Dans l'actu

Israël exclu de l’UEFA ? “Netanyahou doit plus craindre Platini qu’Obama” selon Pascal Boniface

Selon Pascal Boniface  – directeur de l’Institut des Relations Internationales (Paris), auteur notamment de “Est-il permis de critiquer Israël ?” (Ed. Robert Laffont – 2003) après avoir été victime d’une tentative de lynchage médiatique, mais aussi à la tête d’un groupe de prospective sur l’avenir du football auprès de la Fédération française de football, et Secrétaire général de la Fondation du football. – “Netanyahou doit plus craindre Platini qu’Obama” :

Le président de l’Union européenne des associations de football (UEFA), Michel Platini, vient d’affirmer que les mesures israéliennes vis-à-vis du sport palestinien constituaient une violation des réglementations et lois internationales en vigueur, susceptible de le pousser à reconsidérer la qualité de membre de l’UEFA pour Israël.

Michel Platini vient de rencontrer Jibril Rajoub, président de la Fédération palestinienne de football. Celui-ci a mis en avant les pratiques israéliennes qui ont pour effet d’isoler le sport palestinien évoquant les restrictions imposées pour les allers et venues des sportifs palestiniens et les difficultés à pouvoir importer des équipements sportifs. Israël a interdit par ailleurs l’entrée de matériels destinés à favoriser le développement du sport en Palestine, octroyés en juillet 2009 par Platini, et qui sont toujours bloqués au niveau des ports israéliens.

Jibril Rajoub a fourni un rapport détaillé au président de l’UEFA sur les difficultés des sportifs palestiniens, et notamment des footballeurs, à pouvoir se réunir, s’entraîner et se déplacer. Michel Platini a alors déclaré qu’Israël avait été accepté en Europe et qu’ils doivent respecter les messages des lois et réglementations sportives internationales, faute de quoi leur présence en Europe n’aura pas lieu d’être : « Je vais peser de tout mon poids pour mettre un terme à la souffrance du joueur palestinien notamment au football et je présenterai cet état de fait au bureau exécutif lors de la prochaine réunion prévue en automne 2010 d’autant plus qu’Israël est membre du bureau exécutif ».

C’est un message particulièrement ferme et tout à fait inhabituel qu’Israël reçoit de la part d’un organisme international.

Israël avait quitté la confédération asiatique du fait du boycott des pays arabes et avait été accepté dans les instances européennes de football. C’est pour cela que les équipes de clubs israéliens disputent la Champion’s League et la Ligue Europa, tandis que l’équipe nationale dispute sa qualification pour la Coupe du monde au sein de la zone Europe et participe aux qualifications pour le championnat d’Europe des Nations.

En 2002, l’UEFA avait empêché provisoirement des matchs internationaux de se dérouler en Israël mais pour des considérations liées à la sécurité et du fait de la menace d’attentats. Ce n’était en rien une condamnation politique d’Israël.

Si Platini maintient sa menace, le coût serait particulièrement lourd pour Israël. La menace de suspension de la participation des équipes nationales ou de clubs israéliens à des compétitions européennes serait un coup très dur porté à Israël.

On se rappelle ainsi qu’en 1992, l’équipe de Yougoslavie avait été écartée du fait du début des guerres balkaniques. Contrairement à l’ONU avec l’Assemblée générale qui multiplie les résolutions sans aucune valeur juridique contraignante et où le Conseil de sécurité est bloqué par le veto des États-Unis, l’UEFA peut prendre de vraies décisions. La visibilité du sport, son impact quotidien profondément ancré dans les sociétés, donneraient au débat sur la participation d’Israël à l’UEFA, une importance politique et symbolique énorme.

On peut penser qu’Israël ne se méprendra pas sur le message envoyé par Platini en sachant que, pour de simples raisons d’attachement au sport, il ne cédera pas et que les moyens traditionnels de pression qui fonctionnent très bien pour les États européens n’auront pas d’effets sur l’instance suprême européenne sportive. Il est donc très probable qu’Israël revoit assez rapidement sa politique de restriction des déplacements des sportifs palestiniens et de la fourniture d’équipements sportifs à la Palestine.

Les dirigeants israéliens sont suffisamment perspicaces pour savoir quelles pressions sont réelles ou purement verbales. Et Platini et l’UEFA auront probablement plus d’impact et d’influence sur leur décision que les différentes protestations verbales sans consistance des dirigeants politiques occidentaux.

Voire ! Car ces informations sont accueillis avec mépris par les sionistes. Le site israélien “JSS News” affirme avec une grande finesse que ceux qui les colportent “se touchent la nouille” , les taxe – quelle surprise ! – d’antisémitisme et rappelle que Platini a toujours eu vis-à-vis d’Israël “une attitude amicale. Il y a quelques années, le Français (qui n’était pas encore à la tête de l’UEFA) avait volé au secours de la fédération israélienne de football qui ne parvenait pas à désigner son “ambassadeur” auprès de l’UEFA en raison de dissensions internes.

Il rappelle aussi que “au début des années 2000, l’intifada armée bat son plein. L’UEFA interdit aux équipes israéliennes de jouer les matchs internationaux à la maison. Et quand Haïfa obtient finalement un accord pour jouer en Israël un match de coupe d’Europe, le bureau de l’UEFA l’oblige à jouer à Tel-Aviv et pas à Haïfa. Pas très sympa pour le grand club du nord. Platini prend alors la défense du club en affirmant que la question sécuritaire de Haïfa ne pose pas un problème et que les services de sécurités israéliens sont largement capables de protéger les joueurs”.

Et aussi que “en septembre 2009, Platini était (une fois de plus) en Israël. L’occasion pour lui de diner avec son ami Shimon Peres et de rencontrer les leaders du football israélien. Après avoir assisté à un match du Beitar Jérusalem [1], il donnera une conférence de presse ou il dira: “Si Israël construisait de nouveaux stades, il serait tout à fait envisageable que des compétions internationales (ndlr: comme l’Euro) se jouent en Israël”.

Le 3 septembre dernier, Platini a adressé un message de sympathie à Israël à l’occasion du Nouvel-An juif. Sur le site « The Jewish Chronicle Online » on lit :

«Israeli football received a big boost ahead of the Jewish new year with a blessing from Michel Platini, the UEFA president.

Platini, who has a Jewish wife, spoke of his joy at seeing Hapoel Tel Aviv reach the group stages of the Champions League for the first time.

And ahead of Thursday’s Euro 2012 opener at home to Malta, he gave the thumbs-up to Luis Fernandez’s men.

Platini said: “I know I’m not supposed to say it but as somebody who loves and supports Israel, I hope you will reach the Euro 2012 finals and I believe you will get there and do well.”»

Enfin, en mars dernier, c’est en Israël que l’UEFA tenait son congrès, et c’est en Israël que Platini a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat de président l’an prochain. Pour réussir cela, il aura besoin d’amis…

Faut-il dès lors attendre réellement une décision courageuse comme celle qu’évoque Pascal Boniface de la part de quelqu’un qui se définit comme “somebody who loves and support Israël” ?

Qui vivra verra.

L.D.


 [1] Le Beitar Jérusalem, s’est longtemps enorgueilli d’être la seule équipe israélienne en vue à n’avoir jamais aligné un joueur arabe ou musulman, alors qu’un cinquième de la population d’Israël est d’origine palestinienne. Durant les matches du Beitar, des cris comme « Mort aux Arabes ! » et « Mahomet est mort ! » sont monnaie courante, et les supporters du club sont connus pour leur hooliganisme chronique.

Print Friendly, PDF & Email