Dans l'actu

Intervention de Nurit Peled au Tribunal Russell

Nurit Peled est la fille de Matti Peled, ex-général de l’armée israélienne, qui, après la guerre de 1967, s’est dressé contre l’occupation et a plaidé en faveur d’un État palestinien.
Nurit Peled a perdu sa fille de 14 ans dans un attentat commis par un Palestinien.
Mais à ses yeux, c’est l’État d’Israël qui est responsable, parce qu’il refuse de reconnaître les droits fondamentaux du peuple palestinien. Elle figure parmi les principaux promoteurs du Tribunal Russell.

Extrait de son intervention (vidéo) :

« Je dédie mes paroles aux héros de Gaza, aux mères, aux pères et aux enfants, aux enseignants, aux médecins, aux infirmiers qui prouvent chaque jour et chaque heure qu’aucun mur fortifié ne peut emprisonner l’esprit libre des hommes, des femmes et des enfants et qu’aucune forme de violence ne peut soumettre la vie.

On m’a demandé de parler en tant qu’Israélienne. En tant qu’Israélienne, je vis dans le même pays que les Palestiniens, mais de l’autre côté du mur. Mon pays est un très petit pays, où la mort domine de façon absolue et depuis trop longtemps. Et, pourtant, le monde entier est impuissant face à tout cela.

Dans la démocratie juive d’Israël, tous les droits humains ont été balayés depuis longtemps par le sang de bébés innocents. Le discours raciste est légitime et l’éducation raciste la seule permise. Les enfants israéliens sont élevés avec des slogans tels que « Aimez votre voisin » dans le même temps qu’on les entraîne à tuer ce même voisin et ses enfants, à démolir sa maison, à torturer ses parents, à priver ses malades et mourants d’aide et de soins médicaux.

Les mères juives élèvent leurs enfants avec tout l’amour et l’attention que les mères juives peuvent avoir. Pourtant, elles se réjouissent quand leurs enfants deviennent des meurtriers, et elles sont fières lorsqu’ils ne sont plus que des cadavres en uniforme.

Dans la démocratie juive d’Israël, 324 enfants, pour la plupart enlevés de leur lit au milieu de la nuit par des soldats surarmés, sont détenus dans des conditions inhumaines dans des prisons israéliennes.

Dans la démocratie juive, personne n’est puni pour avoir tué un enfant palestinien. Les gouvernements israéliens font du commerce avec la vie humaine et avec le sang humain dans un marché où le sang et les os non-juifs ont beaucoup moins de valeur que ceux des Juifs.

Les candidats israéliens qui veulent être élus au poste de Premier ministre doivent surclasser leurs rivaux dans la tuerie de Palestiniens et promettre d’en tuer toujours plus.

Dans la démocratie israélienne, 20 % de la population, des citoyens sont catalogués dans les livres scolaires de « problème démographique », de « menace démographique », de « cauchemar démographique ». Leur langue et leur culture, leurs droits et souhaits sont pratiquement gommés de la surface de la terre, tant physiquement que symboliquement.

L’attitude israélienne envers ses non-citoyens palestiniens a trouvé sa plus terrible expression dans le pogrom interminable de l’armée d’occupation contre les citoyens de la bande de Gaza. Tout le monde est au courant, et le monde reste impuissant. Le peuple de Gaza est toujours enfermé dans cette immense prison, affamé, sans travail, malade et pauvre, sans aucune possibilité de s’échapper ou d’améliorer son existence.

En tant qu’Israélienne, il est très douloureux pour moi de constater que le mot Israël est devenu symbole d’oppression, de tyrannie, d’apartheid et de racisme. Et aussi de voir dans des meetings partout en Europe, que l’étoile de David est mise sur le même pied que la croix gammée.

J’espère que ce Tribunal encouragera des personnes à aller à Gaza, ville du massacre, ou dans toute autre ville opprimées en Palestine, pour qu’elles voient de leurs propres yeux les ghettos dans lesquels ces gens sont enfermés, se marient, créent des familles, élèvent leurs enfants, et mènent une existence quotidienne impossible.

J’espère que les gens libres du monde entier auront le courage de venir dans mon pays et de défier les blocages routiers et les murs élevés et j’espère qu’ils n’abandonneront pas avant que toutes les barrières soient brisées et que la dignité humaine soit restaurée. »

Print Friendly, PDF & Email