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Irène” : hasbara on board ?

Nous avons fait écho à trois reprises à l’odyssée du bateau “Irène”, un “bateau juif pour Gaza” à bord duquel une poignée de militants juifs ont tenté de forcer le blocus maritime imposé à la Bande de Gaza par la marine de guerre israélienne.

Leur entreprise était soutenue par des organisations juives “progressistes” du monde entier. En Belgique l’UPJB faisait valoir l’importance de cette initiative “contre les guerres, les racismes et pour la libération des peuples.

Comme il fallait hélas s’y attendre, la marine israélienne a arraisonné le bateau, qui a été remorqué vers le port de Ashdod. L’opération, disait l’armée israélienne dans un communiqué (à un moment où les passagers n’avaient pas la possibilité de s’exprimer publiquement, de sorte qu’elle avait le monopole de la communication), s’était déroulée “pacifiquement”.

Les militants juifs ont été rapidement libérés, et ils ont immédiatement démenti la version de l’armée, prétendant qu’au contraire les commandos de marine israéliens avaient fait “un usage excessif de la force”, et que “certains ont eu une attitude particulièrement odieuse”.  Selon Yonathan Shapira, ancien pilote de l’armée de l’air israélienne, « il n’y a pas de mots pour décrire ce qui s’est passé pendant l’assaut » (selon son récit diffusé sur le site de l’Union Française Juive pour la Paix). Shapira lui-même aurait été victime de deux tirs de “Taser” (pistolet à impulsions électriques infligeant une douleur intense et une paralysie).

Or, voilà qu’un autre passager du “Irène” , Rami Elhanan (Israélien, âgé de 60 ans, qui a perdu sa fille dans un attentat suicide en 1997, membre fondateur du Cercle des familles en deuil, réunissant des Israéliens et des Palestiniens ayant perdu un proche dans le conflit), livre dans “Le Monde” une version assez différente.

A la question Comment s’est déroulé l’arraisonnement de votre navire, l’Irene ?, il répond : « Très calmement. (…) Les militaires ont été polis et très professionnels, à l’exception d’un officier qui a menacé avec un pistolet électronique un coéquipier, Yonatan Shapira, ancien officier israélien. Ce n’était pas nécessaire puisque personne n’a opposé de résistance à l’armée. Nous avons ensuite été menés jusqu’au port d’Ashdod. Là-bas, une centaine de militaires nous attendaient et nous dévisageaient. La police nous a fouillés et interrogés pendant une demi-heure. Nous avons ensuite été libérés sur parole ».

Une demi-heure, il faut le noter, c’est beaucoup moins qu’il n’en faut pour entrer ou sortir du territoire israélien par l’aéroport de Tel-Aviv, c’est infiniment moins qu’il n’en faut pour franchir le checkpoint de Qalandiyah, ce n’est rien par rapport au temps perdu chaque jour par des milliers de Palestiniens sur le chemin du travail à cause du harcèlement sécuritaire de l’armée d’occupation…

Manifestement, Yonathan Shapira, pour qui “il n’y a pas de mots pour décrire ce qui s’est passé” et Razmi Elhanan, selon qui “les militaires ont été très polis et très professionnels n’étaient pas pas à bord du même  bateau.

Ou alors ils n’y étaient pas pour les mêmes raisons, et surtout ils n’étaient pas dans le même camp.

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