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Israël accélère les démolitions en Palestine occupée

Christophe Koessler

 

cisjordanie

L’Union européenne estime qu’Israël a détruit ou rendu inutilisables depuis 2009 pour plus de 2,7 millions d’euros d’infrastructures qu’elle a financées dans la zone C de la Cisjordanie. Cette somme ne comprend pas les aides bilatérales de pays européens. JOESKILLET / CC

Le nombre de maisons et d’infrastructures palestiniennes détruites par Israël a explosé en 2016. De nombreux projets financés par la communauté internationale sont touchés.

De janvier à mars dernier, Israël a détruit davantage d’habitations et d’installations palestiniennes en Cisjordanie que pendant toute l’année 2015, indiquent les Nations Unies. En trois mois, 840 personnes ont été déplacées.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a tiré la sonnette d’alarme en avril dernier mais aucune action n’a été entreprise par le Conseil de sécurité: «La politique du fait accompli au travers de démolitions et de constructions de colonies pose la question de savoir si le but final d’Israël n’est pas de faire partir les Palestiniens de certaines parties de la Cisjordanie, compromettant ainsi toute transition vers un Etat palestinien viable», a déclaré Ban Ki-Moon.

Pas de permis de construire

Plus d’une centaine de colonies sont désormais implantées en Palestine et d’autres sont en préparation par l’Etat hébreu, note l’ONG israélienne B’tselem.

Toutes les démolitions opérées par Israël dans la zone C de la Cisjordanie – qui comprend 60% du territoire palestinien – ont pour motif officiel l’absence de permis de construire délivré par l’Etat hébreu, indique le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (BCAH).

Car la zone est sous contrôle militaire israélien complet. Tout habitant ou collectivité désireux d’édifier un bâtiment, de construire des conduites d’eau ou d’installer des poteaux électriques doivent obtenir l’assentiment de la puissance occupante. Et c’est là où le bât blesse: seuls 1,5% des demandes de permis adressées par les Palestiniens sont acceptées…

109 structures démolies

Ainsi, même des infrastructures financées par des institutions publiques et des ONG internationales sont passées au bulldozer. Dans les deux premiers mois de cette année, 109 structures de ce type ont été démolies par les autorités israéliennes. Soit cinq fois plus que dans les mêmes périodes de 2015 et 2014, déplore le BCAH.

«Cette pratique va à l’encontre du droit international humanitaire, qui exige d’Israël, en tant que puissance occupante, de faciliter le passage rapide et sans entrave de l’assistance humanitaire», déclare le bureau de l’ONU.

L’UE perd des millions

En tant que principal bailleur de fonds en Palestine, l’Union européenne (UE) est durement touchée. Une étude de la Commission européenne estime à 39,6 millions d’euros les dégâts subis par des infrastructures financées par l’Union européenne entre 2001 et 2009 en Cisjordanie et à Gaza.

Le Courrier a obtenu des chiffres plus récents en ce qui concerne la zone C de la Cisjordanie uniquement – ces données ne tiennent donc pas compte de Gaza où les bombardements répétés ont occasionné le plus de dégâts. Le bureau des Affaires étrangères de l’Union européenne fait état de 320 000 euros de dommages qui concernent 180 infrastructures humanitaires qu’elle a financées depuis 2009.

A ajouter aux 2,4 millions d’euros de préjudices pour 600 «structures», bâtiments ou autres installations, qui ont été soumises à des ordres de destruction ou d’évacuation. Ces sommes ne comprennent pas les projets financés par des pays européens pour leur propre compte.

L’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme donne de nombreux exemples de telles aides bilatérales réduites à néant. Comme un projet agricole dans la vallée du Jourdain en février 2016 (plusieurs millions d’euros financés par les Pays-Bas), une aire de jeux pour enfants dans un village près de Bethléem en avril 2016 (54 000 euros fournis par la Belgique), un réseau électrique dans le village de Khirbet Al Tawil en 2014 (55 000 euros donnés aussi par la Belgique), etc.

Des paroles aux actes

L’Union européenne a réagi le 19 mai dernier par le biais d’un communiqué à la suite de l’éviction d’une tribu de Bédouins en Cisjordanie: «Ces communautés font face à des confiscations et des démolitions ces dernières années dans le cadre d’un plan qui les a placées dans une situation humanitaire grave et qui risque de se terminer en transfert forcé.» Le gouvernement israélien a en effet pour projet de déplacer les quelque 12 000 Bédouins qui vivent entre Jérusalem et le Jourdain en Palestine dans un camp près de Jéricho.

Pour l’instant, l’UE se contente de protester de temps à autre par les voies diplomatiques usuelles et continue à souligner que l’action d’Israël met en péril la possibilité de la création de deux Etats séparés, solution que la communauté européenne favorise. Elle a aussi rendu obligatoire l’étiquetage des produits israéliens issus des colonies à destination du marché européen, sans les interdire.

En revanche, son accord d’association avec Israël, lequel bénéficie de nombreux avantages commerciaux, culturels et politiques en comparaison internationale, n’a jamais été remis en question.


Publié le 13 juin 2016 sur Le Courrier

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