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Israël encourage les menaces de mort à l’adresse des défenseurs des droits humains

Ali Abunimah

Décembre 2018. Le directeur d’Al-Haq, Shawan Jabarin (à gauche), reçoit le prix des Droits de l’Homme de la République française, en compagnie du directeur de B’Tselem, Haggai El-Ad (au centre). (Photo : via Twitter)

La propagande du gouvernement israélien encourage les menaces de violence à l’adresse des défenseurs des droits humains.

Sur la page Facebook de soutien au site 4IL, des visiteurs ont posté des commentaires d’incitation au meurtre de Shawan Jabarin, directeur de l’association palestinienne des droits de l’homme Al-Haq.

Parmi ces commentaires, on peut lire : « Quand allons-nous lui mettre une balle dans la tête ? », ou « Pourquoi ces gens respirent-ils encore ? » ou « Pourquoi n’a-t-il pas été liquidé ? »

4IL est un organe de propagande du ministère israélien des Affaires stratégiques.

Le ministère, dirigé par Gilad Erdan, dirige la campagne israélienne de diffamation et de sabotage menée contre les associations des droits de l’homme et contre le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine.

Al-Haq qualifie ces commentaires d’« incitation et de discours haineux ».

L’association des droits de l’homme explique que cette frénésie des menaces de mort s’est déclenchée après la publication par 4IL d’un article accusant de « terrorisme » Jabarin, un défenseur des droits de l’homme qui a obtenu la reconnaissance internationale et s’est vu décerner des récompenses.

Le gouvernement israélien a publié cet article calomnieux sur Al-Haq après l’organisation par l’association d’un événement célébrant son 40e anniversaire et auquel assistaient des universitaires, des diplomates et des hauts fonctionnaires, dont des responsables des Nations unies et de l’Union européenne.

« Cette attaque est la toute dernière d’une campagne à grande échelle contre les organisations palestiniennes et autres de la société civile œuvrant à promouvoir et à protéger l’application de la loi et les normes des droits humains au peuple palestinien », estime Al-Haq.

La semaine dernière, le réseau international des droits de l’homme FIDH a émis une mise en garde condamnant la campagne de calomnie et les menaces de mort à l’adresse de Jabarin et enjoignant à Israël « de mettre immédiatement un terme à tout acte de harcèlement contre sa personne, contre Al-Haq et contre tous les défenseurs des droits de l’homme ».

Al-Haq est une cible toute particulière d’Israël en raison du rôle qu’elle joue dans la collecte de preuves des crimes israéliens contre les droits de l’homme, preuves qu’elle transmet ensuite à la Cour pénale internationale.

Les autorités des Pays-Bas, le pays où siège le tribunal, ont mené une enquête sur les menaces de mort qui visent un avocat travaillant avec Al-Haq.

Il est possible que la campagne de harcèlement contre l’avocat soit l’œuvre du ministère israélien des Affaires stratégiques, estime un ancien journaliste israélien spécialisé dans le domaine du renseignement.

Un but clé de la campagne de calomnie consiste à forcer les gouvernements de mettre un terme à leur financement des organisations des droits de l’homme en les associant au « terrorisme ».

Le mois dernier, l’UE a déclaré qu’elle était « au courant d’allégations » à l’encontre d’Al-Haq mais que le screening des représentants de l’organisation par rapport aux listes de sanctions de l’ONU et de l’UE n’avait révélé aucun motif d’inquiétude.

Un tag de menace de mort peint sur un mur des bureaux d’Amnesty International et d’autres organisations non gouvernementales à Tel-Aviv. (Photo : via Facebook)

Mercredi, Amnesty International a demandé aux autorités israéliennes « d’enquêter immédiatement sur les menaces de mort visant trois organisations civiles, dont la section israélienne d’Amnesty International à Tel-Aviv ».

L’association a déclaré que les menaces de mort anonymes avaient été taguées à l’extérieur des bureaux d’Amnesty International Israel et d’ASSAF, une organisation travaillant avec des réfugiés et des demandeurs d’asile.

Amnesty Israël a posté sur Facebook une photo de graffiti en hébreu sur la façade de ses bureaux.

Le graffiti dit : « Les méchants mourront de leurs péchés » – une citation de la Bible.

Une boîte contenant des menaces de mort et une souris morte a également été déposée à l’entrée du Centre Elifelet d’activités enfantines, qui s’occupe des enfants de réfugiés.

Amnesty a fait remarquer que ces dernières années, « le climat s’est rapidement détérioré, pour les défenseurs des droits de l’homme, tant en Israël que dans les territoires palestiniens occupés ».

« Les autorités israéliennes ont pris des mesures visant à réduire indûment les droits à la liberté d’expression et d’association en Israël ; on voit, entre autres, des hauts responsables se livrer à des intimidations à l’adresse des défenseurs des droits de l’homme qui critiquent le gouvernement et introduire des lois destinées à réduire les dissensions au silence », a ajouté Amnesty.

A l’instar d’Al-Haq, Amnesty a été la cible d’un harcèlement officiel et de représailles pour avoir fait état des abus commis par Israël.


Publié le 1/8/2019 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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