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Israël a commencé à emprisonner les demandeurs d’asile africains qui refusent leur expulsion

Tous les demandeurs d’asile enfermés au centre de détention de Holot ont entamé une grève de la faim mardi soir, afin de protester contre l’enfermement, dans le courant de la journée de mardi, de sept Érythréens qui avaient refusé leur expulsion par le gouvernement israélien. C’était la première fois que des demandeurs d’asile africains étaient emprisonnés par Israël pour ce motif.

Les sept Érythréens avaient été convoqués pour audition en vue de leur expulsion future. Aussitôt après ces auditions ils ont été conduits à la prison de Saharonim, dans le désert du Negev. Ils avaient auparavant séjourné au centre de détention “ouvert” de Holot, et ils avaient été parmi les premiers à recevoir un avis d’expulsion il y a environ un mois, après le rejet de leur demande d’asile.

Des migrants africains sur une autoroute à proximité de Beer Sheva. Ils se rendent à Jérusalem pour protester, après avoir quitté un centre de détention dans le désert du Néguev. 16 décembre 2013. (Uriel Sinai)

Étant qu’ils ont refusé d’être déportés soit vers l’Érythrée soit vers le Rwanda, les autorités israéliennes ont l’intention, conformément aux nouvelles règles édictées par le Ministre de l’Intérieur israélien, de les maintenir indéfiniment enfermés à la prison de Saharonim, à moins qu’ils ne changent d’avis.

Il s’agit de personnes qui ont subi des tortures graves”, explique Tal Steiner, responsable du département juridique de la “Ligne ouverte pour les Réfugiés et les Migrants”. “Il suffit de les rencontrer pour réaliser à quel point ils ont souffert et à quel point ils sont vulnérables.

Lors des auditions pour lesquelles ils avaient été convoqués, leurs avocats n’ont pas été autorisés à communiquer avec les fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur, qui au surplus ont paru de ne pas être le moins du monde intéressés par les épreuves personnelles que ces demandeurs d’asile ont subies.

Selon les nouvelles règles adoptées par Israël, les demandeurs d’asile originaires d’Érythrée ou du Soudan qui n’avaient pas introduit de demande d’asile avant la fin de 2017, ou dont la demande a été rejetée, peuvent être déportés vers un pays tiers. Le nom de celui-ci n’est précisé dans aucun document, mais les fonctionnaires ont indiqué oralement à des demandeurs d’asile qu’il s’agit du Rwanda. Le Rwanda se serait engagé à ne pas les expulser à son tour vers leur pays d’origine. Un engagement auquel les intéressés n’accordent qu’une confiance très limitée, de sorte que la “prime de départ” de 3.500 dollars qu’Israël leur promet ne suffit pas à les décider à accepter.

A ce jour, une centaine de demandeurs d’asile, sur un total d’environ 900 “pensionnaires” à Holot, ont reçu un avis d’expulsion. L’avis mentionne que s’ils n’acceptent pas de partir “volontairement” dans un délai d’un mois, ils s’exposent à être détenus pour une durée indéterminée à Saharonim. Le gouvernement israélien a décidé de fermer le “centre ouvert” de Holot, créé il y a quatre ans, d’ici environ trois semaines. A ce moment, tous ses occupants sont supposés soit être partis soit être en prison, quoiqu’un problème logistique se pose : l’administration pénitentiaire a fait savoir qu’elle ne peut héberger qu’environ 1.000 demandeurs d’asile.

Or, il y a actuellement environ 40.000 Érythréens et Soudanais en Israël, dont environ 5.000 enfants qui y sont nés. Seulement environ 15.000 introduit une demande d’asile avant le 31 décembre dernier, et parmi ceux-ci, ±8.000 attendent toujours une réponses. Mais jusqu’à présent, il n’y a qu’une dizaine d’Érythréens et de Soudanais qui ont effectivement obtenu l’asile 1.

Tous les demandeurs d’asile qui ne se trouvent pas à Holot se voient notifier un avis d’expulsion aussitôt qu’ils sollicitent une prolongation de leur visa, qui n’est désormais plus accordée que pour deux mois. Le gouvernement israélien compte réaliser ±7.200 expulsions par an.

Pour autant que l’on sache, les femmes, les enfants, les pères d’enfants mineurs et de victimes d’esclavage ou de trafic d’êtres humain ne sont pas actuellement déportés, de même que celles et ceux qui avaient introduit une demande d’asile avant fin 2017 et qui n’ont pas encore reçu de réponse.

Dans les interviews vidéo accordées à Haaretz il y a trois semaines, plusieurs demandeurs d’asile qui ont été déportés au Rwanda ont expliqué qu’ils vivent dans la rue, n’ont aucun emploi et survivent difficilement . Ils affirment que leurs documents d’identité ont été confisqués tout de suite après leur arrivée et certains ont été plus tard arrêtés et emprisonnés parce qu’ils ne pouvaient produire ces documents. Ils ont expliqué dit qu’ils ont subi des pressions pour que des trafiquants puissent leur faire franchir la frontière en direction de l’Ouganda.

 

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Notes   [ + ]

1. Par comparaison, on notera qu’en Belgique (dont le gouvernement actuel, de droite, ne se caractérise certes pas par une attitude outrageusement favorable aux demandeurs d’asile), selon les données officielles du Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides (CGRA) pour le mois de janvier 2018, 119 décisions définitives ont été prises en ce qui concerne des demandeurs d’asile originaires d’Érythrée, dont 115 octrois du statut de réfugié et seulement 4 refus, soit un taux d’acceptation de 96,6%

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