendly