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Israël multiplie ses forages pétroliers dans le Golan

Israël progresse dans ses plans de forages pétroliers dans les hauteurs du Golan occupées et ce, malgré les mises en garde selon lesquelles, ce faisant, il enfreint les lois internationales.

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En septembre 2015, l’Afek a annoncé qu’elle avait découvert son premier gisement sur l’un des sites où elle venait d’effectuer des forages.

Le mois dernier, la société a reçu le feu vert des autorités israéliennes pour effectuer d’autres forages encore dans le Golan.

En réponse, le groupement en faveur des droits juridiques palestiniens, Adalah, et le Centre arabe des droits de l’homme dans les hauteurs du Golan, Al-Marsad, ont adressé un courrier à Yuval Steinitz, le ministre israélien de l’Infrastructure, exigeant que les autorisations de forage soient retirées.

Dans leur lettre, les avocates Suhad Bishara et Karama Abu Saleh ont rappelé à Steinitz que les lois internationales requièrent que les résidents du Golan soient en mesure d’exercer un contrôle sur les ressources du sous-sol et d’en tirer profit eux-mêmes.

La population a été expulsée

En 1967, Israël occupait les hauteurs syriennes du Golan, chassant la majeure partie de la population syrienne.

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1967 : des réfugiés syriens du Golan en route vers Damas

Environ 130 000 Syriens étaient chassés et la plupart des 200 villages du Golan étaient détruits, selon une enquête menée en 2010 par le quotidien de Tel-Aviv Haaretz.

Aujourd’hui, 22 000 Syriens faisant partie de la communauté druze minoritaire sont restés sur place, parmi un nombre similaire de colons juifs. Les colons se répartissent en une trentaine de colonies, toutes illégales si l’on en réfère aux lois internationales.

En 1981, Israël annexait officiellement le territoire mais les gouvernements du monde entier, y compris les États-Unis, considèrent cette annexion comme nulle et non avenue.

En 2006, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait une résolution réaffirmant ce qu’elle appelait les « droits inaliénables » de la population arabe du Golan concernant ses ressources naturelles.

D’après la lettre de Bishara et Abu Saleh, Israël « n’a pas le droit d’altérer, de transférer ou de confisquer des biens immobiliers », pas plus que celui de piller les ressources du Golan.

Les Conventions de La Haye, de 1907, une pierre angulaire du droit international, stipulent qu’une puissance occupante doit « sauvegarder le capital de ces propriétés ». Voler les ressources naturelles d’un territoire occupé constitue en fait un crime de pillage.

Mais, en décembre 2011, la Cour suprême israélienne a décrété que l’occupation israélienne était unique en son genre et qu’elle n’était pas liée par les lois contre le pillage.

En effet, Israël a déjà fait un usage très bénéficiaire des ressources agricoles et hydrographiques du Golan.

Comme l’écrivait récemment le journaliste Jonathan Cook, la société qui se trouve derrière ces opérations de forage peut avoir ses propres motivations idéologiques à propos de cette exploitation du pétrole.

« Les profondeurs des ténèbres »

Le président de l’Afek n’est autre qu’Effie Eitam, homme politique de l’extrême droite et général d’armée, ainsi que colon israélien dans le Golan.

Le président de l’Afek, Effie Eitam, a ordonné des tabasages à mort de Palestiniens et a exprimé son désir de les voir mourir. (Photo : Juda S. Engelmayer)

Dans le passé, Eitam avait ordonné des tabassages de Palestiniens, et certains en étaient morts. Il s’est également livré à toute une série de commentaires racistes, expliquant à Jeffrey Goldberg, du New Yorker, que les Palestiniens étaient « des créatures venues des profondeurs des ténèbres ».

« Nous allons devoir les tuer tous », avait-il dit. À l’époque, en 2004, Eitam était le ministre israélien du Logement.

Parmi les membres du bureau de consultance stratégique de la maison mère de l’Afek, on trouve Dick Cheney, l’ancien vice-président des États-Unis, le magnat de la presse Rupert Murdoch et Larry Summers, ancien secrétaire américain du Trésor.

L’an dernier, on a assisté à une tentative israélienne d’intensifier son emprise sur les hauteurs du Golan, pendant que la Syrie était ravagée par la guerre et par des bains de sang.

Israël a offert des incitatifs financiers importants à ses citoyens juifs pour qu’ils s’installent dans le Golan et ses hommes politiques ont cherché d’obtenir une reconnaissance mondiale de l’annexion du territoire occupé.

Golan_Heights_MapLors d’une rencontre entre Benjamin Netanyahou, la Premier ministre israélien, et Barack Obama, le président des États-Unis, en novembre dernier, Netanyahou a suggéré, dit-on, que les États-Unis modifient leur position quant au statut des hauteurs du Golan, compte tenu de la guerre civile en Syrie.

Selon des rapports dans les médias, Netanyahou a prétendu que, du fait que la Syrie est susceptible d’être divisée à l’avenir, l’autorité d‘Israël sur le Golan devrait être reconnue comme légitime.

L’été dernier, le ministre de l’Éducation israélien Naftali Bennett, qui dirige le parti d’extrême droite Habeyit Hayehudi (Foyer juif), a invité instamment « le monde entier » à « reconnaître la souveraineté israélienne sur les hauteurs du Golan ».

Depuis 2011, le président Bashar al-Assad défend son pouvoir contre les factions rebelles, y compris l’État islamique et nombre de filiales d’al-Qaida.

Israël a aidé l’opposition à Assad en attaquant des zones sous le contrôle de son armée et en fournissant de l’assistance aux forces de l’opposition syrienne, y compris à Jabhat al-Nusra, une branche d’al-Qaida.


Publié le 8 mars 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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