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ISRABLUFF : les statistiques officielles démontrent que le gel de la colonisation n’a jamais existé

Les chiffres officiels fournis par le Bureau central des statistiques israélien permettent de savoir ce qui s’est réellement passé pendant les dix mois du prétendu « gel » des constructions dans les colonies juives en Cisjordanie.  Et ce qu’ils révèlent peut être appelé de bien des manières, mais on ne peut certainement parler de « gel », explique Dror Etkes dans Haaretz.  C’est la confirmation de ce que le quotidien indépendant israélien écrivait il y a plusieurs mois déjà, et ce que nous n’avons cessé de répéter ici : ce simulacre de « moratoire » de la colonisation – partiel, très partiel, et temporaire, très temporaire – n’était qu’un piège à … Abbas.

« Ce qui s’est passé dans les derniers mois n’est, dans le meilleur des cas, rien de plus qu’une diminution négligeable du nombre de logements qui ont été construits dans les colonies », confirme le journaliste de Haaretz.

Les données officielles montrent clairement que, à la fin de 2009, le nombre de logements qui étaient activement en cours de construction sur l’ensemble des colonies était de 2.955. Trois mois plus tard, à la fin de mars 2010, le nombre s’élevait à 2.517. Il y aurait donc eu une baisse d’un peu plus de 400 unités de logement – environ 16 % des constructions israélienne en Cisjordanie au cours de cette période.

« Les lamentations et des gémissements des représentants colons, pour qui gémir devant les caméras est une profession, ne devrait surprendre personne. Après tout, ils ne cessaient de se lamenter pareillement, même quand Ehud Barak, “le chef du camp de la paix”, faisait construire 4.700 logements pour eux en 2000, la seule année entière où il a occupé le poste de Premier ministre », écrit Dror Etkes.

Mais les colons savent mieux que quiconque que non seulement la construction dans les colonies s’est activement poursuivie au cours des 10 mois du prétendu « gel », mais aussi qu’une part relativement importante des maisons ont été construites dans les colonies qui se trouvent à l’est du “mur de l’apartheid” *, telles que Bracha, Itamar, Eli, Shilo, Maaleh Mikhmas, Maon, Carmel, Beit Haggai, Kiryat Arba, Mitzpeh Yeriho…

Le gouvernement Netanyahou et les organisations des colons avaient d’ailleurs agi de manière parfaitement concertée : pendant les six mois qui avaient précédé l’annonce du début du simulacre de « gel », en novembre 2009, les nouvelles “implantations” étaient apparues comme des champignons, spécialement à l’est du mur de l’apartheid, spécialement dans des lieux isolés, et spécialement dans le giron des colonies peuplées par les plus extrémistes des extrémistes juifs.

Durant la première moitié de 2009, 669 logements avaient été mis en chantier dans les colonies, et à mesure qu’on approchait du début du soi-disant « gel » le rythme s’est régulièrement accéléré. Au cour du second semestre de 2009, ce sont non moins de 1.209 logements qui ont été construits : le nombre de nouveaux chantiers de construction a donc grimpé de 90 % entre le premier et le second semestre !

Mais – rappelle Haaretz – pendant tous ces mois, les politiciens israéliens, portant sur le visage les stigmates de la douleur, ont multiplié les invitations aux équipes de télévision pour qu’elles filment bien la destruction de quelques  misérables cabanes préfabriquées construites en contravention de l’ordonnance de blocage des constructions, histoire de faire croire que le « gel » était réel.

Aussi, Haaretz parle-t-il de « Israbluff ».

Du vent, de l’intox, des relations publiques à usage de la Maison Blanche, de l’Union Européenne (qui ne demandaient qu’à y croire ou à pouvoir feindre d’y croire) et des gogos du monde entier. Dans la grande tradition israélienne, où l’industrie du mensonge devance de très loin celles des hautes technologies et de l’agro-alimentaire, mieux connues.

« Si on ajoute à ces statistiques le fait que le gouvernement a annoncé à l’avance son intention d’approuver, en toutes circonstances et sans aucun lien avec le “gel”, la construction de 600 logements dans différentes agglomérations, et le chaos et l’anarchie qui règne dans certaines colonies et les avant-postes *, ce qui rend possible pour n’importe qui de construire où et quand il en a envie, on aura assez bonne idée de ce qui s’est réellement passé dans les colonies dans les derniers mois », ajoute encore Haaretz, pour qui l’Autorité Palestinienne n’ignorait rien de tout cela mais acceptait de fermer les yeux sur la réalité aussi longtemps que perdurait la fiction du « gel » et qu’elle pouvait donc, au moins en apparence, négocier le démantèlement des colonies sans admettre que les Israéliens soient encore en train de les construire.

Aussi Haaretz suggère-t-il qu’à défaut du Prix Nobel de la Paix, pour lequel il ne fait pas un candidat très plausible, Netanyahou obtienne au moins un Nobel de physique ou de chimie pour avoir magistralement démontré que – contrairement à ce que pensaient les scientifiques jusqu’ici – l’eau n’est pas la seule substance dont le volume augmente quand elle gèle…


* mur qui –  faut-il le rappeler ? – est construit sur la majeure partie de son tracé sur le territoire palestinien. Le fait qu’une colonie soit située à l’ouest du mur ne signifie donc nullement qu’elle soit à l’intérieure des frontières de 1967.

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