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Israël démolit le village bédouin d’al-Araqib pour la 100e fois

Mairav Zonszein

Al-Araqib est l’un des 35 villages « non reconnus » en Israël que les autorités refusent de fournir en eau, en électricité et en infrastructures de base.

Pour la centième fois ce matin, les forces israéliennes de sécurité ont démoli le village bédouin d’al-Araqib. I s’agissait de la deuxième démolition au cours du mois sacré islamique du ramadan, et elle a eu lieu alors que les habitants pratiquaient le jeûne. La toute première démolition du village avait eu lieu il y a près de six ans, le 27 juillet 2010.

29 juin 2016. Les forces israéliennes démolissent les infrastructures du village bédouin « non reconnu » d’al-Araqib, en Israël. (Photo : Azez Abu Madigem)

Al-Araqib est l’un des 35 villages bédouins « non reconnus » du désert du Néguev, dans le sud d’Israël. Ce qualificatif signifie qu’Israël refuse de raccorder les résidents aux réseaux nationaux d’eau et d’électricité, de leur fournir des services de santé et d’éducation, ou toute autre infrastructure de base.

Bien que ces Bédouins soient citoyens d’Israël et censés bénéficier de l’égalité des droits, le gouvernement israélien et ses agents – tels l’Autorité israélienne des domaines publics et le Fonds national juif – ont mené une longue et méthodique guerre d’usure contre les résidents bédouins des villages non reconnus, et ce, dans l’intention de les en expulser.

Il s’en est suivi en effet que la plupart des résidents d’al-Araqib ont quitté le village ces dernières années pour aller s’installer dans le villes voisines. La tactique utilisée par l’État contre ces citoyens est à peu près identique à celle qu’il utilise en Zone C de la Cisjordanie occupée, où les résidents palestiniens sont privés des services élémentaires et leurs maisons démolies de façon récurrente.

Août 2010. Des enfants bédouins observent les forces israéliennes venues démolir le village d’al-Araqib. (Photo : Mairav Zonszein)

Comme de très nombreuses parcelles de terre du Néguev, al-Araqib a été exproprié conformément à la Loi sur l’appropriation des terres de 1953. La loi permettait à l’État d’exproprier facilement des terres à des fins « de développement, d »implantation ou de sécurité » et comportait quelques stipulations absurdes disant, par exemple, que la terre devait n’avoir pas appartenu à son propriétaire au 1er avril 1952, que l’État devait utiliser la terre à des fins de développement, d’implantation ou de sécurité ou, du moins, qu’il devait avoir besoin de la terre dans ces buts.

En réalité, l’État a dépossédé les résidents des villages de leurs terres et, pas une seule fois, ne les a utilisées dans quelque but que ce soit. Les seuls plans concernant al-Araqib prévoient de planter une « forêt » sur ses terres arides.

Non loin de là, les autorités israéliennes expulsent les résidents d’un autre village bédouin « non reconnu », Umm el-Hiran, afin de bâtir une ville juive à sa place.


Publié le 29 juin 2016 sur 972mag.com
Traduction : Jean-Marie Flémal

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