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Israël accorde le “droit au retour”… aux mammifères bibliques

Israël, contrairement, à ce qu’on croit généralement, n’a pas reconnu le “droit au retour” uniquement aux juifs (y compris dans leur cas à ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur la terre de Palestine). Il est également reconnu… à des “mammifères bibliques” (à l’exception des prédateurs, les sionistes gardant le monopole du genre).

On retrouve dans l’histoire, telle que la rapporte Marielle Court dans Le Figaro, pas mal de constantes de l’histoire israélienne : c’est un général (who else ?, comme dirait l’autre) qui était le “responsable de la nature et des réserves” qui pilotait l’opération, et certains des animaux réintroduits en Palestine ont été purement et simplement volés en Iran à la faveur de la période troublée de la chute du dictateur Mohammad Reza Shah Pahlav (dit “le Shah”, un “fameux ongulé” lui aussi).

«Voici les bêtes que tu pourras manger : le bœuf, le mouton et la chèvre. Le cerf, la gazelle et le daim…»

Et voilà comment à partir d’un passage du Deutéronome (14 : 4-5), les Israéliens élaborèrent à la fin des années 1960 des programmes de réintroduction d’animaux bibliques. Une affaire qui prend l’allure d’un incroyable roman policier pour quatre spécimens de daim de Perse (Dama mesopotamica), une espèce qui avait disparu de Palestine depuis la fin du XIXe siècle.

«Il est minuit passé à Téhéran ce 8 décembre 1978. Dans quelques heures le soleil va se lever et les rues de la capitale iranienne vont se remplir de révolutionnaires. Les jours du chah sont comptés», raconte notamment Shirli Bar-David, chercheuse à l’université du Néguev qui suit aujourd’hui la population d’ongulés, dans un article publié par International Zoo News. «À l’intérieur de l’ambassade d’Israël, c’est une course contre la montre pour les quelques personnes encore présentes qui doivent fermer l’ambassade et quitter les lieux ».

Dans la cour, les derniers cartons sont chargés à bord d’un camion. Parmi eux, quatre caisses contiennent les fameux daims qu’un zoologue est allé, dans le plus grand secret, capturer quelques jours auparavant aux confins du pays, à la frontière irakienne. Arrivé à l’aéroport, le précieux chargement est calé à bord d’un avion de la compagnie israélienne El Al. Il sera le dernier a quitté le sol iranien.

À l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, le général Abraham Yoffe trépigne d’impatience. Responsable de l’Autorité israélienne de la nature et des réserves, il travaille depuis des années à cette réintroduction. Les événements ont bousculé les programmes initiaux beaucoup plus diplomatiques. L’avion atterrit sans encombre. Les animaux sont immédiatement transférés dans une ferme d’élevage près de Haïfa, rejoignant deux autres daims achetés à un zoo européen quelques mois plus tôt. L’expédition a réussi.

« Aujourd’hui, plus de deux cents daims de Perse vivent en Israël », se félicite Shirli Bar-David. Au final, quatre types de “mammifères bibliques” ont été réintroduits. Il s’agit avec les daims, des ânes sauvages, des antilopes et des chevreuils. « Les daims étaient une espèce en voie d’extinction dans d’autres parties du monde, les antilopes à l’état sauvage avaient disparu depuis 1972 et enfin les cerfs, très nombreux en Europe, n’avaient pas été vus dans la région depuis plus de cinquante ans », rappelle le site israélien du ministère des Affaires étrangères.

Mais ce programme répondait à « des motifs beaucoup plus romantiques que religieux », affirme la scientifique. Ce que confirme David Saltz qui coordonne les programmes de réintroduction au sein de l’autorité israélienne en charge de la nature et des parcs. « À l’origine, certains pensaient qu’une référence à la Bible leur permettrait d’obtenir un soutien financier », souligne -t-il. Malgré leur présence attestée dans le dernier des cinq livres de la Bible hébraïque, les Israéliens n’ont pas cherché à réintroduire des lions. « Aucune sorte de prédateurs » assure Shirli Bar-David. La cohabitation serait sans doute difficilement envisageable compte tenu de la densité de population humaine et de la taille réduite du territoire.

Aujourd’hui, les nouveaux programmes de réintroduction n’ont plus vraiment comme moteur les textes sacrés, mais plus l’idée de retrouver des animaux présents par le passé. Jusqu’à présent, cela n’a pas fonctionné pour les autruches, mais des loutres sont dans les starting-blocks. Il y a également un programme concernant plusieurs types d’oiseaux, des rapaces notamment qui sont protégés avec un principe : « Dernier disparu, premier réintroduit », assure Ohad Hatzofe, spécialiste des oiseaux à l’université hébraïque de Jérusalem. Des réintroductions qui se font pour des raisons tout ce qu’il y a de plus écologique, insiste-t-il.

Les anciens habitants bipèdes de la Palestine historique chassés de chez eux en 1948 ou en 1967, eux, n’ont toujours pas autant de chance que les daims de Perse et les ânes sauvages, et en ce qui les concerne la chasse est ouverte toute l’année…

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