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Israël au crible des critères du “fascisme éternel” définis par Umberto Eco [MàJ]

Shaul Arieli

Israël a pu, pendant un certain nombre d’années, se faire passer pour un régime démocratique, à condition de s’entendre sur la définition : “une démocratie pour les Juifs, un État juif pour les autres”. Autrement dit, une ethnocratie, ou comme l’écrivait il y a longtemps déjà Michel Warschawski un régime dans l’ADN duquel le racisme est indissolublement inscrit. Mais, pour ses citoyens juifs – ashkénazes et friqués de préférence – sans doute, Israël pouvait ressembler d’assez près à ce que peut être une démocratie, forcément imparfaite mais vivante. A condition bien entendu de ne pas être un mizrahi, un juif éthiopien ou yéménite, ou tout simplement pauvre.

Aujourd’hui, même cela est sérieusement mis en question par de plus en plus d’Israéliens.

Dans Haaretz, Shaul Arieli, colonel de réserve de l’armée israélienne, passe méthodiquement en revue les signes qui – selon une nomenclature rédigée en son temps par l’écrivain et sémioticien italien Umberto Eco (docteur honoris causa de l’Université de Liège et de nombreuses autres) – trahissent le naufrage d’une société dans le fascisme.

L’auteur, quant à lui, conclut sur une note interrogative. Un reste, sans doute, de wishful thinking. Qui n’a pas pris un jour ses désirs pour des réalités, tout en sachant que ça ne pourra plus durer bien longtemps ?

L.D.                     

MISE À JOUR : le texte intégral de l’article d’Umberto Eco dans la New York Review of Books figure à la fin de cet article. CLIQUEZ ICI

En 1995, Umberto Eco avait identifié quatorze caractéristiques 1 de ce qu’il appelait “le fascisme éternel”. Un examen des déclarations de politiciens israéliens suggère que la démocratie se trouve en terrain instable dans “l’État juif”.

L’activiste d’extrême-droite Yoav Eliasi, lors d’une manifestation à Tel Aviv. (Ph Moti Milrod)

Le Messie n’est pas sur le point d’arriver – mais il se peut que son âne soit le fascisme. Le Messie ne partage pas la croyance du “Début de la Rédemption” épousée par les disciples du Rabbin Kook, qui considèrent la création de l’État, ses victoires militaires et l’entreprise de colonisation comme les signes qu’Il va revenir dans notre époque pour construire le Troisième Temple et rétablir le Royaume de David. 

Cependant, la tentative de ramener le Messie “par la main de l’homme” – c’est-à-dire par les membres de Habayit Hayehudi et leurs collègues du Likoud – ne donne-t-elle pas à Israël les caractéristiques du fascisme telles qu’elles ont été définies par Umberto Eco dans son fameux article “Ur-Fascism” dans la New York Review of Book de juin 1995 ?

L’écrivain et spécialiste de la sémiotique italien, décédé l’année dernière, a écrit que le “fascisme éternel” (“Ur-Fascism”) est présent partout et toujours. Parfois il porte des vêtements civils et se présente sous les dehors les plus innocents. Dans son article, écrit pour célébrer les 50 ans de la fin de la deuxième guerre mondiale – qui plus que tout autre événement symbolise la victoire de l’esprit humain sur les régimes les plus funestes – Eco soulignait qu’il est de notre devoir de révéler le fascisme et de dénoncer chacune de ses nouvelles apparitions, chaque jour, dans le monde entier.

Il écrivait que les caractéristiques du fascisme énumérées dans son article ne peuvent pas être organisées dans un système – certaines sont en contradiction avec d’autres formes de despotisme et de fanatisme. Mais la présence d’une seule de ces caractéristiques suffit pour permettre au fascisme de coaguler autour d’elle.

J’ai choisi de présenter une sélections de commentaires faits par des politiciens israéliens – la plupart sur les médias sociaux – en parallèle avec sept des caractéristiques identifiées par Umberto Eco, afin d’examiner si Israël devient un régime fasciste, ou il ne s’agit que de l’écume des vagues, qui disparaîtra lorsque les flots se briseront sur les rivages d’une démocratie israélienne solide. 

Le culte de la tradition

Un “culte de la tradition” basé sur la supposition  que la vérité (divine) nous a déjà été donnée et que tout ce qu’il reste à faire est de poursuivre l’interprétation du message que nous avons reçu, c’est ce qui ressort des propos de trois membres de la Knesset.

La Ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, a conclu son discours au parlement pour célébrer le “jour de la Bible” en disant : “Il a déjà été dit à maintes reprises que la Bible n’est pas seulement un récit historique … mais aussi un livre qui garde son actualité en regard des événements actuels”. La parlementaires du Likoud a ajouté “les réponses que l’on trouve dans ses pages, ainsi que les questions qui sont formulées au fil de ses chapitres, en font un guide quotidien et éternel, tant sur le plan pratique que sur le plan spirituel, qui nous inspire à tout moment”.

Un second membre de la Knesset, Moti Yogev (Habayit Hayehudi), a exprimé mieux que quiconque la philosophie de son parti. Il le fait sans détour, sans se dissimuler derrière des rideaux de fumée comme le fait le Président de son parti (qui est aussi Ministre de l’éducation) Naftali Bennett. En août 2015, Yogev a écrit un post sur Facebook afin de condamner l’action du chef d’état-major de l’armée Gadi Eisenkot, dans lequel il affirmait : “Le rabbinat militaire connecte les soldats aux traditions juives en tant que racines de l’arbre qui donne la force de grandir et de prospérer”.  Et Nissan Slomiansky, collègue de Yogev au sein du même parti, consacre son énergie à faire avancer au parlement une loi qui permettait d’approfondir l’influence de la loi religieuse juive, la halakha, sur la législation contemporaine.

Le rejet de la modernité

Naftali Bennett (à g.), Ministre de l’éducation qui considère que l’apprentissage du judaïsme à l’école est plus important que celui des mathématiques ou des sciences. Il est aussi personnellement responsable du massacre délibéré de plus de 100 civils en 1996 au Liban.

Ce “traditionalisme” englobe une caractéristique qu’Umberto Eco appelait “le rejet de la modernité”. Les partisans de la tradition perçoivent l’époque contemporaine comme le début d’un dangereux processus qui conduit à l’apostasie. En août 2015, Yogev a publié un post sur Facebook afin de protester contre l’ouverture du complexe de cinémas “Yes Planet” de Jérusalem pendant le shabbat. “L’observance du shabbat est une question qui détermine le caractère juif de la nation”, écrivait-il, exprimant le regret que “Tel Aviv est ‘une ville qui ne dort jamais’  2 et peut-être ne sait-elle même pas ce qu’elle manque durant le shabbat”. 

En septembre 2016, Bennett (ministre de l’éducation – NDLR) a déclaré lors d’un événement organisé en l’honneur de la “Tali Foundation” (qui finance des études sur la tradition juive dans les écoles laïques) : “L’étude du judaïsme me semble plus importante que l’étude des mathématiques et des sciences”, et il a par la suite rejeté les critiques suscitées par cette prise de position.

L’anti-intellectualisme a toujours été un symptôme du fascisme. La persécution des intellectuels libéraux traîtres envers les valeurs traditionnelles a été une des constantes qui ont guidé les élites fascistes. La poétesse Leah Goldberg l’a expliqué en écrivant que les intellectuels et les artistes menacent les dictatures et les visions du monde qui nient la liberté humaine en enseignant “à l’humanité de dire ‘non’ avec une raillerie glaciale à chaque fois que l’époque le requiert”.  

Dans une interview au journal Israel Hayom, en septembre 2015, Regev a présenté de nouveaux critères pour définir la culture : “Quelqu’un qui n’a jamais été au théâtre ou au cinéma et n’a jamais lu Haim Nahman Bialik peut aussi être cultivé”, a-t-elle déclaré. “Il peut être bien plus cultivé que des gens qui aèrent leurs manteaux de fourrure une fois par mois pour aller au théâtre”. Mais même ces parole semblent pâles quand on les compare avec celles du député David Bitan (Likoud), qui a déclaré en mars : “La dernière fois que j’ai lu un livre c’était il y a dix ans”.

En janvier 2015, Ayelet Shaked (Habayit Hayehudi, et aujourd’hui ministre de la Justice) a écrit sur Facebook, s’en prenant à un poète israélien vénéré : “Natan Zach soutient le terrorisme diplomatique contre Israël”, mais elle s’est ensuite hâtée de supprimer ce post. Et en juillet 2016, répondant à une diatribe du critique de cinéma et chroniqueur radiophonique Gidi Orsher, Regev écrivit, toujours sur Facebook : “Ce sont là les cris d’agonie de la vieille élite et je ne m’arrêterai pas jusqu’à ce que cette élite raciste ne soit privée de ses capitaux et positions de pouvoir”.

La peur de la différence

Qualifier toute opposition de traîtrise est une autre caractéristique qui définit le fascisme. En octobre 2016, David Bitan a lancé un appel en faveur de la déchéance de nationalité du directeur de l’organisation de défense des droits humains B’Tselem.

En février dernier, son collègue du Likoud, le député Miki Zohar a écrit sur Facebook : “A chaque fois qu’une organisation d’extrême-gauche s’insurge, elle prend soin de présenter ses principes moralisateurs de manière à plaire au reste du monde, même au prix de nuire à l’État d’Israël et à sa sécurité. Ainsi, une fois c’est B’Tselem, la fois suivante c’est Breaking the Silence, et dans le cas de [la colonie démantelée d’] Amona ce fut Yesh Din [Volontaire pour les Droits Humains]. Il est important de noter que ces organisations sont financées à coups de millions de dollars par des des éléments hostiles à Israël dans le monde entier”.

La députée Tzipi Hotovely (Likoud, aujourd’hui devenue vice-ministre des Affaires étrangères), a écrit sur sa page Facebook en septembre 2014, à propos du refus de réservistes de l’armée d’encore servir dans les territoires occupés : “Le refus d’officiers de l’Unité 8200 est une ceinture d’explosifs sociale, et elle reflète la faillite morale du système dans lequel nous avons grandi. Ils ne méritent pas de servir dans l’armée la plus morale du monde”.

Dans le même temps, Ayelet Shaked s’est indignée, en septembre 2014, que “la Haute Cour piétine le pouvoir législatif”, après que la Cour ait rejeté un amendement à une loi concernant les demandeurs d’asile. Et en août 2015, Yogev a écrit sur Facebook : “Le juge de la Cour Suprême Uzi Vogelman, par son jugement de ce jour, qui a reporté la démolition des maisons de criminels terroristes, s’est rangé du côté de l’ennemi. Il défend les droits des assassins et donc empêche les mesures punitives et met des vies en danger”.

Dans un post sur Facebook en 2015, Naftali Bennett a appelé les Israéliens à voter pour Habayit Hayehudi car, disait-il, “personne d’autre ne luttera contre la tyrannie légale de la Haute Cour de Justice, qui cause des dommages mortels à notre État”. Et il n’a pas hésité à importer son électoralisme au sein des “Forces de Défense d’Israël” en écrivant : “Dans l’intérêt du peuple juif : prenez votre téléphone et convainquez les soldats de votre brigade !”. Ainsi a-t-il résumé les commentaires violents des autres membres de son parti concernant la Cour suprême.

Tous ces commentaires démontrent une grave ignorance et le manque d’une connaissance élémentaire des rôles respectifs du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire. Leur objectif est de “marquer” du sceau de la traîtrise – illégitime – tous ceux qui s’opposent à l’esprit du gouvernement actuel.

L’appel à une classe moyenne frustrée

Dans ce domaine, une fois encore le parti Habayit Hayehudi [ce qui signifie “Le Foyer Juif”] ouvre la voie. En mars 2015, Bennett a déclaré que “Habayit Hayehudi est le foyer social d’Israël”. En septembre 2013, le député Eli Ban-Dahan avait expliqué la chose alors qu’il visitait le sud de Tel Aviv 3 : “J’ai vu les effets de laisser les ‘infiltrés’ 4 en Israël. Les habitants du sud de Tel Aviv ont vécu dans la peur depuis longtemps. Nous devons y mettre bon ordre et restaurer l’esprit juif dans cette zone”.

Tout le monde est éduqué pour devenir un héro

Le culte du héro est directement en relation avec le culte de la mort – l’héroïsme est la norme du fascisme.

Les déclarations qui exaltent le militarisme et le sacrifice pour le bien de l’État abondent. En février 2015, Bennett a écrit un post s’adressant au leader de l’opposition, le député Isaac Herzog : “Le sionisme religieux ne se promène plus en baissant la tête. Nous nous tenons droits. Nous sommes grands et forts, influents et positifs, fiers de ce que nous sommes. Les cimetières sont pleins de héros, diplômés des programmes de formation pré-militaires et des yeshivas Hesder, de Ezra et de Bnei Akiva” [mouvements de jeunesse sionistes]. 

Et en octibre 2015, le président de Yisrael Beiteinu, Avigdor Lieberman (aujourd’hui également ministre de la Défense) écrivit sur Facebook : “Je pense qu’à l’issue de la réunion du cabinet de cet après-midi il y aura des décisions et une ligne claire : aucun terroriste, mâle ou femelle, ne sortira vivant d’une attaque terroriste; et pour appliquer une législation d’urgence et installer un gouvernement militaire si c’est nécessaires, afin d’éradiquer la terreur. La sécurité se réalise avec une poigne de fer !”.

La vie est une guerre permanente

Le fascisme ne lutte pas pour la vie, il vit pour la lutte”.

Telle semble être la conviction du Premier ministre Benjamin Netanyahou,  qui en octobre 2015, faisant allusion à l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, a déclaré devant la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset : “Ces derniers jours, il est question de ce qui se serait passé si telle ou telle personne était restée parmi nous. C’est hors de propos. … On me demande si nous vivrons éternellement par l’épée. La réponse est oui”.

Dans un post de février 2014, Bennett a promis aux soldats qui doivent monter la garde sous la pluie que cela cessera un jour, car “un jour vous serez chez vous avec votre femme, vos enfants, au chaud, avec une bonne couverture épaisse, épaisse, et alors les soldats suivants veilleront sur vous”.  

L’obsession du complot

A la racine de la psychologie fasciste se trouve la croyance obsessionnelle que des organisations internationales conspirent contre l’État, qui se trouve donc assiégé. En conséquence, beaucoup de régime fascistes sont caractérisés par leur xénophobie, qui les sert bien.

La compassion, dans “l’armée la plus morale du monde”…

Netanyahou est ici en tête par le nombre des commentaires de cette nature sur le site web de son cabinet : “Un profond et large gouffre moral nous sépare de nos ennemis. Ils sanctifient la mort tandis que nous sanctifions la vie. Ils sanctifient la cruauté tandis que nous sanctifions la compassion” (juillet 2014). “Allons-nous entourer l’entièreté de l’État d’Israël de clôtures et de barrières ? La réponse est oui. Dans l’environnement où nous vivons, nous devons nous défendre contre les animaux sauvages” (2016).

Dans le fascisme, l’individu en tant que tel n’a pas de droits et le Peuple est conçu comme une entité monolithique qui exprime la volonté commune. Étant donné qu’aucune grande quantité d’être humains ne peut avoir une volonté commune, le chef s’en fait l’interprète”, expliquait le député  Bezalel Smotrich (Habayit Hayehudi), en 2011 dans un article intitulé “Nous méritons plus” publié dans la revue des colons Sheva.  Et d’ajouter : “Il convient que l’Etat consacre des budgets plus importants à l’éducation religieuse sioniste, parce que ses fils ont été chargés de diriger le peuple juif”.

S’agissant du machisme et de l’oppression des minorités sexuelles, Bezalel Smotrich est sans aucun doute le champion. En février 2015, dans un lycée à Givatayim, il a déclaré que les gays et les lesbiennes sont des “anormaux”. Et son collègue Yogev a pris position contre la communauté LGBT en juillet 2013, en déclarant sur la chaîne de télévision Channel 10 que “il s’agit d’un phénomène qui mérite la pitié, pas des encouragement… Il ne s’agit pas seulement d’une position de la halakha, mais aussi une position morale qu’il est correct d’exprimer clairement”.

Une autre caractéristique du fascisme est l’appauvrissement du langage, que l’on remarque chez beaucoup des politiciens déjà cités, mais aucun ne s’approche des records établis dans ce domaine par la Ministre de la Culture Regev. Tous les manuels fascistes utilisent un vocabulaire limité et la syntaxe la plus rudimentaire, ce qui limite les outils nécessaires pour une pensée critique et complexe. Au cours d’un exposé de cinq minutes devant un auditoire d’écoliers, en 2012, Regev déclara que la députée Stav Shaffir (Union Sioniste – opposition) est “une communiste”, que l’ancien leader du Parti travailliste Shelly Yacimovich a voté pour le parti Hadash (Front démocratique pour la Paix et l’Égalité – gauche), et a conclu : “Jérusalem pour toujours et à jamais… applaudissons !”.

Dans son article, Umberto Eco citait les propos du Président des États-Unis Franklin D. Roosevelt, le 4 novembre 1938, qui s’appliquent à la démocratie israélienne actuellement : “Je me risquerais à faire cette déclaration provocante que si la démocratie américaine cesse d’aller de l’avant comme une force vivante, à la recherche jour et nuit par des moyens pacifiques de l’amélioration du sort de nos citoyens, le fascisme se développera en force dans notre pays”.

Eco avait commencé son article en décrivant son adolescence dans l’Italie de Mussolini, qui a été sous l’emprise de l’idéologie fasciste pendant plus de vingt ans.

Sommes-nous en réalité dans une situation où, 50 ans après la “guerre des six jours”, toutes ces déclarations faites par des personnalités officielles israéliennes, élues, ne seraient rien de plus que l’écume sur les vagues ? La démocratie israéliennes est-elle aussi forte et robuste que nous avions l’habitude de le croire ?

Shaul Arieli             


Article publié par Haaretz le 22 avril 2017 sous le titre “The Messiah’s donkey wears fascism”. –
Traduction : Luc Delval.


L’article de Umberto Eco
L’Ur-Fascisme (fascisme éternel et primitif)

Photo Daniel Fouray

Supposons qu’il existe une série de groupes politiques.

Le groupe Un est caractérisé par les aspects abc, le groupe Deux par bcd, et ainsi de suite. Deux est semblable à Un en tant qu’ils ont deux aspects en commun. Trois est semblable à Deux et Quatre est semblable à Trois pour la même raison. Notons que Trois est aussi semblable à Un (ils ont en commun l’aspect c).

Le cas le plus curieux, c’est Quatre, évidemment semblable à Trois et à Deux, mais sans aucune caractéristique commune avec Un. Toutefois, en raison de la série ininterrompue de similarités décroissantes entre Un et Quatre, il subsiste, par une sorte de transitivité illusoire, un air de famille entre Quatre et Un.

Le fascisme est devenu un terme s’adaptant à tout parce que même si l’on élimine d’un régime fasciste un ou plusieurs aspects, il sera toujours possible de le reconnaître comme fasciste. Enlevez-lui l’impérialisme et vous aurez Franco et Salazar ; enlevez le colonialisme et vous aurez le fascisme balkanique. Ajoutez au fascisme italien un anticapitalisme radical (qui ne fascina jamais Mussolini) et vous aurez Ezra Pound. Ajoutez le culte de la mythologie celte et le mysticisme du Graal (totalement étranger au fascisme officiel) et vous aurez l’un des gourous fascistes les plus respectés, Julius Evola. En dépit de cet imbroglio, je crois possible d’établir une liste de caractéristiques typiques de ce que je voudrais appeler l’Ur-fascisme, c’est-à-dire le Fascisme Primitif et Eternel.

Impossible d’incorporer ces caractéristiques, dans un système, beaucoup se contredisent réciproquement et sont typiques d’autres formes de despotisme ou de fanatisme. Mais il suffit qu’une seule d’entre elles soit présente pour faire coaguler une nébuleuse fasciste.

La première caractéristique d’un Ur-fascisme, c’est le culte de la tradition. Le traditionalisme est plus ancien que le fascisme. Il ne fut pas seulement typique de la pensée contre-révolutionnaire catholique après la Révolution française, il est né vers la fin de l’âge hellénistique, en réaction au rationalisme grec classique.

Dans le bassin méditerranéen, les peuples de religions différentes (toutes acceptées avec indulgence par le Panthéon romain) se prirent à rêver d’une révélation reçue à l’aube de l’histoire humaine. Cette révélation resta longtemps cachée sous le voile de langues désormais oubliées, confiée aux hiéroglyphes égyptiens, aux runes celtes, aux textes sacrés, encore inconnus, des religions asiatiques.

Cette nouvelle culture devait être syncrétiste. Le syncrétisme n’est pas seulement, comme l’indiquent les dictionnaires, la combinaison de diverses formes de croyances ou de pratiques. Une telle combinaison doit tolérer les contradictions. Tous les messages originaux contiennent un germe de sagesse et, lorsqu’ils semblent dire des choses différentes ou incompatibles, c’est uniquement parce que chacun fait allusion, de façon allégorique, à quelque vérité primitive.

Conséquence : il ne peut y avoir d’avancée du savoir. La vérité a déjà été énoncée une fois pour toutes et l’on ne peut que continuer à interpréter son message obscur. Il suffit de regarder le syllabus de chaque mouvement fasciste pour y trouver les principaux penseurs traditionalistes. La gnose nazie se nourrissait d’éléments traditionalistes, syncrétistes, occultes. Julius Evola, la source théorétique essentielle de la nouvelle droite italienne, mélangeait le Graal avec les Protocoles des Sages de Sion, l’alchimie avec le Saint Empire romain. Le fait même que, pour montrer son ouverture d’esprit, une partie de la droite italienne ait récemment élargi son syllabus en réunissant De Maistre, Guénon et Gramsci, est une preuve lumineuse de syncrétisme.

Si vous regardez par curiosité les rayons des librairies américaines portant l’indication «New Age», vous y trouverez même Saint Augustin, lequel, pour autant que je sache, n’était pas fasciste. Mais le fait même de réunir saint Augustin et Stonehenge, ça, c’est un symptôme d’Ur-fascisme.

Le traditionalisme implique le refus du monde moderne. Les fascistes comme les nazis adoraient la technologie, tandis qu’en général les penseurs traditionalistes la refusent, la tenant pour la négation des valeurs spirituelles traditionnelles. Toutefois, bien que le nazisme ait été fier de ses succès industriels, ses louanges de la modernité n’étaient que l’aspect superficiel d’une idéologie fondée sur le Sang et la Terre (Blut und Boden). Le refus du monde moderne était camouflé sous la condamnation du mode de vie capitaliste, mais il recouvrait surtout le rejet de l’esprit de 1789 (et de 1776 bien sûr) : le siècle des Lumières, l’Age de la Raison, conçus comme le début de la dépravation moderne.

En ce sens, l’Ur-fascisme peut être défini comme irrationalisme.
Lʼirrationalisme dépend aussi du culte de l’action pour l’action. Lʼaction est belle en soi, on doit donc la mettre en œuvre avant – et sans – la moindre réflexion.

Penser est une forme d’émasculation. Ainsi, la culture est suspecte, puisqu’on l’identifie à une attitude critique. De la déclaration attribuée à Gœbbelsquand j’entends le mot culture, je sors mon revolver») à l’emploi courant d’expressions telles que sales intellectuels, crânes d’œuf, snobs radicaux, les universités sont un repaire de communistes, la suspicion envers le monde intellectuel a toujours été un symptôme d’Ur-fascisme. Lʼessentiel de l’engagement des intellectuels fascistes officiels consistait à accuser la culture moderne et lʼintelligentsia d’avoir abandonné les valeurs traditionnelles.
Aucune forme de syncrétisme ne peut accepter la critique. L’esprit critique établit des distinctions, et distinguer est un signe de modernité. Dans la culture moderne, la communauté scientifique entend le désaccord comme un instrument de progrès des connaissances. Pour l’Ur- fascisme, le désaccord est trahison.

Le désaccord est en outre signe de diversité.
LʼUr- fascisme croît et cherche le consensus en exploitant et exacerbant la naturelle peur de la différence. Le premier appel d’un mouvement fasciste ou prématurément fasciste est lancé contre les intrus. LʼUr-fasciste est donc raciste par définition.

LʼUr-fascisme naît de la frustration individuelle ou sociale.
Aussi, l’une des caractéristiques typiques des fascismes historiques est-elle l’appel aux classes moyennes frustrées, défavorisées par une crise économique ou une humiliation politique, épouvantée par la pression de groupes sociaux inférieurs. A notre époque où les anciens «prolétaires» sont en passe de devenir la petite bourgeoisie (et où les Lumpen s’auto-excluent de la scène politique), le fascisme puisera son auditoire dans cette nouvelle majorité.

Quant à ceux qui n’ont aucune identité sociale, l’Ur-fascisme leur dit qu’ils jouissent d’un unique privilège – le plus commun de tous : être né dans le même pays. La source du nationalisme est là.

Par ailleurs, les seuls à pouvoir fournir une identité à la nation étant les ennemis, on trouve à la racine de la psychologie Ur-fasciste l’obsession du complot, si possible international.

Les disciples doivent se sentir assiégés. Le moyen le plus simple de faire émerger un complot consiste à en appeler à la xénophobie. Toutefois, le complot doit également venir de l’intérieur. Aussi les juifs sont-ils en général la meilleure des cibles puisqu’ils présentent l’avantage d’être à la fois dedans et dehors. Aux États-Unis, le livre de Pat Robertson, “The New World Order” constitue le dernier exemple en date d’obsession du complot.

Les disciples doivent se sentir humiliés par la richesse ostentatoire et la force de l’ennemi. Quand j’étais enfant, on m’apprenait que les Anglais étaient «le peuple aux cinq repas» : ils mangeaient plus souvent que le pauvre mais sobre Italien. Les juifs sont riches et ils s’entraident grâce à un réseau secret d’assistance mutuelle.

Cependant, les disciples doivent être convaincus de pouvoir vaincre leurs ennemis. Ainsi, par un continuel déplacement de registre rhétorique, les ennemis sont à la fois trop forts et trop faibles.

Les fascismes sont condamnés à perdre leurs guerres, parce qu’ils sont dans l’incapacité constitutionnelle d’évaluer objectivement la force de l’ennemi.

Pour l’Ur-fascisme, il n’y a pas de lutte pour la vie, mais plutôt une vie pour la lutte.

Le pacifisme est alors une collusion avec l’ennemi ; le pacifisme est mauvais car la vie est une guerre permanente. Toutefois, cela comporte un complexe d’Armageddon : puisque les ennemis doivent et peuvent être défaits, il devra y avoir une bataille finale, à la suite de laquelle le mouvement prendra le contrôle du monde. Cette solution finale implique qu’il s’ensuivra une ère de paix, un Age d’or venant contredire le principe de guerre permanente. Aucun leader fasciste n’a jamais réussi à résoudre cette contradiction.

Lʼélitisme est un aspect type de l’idéologie réactionnaire, en tant que fondamentalement aristocratique. Dans l’histoire, tous les élitismes aristocratiques et militaristes ont impliqué le mépris pour les faibles. LʼUr-fascisme ne peut éviter de prêcher l’élitisme populaire. Tout citoyen appartient au peuple le meilleur du monde, les membres du parti sont les citoyens les meilleurs, tout citoyen peut (ou devrait) devenir membre du parti. Cependant, il n’est point de patriciens sans plébéiens. Le leader, qui sait que son pouvoir n’a pas été obtenu par délégation mais conquis par la force, sait aussi que sa force est fondée sur la faiblesse des masses, tellement faibles qu’elles méritent et ont besoin d’un Dominateur.

Comme le groupe est organisé hiérarchiquement (selon un modèle militaire), chaque leader subordonné méprise ses subalternes, lesquels méprisent à leur tour leurs inférieurs. Tout cela renforce le sentiment d’un élitisme de masse.

Dans cette perspective, chacun est éduqué pour devenir un héros. Si dans toute mythologie, le héros est un être exceptionnel, dans l’idéologie Ur-fasciste, le héros est la norme. Un culte de l’héroïsme étroitement lié au culte de la mort : ce n’est pas un hasard si la devise des phalangistes était Viva la muerte. Pour les gens normaux, la mort est désagréable mais il faut l’affronter avec dignité; pour les croyants, c’est une façon douloureuse d’atteindre a un bonheur surnaturel. Le héros Ur-fasciste, lui, aspire à la mort, annoncée comme la plus belle récompense d’une vie héroïque. Le héros Ur-fasciste est impatient de mourir. Entre nous soit dit, dans son impatience, il lui arrive plus souvent de faire mourir les autres.

Puisque la guerre permanente et l’héroïsme sont des jeux difficiles à jouer, l’Ur-fasciste transfère sa volonté de puissance sur des questions sexuelles.

Là est l’origine du machisme (impliquant le mépris pour les femmes et la condamnation intolérante de mœurs sexuelles non conformistes, de la chasteté à lʼhomosexualité). Puisque le sexe aussi est un jeu difficile à jouer, le héros Ur-fasciste joue avec les armes, véritables Ersatz phalliques: ses jeux guerriers proviennent d’une Invidia Penis permanente.

LʼUr-fascisme se fonde sur un populisme qualitatif. Dans une démocratie, les citoyens jouissent de droits individuels, mais l’ensemble des citoyens n’est doté d’un poids politique que du point de vue quantitatif (on suit les décisions de la majorité).

Pour l’Ur-fascisme, les individus en tant que tels n’ont pas de droits, et le peuple est conçu comme une qualité, une entité monolithique exprimant la volonté commune.

Puisque aucune quantité d’êtres humains ne peut posséder une volonté commune, le Leader se veut leur interprète. Ayant perdu leur pouvoir de délégation, les citoyens n’agissent pas, ils sont seulement appelés, pars pro toto, à jouer le rôle du peuple. Ainsi, le peuple n’est plus qu’une fiction théâtrale. Pour avoir un bon exemple de populisme qualitatif, il n’est plus besoin de Piazza Venezia ou du Stade de Nuremberg. Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif Télé ou Internet, où la réponse émotive d’un groupe sélectionné de citoyens peut être présentée et acceptée comme la Voix du Peuple.

En raison de son populisme qualitatif, l’Ur-fascisme doit sʼopposer aux gouvernements parlementaires «putrides». Lʼune des premières phrases que prononça Mussolini au parlement italien fut : « J’aurais pu transformer cette salle sourde et grise en un bivouac pour mes manipules». Effectivement, il trouva aussitôt un meilleur abri pour ses manipules, mais peu après il liquida le parlement.

Chaque fois qu’un politicien émet des doutes quant à la légitimité du parlement parce qu’il ne représente plus la Voix du Peuple, on flaire l’odeur de l’Ur-fascisme.

L’Ur-Fascisme parle la Newspeak. La Newspeak fut inventée par Orwell dans 1984, comme langue officielle de l’Ingsoc, le socialisme anglais, mais des éléments d’Ur-fascisme sont communs à diverses formes de dictature. Tous les textes scolaires nazis ou fascistes se fondaient sur un lexique pauvre et une syntaxe élémentaire, afin de limiter les instruments de raisonnement complexe et critique. Cela dit, nous devons être prêts à identifier d’autres formes de Newspeak, même lorsqu’elles prennent l’aspect innocent d’un populaire talk-show.

* * * * *

Au matin du 27 juillet 1943, je fus averti que, selon les informations données à la radio, le fascisme s’était écroulé et Mussolini était en état d’arrestation. Lorsque ma mère m’envoya acheter le journal, j’ai vu que les quotidiens, au kioske le plus proche, avaient tous des titres différents à la “une”. Qui plus est, après les avoir examinés, je constatai que chaque journal disait des choses différentes. J’en ai acheté un, au hasard, et j’ai lu sur la première page un message signé par cinq ou six partis politiques – dont la Démocratie Chrétienne, le Parti Communiste Italien, le Parti Socialiste, le “Partito d’Azione” et le Parti Libéral.

Jusque là, j’avais cru qu’il n’y avait, dans chaque pays, qu’un seul parti et qu’en Italie c’était le Partito Nazionale Fascista. Et soudain, je découvrais que dans mon pays différentes partis pouvaient exister en même temps. Et comme j’étais un garçon intelligent j’ai immédiatement réalisé que tant de partis ne pouvaient être nés en l’espace d’une seule nuit, et qu’ils avaient donc forcément existé depuis un certain temps comme des organisations clandestines.

Le message à la Une célébrait la fin de la dictature et le retour de la liberté : liberté d’expression, de presse, d’association politique… Ces mots – “liberté”, “dictature”, “liberté” – je les lisais pour la première fois de ma vie. Je renaissais en tant qu’homme libre occidental par la vertu de ces mots nouveaux.

Nous devons rester vigilants pour faire en sorte que le sens de ces mots ne soit pas oublié une nouvelle fois. Le Ur-fascisme est toujours dans les environs autour de nous, parfois habillé en civil. Ce serait beaucoup plus simple pour nous si quelqu’un apparaissait sur la scène mondiale qui proclamerait : «je veux rouvrir Auschwitz, je veux que les Chemises Noires paradent à nouveau sur les places d’Italie». La vie n’est pas aussi simple.

Le Ur-fascisme peut revenir sous les déguisements les plus innocents. Notre devoir est de le démasquer et de pointer le doigts en direction de chacune de ses nouvelles manifestations – chaque jour, où que cela se produise dans le monde.

Les paroles prononcées par Franklin Roosevelt le 4 novembre 1938 valent d’être rappelées :  «Je me risquerais à faire cette déclaration provocante que si la démocratie américaine cesse d’aller de l’avant comme une force vivante, à la recherche jour et nuit par des moyens pacifiques de l’amélioration du sort de nos citoyens, le fascisme se développera en force dans notre pays».

La liberté et la libération sont des tâches qui ne connaissent pas de fin. Permettez-moi pour terminer de citer un poème de Franco Fortini * : Sulla spalletta del ponte

Le teste degli impiccati
Nell’acqua della fonte
La bava degli impiccati.

Sul lastrico del mercato
Le unghie dei fucilati
Sull’erba secca del prato
I denti dei fucilati.

Mordere l’aria mordere i sassi
La nostra carne non è più d’uomini
Mordere l’aria mordere i sassi
Il nostro cuore non è più d’uomini.

Ma noi s’è letto negli occhi dei morti
E sulla terra faremo libertà
Ma l’hanno stretta i pugni dei morti
La giustizia che si farà.

* en italien dans le texte original

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Notes   [ + ]

1. Les quatorze critères sont :  1) Le culte de la tradition – 2) Refus du monde moderne – 3) L’irrationalisme et culte de l’action pour l’action –4) Le désaccord, l’esprit critique, est une trahison – 5) Refus radical de la différence, raciste par définition – 6) L’appel aux classes moyennes frustrées – 7) L’obsession du complot – 8) Exalter la force de l’ennemi puis la vaincre – 9) Le pacifisme est une collusion avec l’ennemi – 10) L’élitisme de masse – 11) Le culte du héros – 12) Puissance = culte du machisme = mépris pour les femmes –  13) Les individus n’ont pas de droit, seul le peuple… – 14) Invention d’une nouvelle langue, lexique pauvre, syntaxe élémentaire.
2. slogan publicitaire utilisé pour la promotion touristique de Tel Aviv, qui a aussi fait de l’accueil qu’y trouve la communauté gay un argument promotionnel. On parle à ce propos de “pink washing” – NDLR 
3. Le sud de la capitale israélienne, l’ancienne ville palestinienne de Jaffa, a été le théâtre de forte tensions causées par l’installation dans cette zone, autrefois assez déshéritée, d’une population juive aisée qui, selon un processus assez classique de “gentryfication” veut chasser les anciens habitants, surtout les plus pauvres et les minorités. Voir notamment : ICI – NDLR
4. “infiltrés” : terme méprisant pour désigner les réfugiés venant d’Afrique. Après la guerre de 1948, le même terme désignait les Palestiniens qui passaient clandestinement en territoire contrôlé par Israël. Dans son précieux ouvrage “Le sionisme contre Israël” [ed. Maspero- 1969], Nathan Weinstock note (p. 413) : “Les premiers incidents de frontière éclatent indépendamment de toute opération militaire arabe. Ils opposent l’armée israélienne à des Palestiniens désireux de regagner leur pays ou de labourer leurs terres situées à l’intérieur du territoire israélien. (La frontière d’armistice israélo-jordanienne a privé plus de cent villages arabes de leurs terres). Nous avons déjà relevé que le tracé de cette ligne d’armistice sépare des milliers de foyers et que l’acceptation israélienne de procéder à une réunification restreinte des familles palestiniennes a précisément pour objet d’atténuer la tension qui résultait des infiltrations continuelles de Palestiniens. Dans la région de Gaza, les réfugiés tentent périodiquement de regagner leurs orangeraies. Les incursions de Bédouins nomades à la recherche de pâturages traditionnels suscitent d’autres heurts avec l’armée israélienne. […]”. Plus loin, l’auteur précise encore (p. 421) : “Chaque incident de frontière – et ils ne peuvent être que nombreux puisque plusieurs centaines de milliers de réfugiés sont parqués aux frontières d’Israël, parfois à quelques dizaines de mètres seulement de leurs champs – sert de prétexte à Tel Aviv pour lancer une attaque soigneusement préparée contre un objectif dûment sélectionné, civil ou militaire”.