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«Israël agit comme une organisation criminelle» affirme Haaretz dans un éditorial [MàJ]

Le procureur général israélien Avichai Mendelblit a autorisé mercredi la confiscation de terres palestiniennes privées pour les besoins des colons de Cisjordanie. Sa décision faisait suite à la demande du ministre de la Justice, la fasciste Ayelet Shaked, concernant l’aménagement d’une route conduisant vers l’avant-poste illégal Harasha, sans lequel il serait impossible, faisait-elle valoir, de le “légitimer”. Le quotidien de centre-gauche Haaretz y consacre un éditorial, dans lequel il affirme que “Israël se conduit comme une organisation criminelle”.

Haaretz explique que «la décision de Avichai Mendelblit est ostensiblement basée sur celle du juge de la Cour suprême retraité Salim Joubran à propos d’Amona. Joubran avait statué que le commandant militaire en Cisjordanie doit aussi veiller aux besoins des colons, car – avait-il jugé – ils font partie des résidents de la région. Joubran s’appuyait lui même sur une décision de l’ancien président de la Cour suprême, Aharon Barak, selon laquelle “les Israéliens de la région ont droit à la vie, à la dignité, à la propriété et au reste des droits dont jouit quiconque en Israël”.

Outre tous les problèmes que soulèvent ces décisions, estime Haaretz, l’hypothèse selon laquelle Mendelblit met en œuvre le verdict de Joubran est sans fondement. Joubran avait souligné que la nécessité de protéger les colons ne peut pas estomper le statut spécial des Palestiniens, une population «protégée» en vertu du droit international, et que le commandant militaire doit veiller à ne pas prendre la moindre mesure qui porte atteinte à ses droits pour favoriser les intérêts des ressortissant de la puissance occupante».

Dans un article publié le 19 novembre, Haaretz affirme que la prise de position de Mendelblit dont il est question dans l’éditorial évoqué ici ouvre la voie à la “légalisation” d’au moins 13 colonies non reconnues jusqu’ici par les autorités israéliennes, dont le journal publie une carte.

«Mendelblit et Shaked ont clairement choisi d’ignorer ces points essentiels. Ils jettent aussi de la poudre aux yeux du public, car le verdict de la Cour qui est invoqué ne traitait pas de l’expropriation des terres pour les besoins des colonies et ne jugeait pas qu’un tel acte était légal.

On peut désormais s’attendre à ce que l’opinion de Mendelblit serve l’appétit insatiable des colons pour les terres privées pales­tiniennes. Cependant, dans le processus légal de blanchiment, les fonctionnaires impliqués ont omis, comme d’habitude, la question de la légalité des colonies, souligne Haaretz, qui rappelle que selon le droit international, toutes les colonies de Cisjordanie sont illégales.

«Mendelblit ne peut donc légitimer le vol de terres palestiniennes en faveur d’une colonie israélienne au nom des “besoins publics”, parce que le public auquel son opinion est destinée a volé la terre sur laquelle il habite», poursuit l’éditorialiste de Haaretz.

«Israël agit comme une organisation criminelle qui fonctionne selon ses propres lois et est convaincu qu’il peut être considéré comme un organisme légal. Mendelblit a orné son opinion d’une série de qualifications vagues comme “faisabilité” et “proportionnalité”. Ces termes n’ont aucune signification pratique quand il s’agit de la convoitise pour le vol de terres qui guide les colons et le gouvernement. Une telle opinion est propice à porter atteinte aux droits des Palestiniens, à la loi internationale bafouée par Israël et à sape la légitimité du système judiciaire israélien», conclut l’éditorial de Haaretz.

Selon les critères ordinaires des sionistes, la décision de Mendelblit est donc scandaleusement antisémite, puisqu’elle tend à «délégitimer» l’«État juif». Si la chose est possible.                                                          L.D.

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