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Israël finance les infrastructures des colonies avec les cotisations sociales indûment retenues sur les salaires des Palestiniens

Au cours des quatre dernières décennies, Israël a spolié les Palestiniens travaillant en Israël de plus de 2 milliards de dollars US en déduisant de leur salaire des cotisations pour des prestations sociales auxquelles ils n’ont jamais droit et des cotisations syndicales au bénéfice de la Histadrout, organisation pseudo-syndicale qui ne les défend en aucun cas. C’est ce que révèle un rapport d’économistes israéliens publié cette semaine.

Un nouveau rapport intitulé “State Robbery” (« Cambriolage d’État »), dit que le “vol” a continué même après que l’Autorité palestinienne ait été établie en 1994 et que des accords aient été conclus pour qu’une partie de l’argent soit transféré à un fonds spécial au bénéfice des travailleurs palestiniens.

Selon des informations fournies par les responsables israéliens, la plupart des déductions sur la paie des travailleurs ont été “investis dans des projets d’infrastructure dans les territoires palestiniens” – ce qui désigne semble-t-il, dans la langue orwellienne adoptée par l’administration israélienne, … les subventions publiques massives accordées aux colonies de peuplement juives.

C’est un cas évident de vol de travailleurs palestiniens sur une grande échelle”, a déclaré Shir Hever, un économiste basé à Jérusalem et l’un des auteurs du rapport. “Il n’y a pas de raisons pour de retarder la restitution de cet argent, soit pour les travailleurs ou leurs ayants droit”, dit-il.

Près de 50.000 Palestiniens de Cisjordanie travaillent à nouveau en Israël – à la suite de l’assouplissement des restrictions à entrer en Israël en vertu de la «paix économique» promise par Benjamin Netanyahu – et continuent d’avoir de telles contributions prélevées sur leur salaire.

La centrale syndicale (?) officielle israélienne Histadrout, impose aussi aux travailleurs palestiniens depuis 1970 une cotisation mensuelle prélevée à la source, alors même qu’ils n’ont pas droit à l’adhésion au “syndicat” et ne sont pas défendus par la Histadrut dans les conflits du travail.

La centrale syndicale israélienne devait, selon des accord conclus en 2008, transférer des montants considérables aux syndicats palestiniens de la centrale PGFTU, mais seule une très petite partie (environ 20%) de ces sommes ont effectivement été versés.

Dans les années ’90, la Histadrout a, selon M. Shir Hever, poussé le cynisme jusqu’à imposer aux travailleurs palestiniens occupés dans l’industrie de la construction de verser une cotisation supplémentaire de 2% pour promouvoir la formation des nouveaux immigrants juifs, la plupart venant de l’ex-Union soviétique. M. Hever dit qu’ainsi, les ouvriers palestiniens ont été tenus de “subventionner la formation des travailleurs censés les remplacer”. Les fonds toutefois n’ont jamais été utilisés aux fins prévues officiellement, mais principalement sous forme de subventions aux familles de travailleurs israéliens.

Une partie de l’argent en question a aussi été dépensé pour acquérir des poêles portatifs pour les soldats ayant participé à l’opération “Plomb durci” contre Gaza, en décembre 2008 – janvier 2009. L’argent volé aux travailleurs palestinien via le syndicat israélien a donc servi à équiper les assassins de leurs frères à Gaza !

En règle générale, les retenues sur salaire qui sont censées couvrir les paiements pour la pension, les allocations de chômage, l’assurance-invalidité, les allocations familiales, des fonds de pension, les congés payés et les indemnités de maladie représentent environ 20% du salaire. Dans la pratique, toutefois, les travailleurs n’ont droit qu’aux prestations d’invalidité en cas d’accidents du travail et sont assurés contre la perte de leur travail si leur employeur fait faillite.

Selon le rapport, rédigé par deux groupes de droits de l’homme, l’Alternative Information Centre (de Michel Warschawski) et Kav La’Oved, seule une fraction du total des contributions – moins de 8% – a été utilisée pour accorder des prestations aux travailleurs palestiniens. Le reste a été secrètement transféré au ministère des Finances israélien.

Les organisations israéliennes évaluent ce dont les travailleurs ont été spoliés à au moins 2.25 milliards de dollars US (en prix d’aujourd’hui), dans ce qu’ils décrivent comme une estimation “très prudente” du détournement illicite de fonds. Une telle somme représente environ 10% du budget annuel de l’Autorité Palestinienne.

Les auteurs notent aussi qu’elles excluent de leurs calculs deux groupes importants de travailleurs palestiniens – ceux qui sont employés dans les colonies juives et ceux qui travaillent dans l’économie noire d’Israël – parce que les chiffres étaient trop difficiles à obtenir.

M. Hever dit que la question de savoir si la majeure partie des retenues sur salaires – celles de l’assurance nationale – avaient été illégalement prélevés sur les salariés a été réglée par la Cour suprême d’Israël en 1991. Les juges ont retenu une requête du syndicat des producteurs de fleurs, en jugeant que le gouvernement devrait restituer environ 1,5 million de dollars des cotisations des travailleurs palestiniens dans cette industrie.Cette décision constitue un précédent juridique et pourrait être utilisée pour récupérer le reste de ces déductions abusives”, a-t-il dit.

Au plus fort de la participation palestinienne dans la population active d’Israël, dans le début des années 1990, pas moins d’un travailleur palestinien sur trois était dépendant d’un employeur israélien.

Le prétexte invoqué par le gouvernement israélien, après les Accords d’Oslo, pour ne pas supprimer les cotisations sociales à charge des travailleurs palestiniens était que dans le cas contraire il y aurait eu une distorsion de concur­rence à leur bénéfice sur le marché du travail, puisqu’ils auraient alors coûté moins cher à leurs employeurs que leurs homologies israéliens. Mais les cotisations en question devaient être versées dans un fonds revenant ultérieurement aux travailleurs palestiniens, d’une manière ou d’une autre. En réalité, selon le “contrôleur d’État” israélien lui-même, dans son rapport de 2004, seul un dixième des fonds collectés ont été versés dans ce fonds.

Le ministère des Finances israélien a qualifié le rapport de “inexact et trompeur”, et la Histadrout affirmé qu’il était “plein de mensonges”. Cependant, ils n’ont fourni ni réfutations des allégations du rapport ou de ses calculs.

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